Ajouté par Michel Kemper le 28 mai 2020.

Chaque année, le pays de la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen » s’enfonce plus encore dans l’indice des Libertés Humaines (32e place en 2018), de la démocratie (29e place en 2019), dans le classement, aussi, de la Liberté de la Presse (où nous sommes désormais relégués à la 34e place). Année après année, la France s’éloigne des libertés qu’elle a jadis appelé de ses vœux. Dans un hallucinant déni de ses dirigeants.
Il y a quelques années, la chanson J’ai embrassé un flic, de Renaud, a pu susciter nombre de réactions, de part et d’autre de ce fameux baiser. Chanson certes justifiée par l’émotion d’un événement (l’immense rassemblement suite au massacre de Charlie-Hebdo), mais dont la diffusion à plein tube (dans le passé, radios et télés ont été plus prompts que ça pour retirer une chanson alors jugée inopportune) s’est heurtée, façon de parler, aux violentes répressions policières lors de manifestations étudiantes. On ne sait les affres du jeune fan/fanatique de Renaud qui le soir applaudissait son idole en scène et le lendemain se faisait méchamment tabasser par un cogne : est-ce cela le « baiser de la mort » ?
S’il existait un indice mesurant la confiance du citoyen lambda envers la force publique, on verrait chaque jour plus encore comment celle-ci dégringole. Rappelons-nous des manifestations des Gilets jaunes et du nombre de ses mutilés, de celles contre la réforme des retraites, du sieur Benalla toujours impuni au contraire de ses victimes, des nombreux abus de verbalisation durant le confinement…
Oui, le citoyen lambda a peur de sa maréchaussée. Le ministre de l’intérieur n’a pas à s’en offusquer, lui qui a tout fait pour. « C’est partout le bruit des bottes (…) On a beau me dire qu’en France / On peut dormir à l’abri / Des Pinochet en puissance / Travaillent aussi du képi » chantait, prémonitoire, Jean Ferrat.
Il suffit qu’une chanteuse, Camélia Jordana, le dise pour que ce soit branle-bas de combat : « Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie ». Ça et des propos que d’aucuns tiendront pour excessifs sur le racisme des forces de police, même si nombre de faits l’attestent. Émotion des syndicats de police, colère du ministre. Et ce sinistre et opportun guignol d’Hanouna, présumé supplétif de la place Beauvau, qui tente de mettre plus bas que terre Camélia : « Je ne savais même pas qu’elle existait encore. Mais qu’est-ce qu’on s’en tape ! Camélia Jordana, elle a vendu trois disques dans sa vie. Je suis désolé mais c’est qui Camélia Jordana ? Je croyais que c’était une fleur moi ». Lui ainsi qu’une cohorte télévisée de prétendus spécialistes de la chose publique, et de doctes représentants de la droite extrême et de l’extrême-droite.
Faut-il humilier Camélia Jordana afin de cacher sous le tapis cette « peur du gendarme » qui chaque jour s’accroît, de ces flics qui il y a peu tabassaient encore les infirmières, quand ceux-ci sont censés nous protéger, pas nous asséner de coups ?
Notre époque est telle qu’il suffit de fredonner Hécatombe de Brassens (« En voyant ces braves pandores / Être à deux doigts de succomber / Moi, j’bichais car je les adore / Sous la forme de macchabées / De la mansarde où je réside / J’excitais les farouches bras / Des mégères gendarmicides / En criant Hip, hip, hip, hourra ! » devant des pandores pour être traînés en justice. Qu’on interdise cette chanson, ce sera moins hypocrite !
Il m’en vient une autre, séditieuse mais délicieuse, de Charles Trenet. Les frénétiques du carnet à souche vont apprécier : « Sur les bords de l’étang bleu / Il y avait un âne… bleu / Et cet âne-là rêvait / Qu’il était gendarme / Et cet âne-là rêvait / Qu’il était gendarme… à pied ».
Renaud chante Brassens « Hécatombe ».
Charles Trenet « L’âne et le gendarme ».
Camélia Jordana « Mon drapeau »
Camélia Jordana « Freddie Gray »
Source : NosEnchanteurs