Aux Francofolies de La Rochelle, une touchante création autour de Renaud portée par des 20-30 ans

Ouest-France

AccueilFestivalsLes Francofolies

Ille-et-Vilaine

Michel TROADEC
Publié le

Des chansons tendres, des chansons émouvantes… Renaud en a beaucoup chanté. En cloque (1983), où il porte son regard d’homme sur sa compagne enceinte, en fait partie. Au grand théâtre de La Rochelle, jeudi 10 juillet, Victor Solf en a proposé une version bouleversante, d’une voix profonde, un peu grave, le corps chaloupant.

L’ancien chanteur du groupe rennais Her, qui vit aujourd’hui dans le Finistère, à Landerneau, est un jeune papa. Est-ce sa paternité qui lui a inspiré la magie insufflée au titre ? On vous conseille, au passage, l’écoute de son excellent deuxième album, Tout peut durer, sorti en début d’année.

L’éternel Mistral gagnant

Juste avant, Victor Solf et Élia, en duo, avaient offert une brillante version de l’un des grands tubes de Renaud, Manhattan Kaboul. Élia n’est pas, non plus, connue du grand public. Tout comme Victor Solf, ses interprétations ont épaté. Cette Parisienne de 28 ans, d’origine tunisienne et russe par ses parents, navigue entre chanson et hip-hop. Pour ce concert autour de Renaud, elle a chanté, avec caractère et brio, deux grands titres, la saisissante P’tite conne et l’éternel Mistral gagnant.

Renaud a déjà fait l’objet de multiples hommages. Sur le papier, cette création des Francofolies de La Rochelle, intitulée « 50 ans de chansons rebelles et poétiques », autour d’artistes en majorité peu connus, plutôt en début de carrière, laissait un peu dubitatif, malgré la présence de Renaud dans la salle et donc sa validation. Que pouvaient-ils apporter de plus sinon le plaisir de réentendre, toujours et encore, les chefs-d’œuvre du chanteur ?

Eh bien, de l’émotion ! La majorité des artistes invités ont su porter les habits originels des chansons tout en y glissant leurs couleurs personnelles. Ils étaient coachés par deux musiciens qui portent, par leur père, l’héritage de Renaud, Pablo et Vincent Lanty, fils d’Alain Lanty, pianiste historique du chanteur. Pablo Lanty a accompagné Renaud sur une partie de sa dernière tournée, terminée en décembre. Vincent, lui, vit depuis sept ans une carrière de musicien-compositeur aux États-Unis.

Une chanson choisie

« Ce sont les Francofolies qui ont choisi les artistes et la scénographie, souligne Pablo Lanty. Renaud et son équipe nous ont demandé d’assurer la direction musicale de la création. On s’est occupé de tout ce qui allait se passer musicalement et du choix des musiciens. »

Sur scène donc, Pablo derrière un piano à queue, mais aussi à la guitare et à la basse. Vincent, à l’autre bout de la scène, est aux claviers et aux guitares. Au milieu, un guitariste, un batteur et une accordéoniste.

« On a écouté ce que chacun des artistes faisait, pour ne pas les amener aux antipodes de leurs univers, reprend Vincent Lanty. Chercher un juste milieu, en respectant l’œuvre originale, les mélodies… C’est un bel exercice. » Pablo précise : « Le choix du répertoire s’est fait à plusieurs lors de conversations entre les Francofolies, Renaud et son management. De leur côté, les artistes ont choisi leur chanson. Et on leur en a suggéré une ou deux autres. »

La tendresse domine

La tendresse domine le répertoire de ce soir-là. Emma Peters est joliment dans ce registre avec It is not because you are et ManuMarie-Flore reprend Morgane de toi, alors que le chant de Mentissa touche toujours autant dans La teigne et Les mots (2016), unique titre récent d’un répertoire qui fleure bon les années 1980.

Le rappeur Youssef Swatt’s, 27 ans, séduit en amenant Chanson pour Pierrot et la puissante Deuxième génération dans son univers urbain. Une preuve supplémentaire du côté transgénérationnel et « transmusical »… des chansons de Renaud.

Les frères Lanty ont habilement laissé le final au chanteur Voyou pour la partie la plus rebelle, La médaille et l’inoxydable Hexagone qui fait se lever la salle comble – autour d’un millier de spectateurs. Tous les interprètes de la soirée se rejoignent avec Dans mon HLM. Avant que Renaud n’entre sur scène pour un dernier titre, La ballade nord-irlandaise qu’il interprète en compagnie de ses jeunes camarades, avec une voix presque retrouvée…

Tous les doutes sont tombés. Une génération supplémentaire d’artistes (20-30 ans) s’est emparée avec gourmandise et naturel des chansons de Renaud. Une très belle soirée.

 

Source : Ouest-France