Bénabar. «J’essaie de ne pas trop analyser»

Le Télégramme

Le 11 mars 2009 à 00h00

Non, Bénabar n’est pas «Infréquentable», comme voudrait le faire croire le titre de son dernier album. Le public l’aime même à la folie. À Paris, ses six Zénith affichant complet, il a fallu trouver une nouvelle date. Ce sera Bercy le 1er décembre 2009. Même plébiscite dans les régions, où le chanteur bondissant fait aussi le plein. C’est «l’effet papillon» de ses petites chroniques chantées ! Bénabar jouera dimanche 22 mars à Morlaix. Par chance, il y reste encore des places. C’est la seule date bretonne actuellement au programme de l’artiste.

Photo D.R.

Votre tournée a commencé en février. Quelles sont vos premières sensations ?
D’un côté, il y a la joie débridée d’aller jouer sur scène et de se déplacer en bande tous les jours sur la route. De l’autre, ce sont de nouvelles chansons, il y a plein de trucs à retenir, les inquiétudes de présenter un nouveau spectacle qu’on voudrait le plus convaincant possible et qu’on essaie d’améliorer à chaque fois.

Votre popularité ne faiblit pas. Qu’est-ce que cela vous fait de voir le public répondre présent partout?
C’est une joie, et pas que pour l’ego. Toucher les gens, – même si je pense vraiment que ce n’est jamais acquis -, est le rêve de toute personne qui essaie de créer une chanson. C’est la récompense principale. En même temps, cela donne des responsabilités, il ne faut pas décevoir. Ça réveille mon côté anxieux, moi qui ne suis pas le plus optimiste des hommes (rires) !

Avez-vous le sentiment qu’avec «Infréquentable», vous avez fait un album plus sombre que ses prédécesseurs ?
Non, mais comme on me l’a dit, il a bien fallu que j’y réfléchisse. Je crois que tous mes albums sont plutôt sombres dans le fond. Seulement j’essaie de cacher cet aspect derrière des trucs un peu plus légers, décalés. Je pense qu’un album peut-être marqué par une ou deux chansons. Dans le précédent, il y avait «Le dîner», un titre joyeux et léger, qui a dû donner sa couleur au disque. Maintenant, si «Infréquentable» paraît plus sombre, c’est sûrement le cas. Seulement, c’est plus au public et aux journalistes de tenir ce genre de raisonnement. Moi, j’essaie de ne pas trop analyser mon propre boulot en allant de l’avant.

Votre humour vous empêche d’être trop grave. Est-ce de la politesse vis à vis de vos auditeurs ?
Ce serait très vaniteux de l’affirmer mais enfin, oui, il y a un peu de ça. Je fais attention à ce que ce ne soit pas trop lourdingue. C’est facile d’appuyer le trait avec des chansons tristes. Seulement je me dis, qu’idéalement, si les gens ont envie d’écouter vos chansons, ils le feront peut-être un matin dans leur bagnole alors qu’ils sont au chômage et que tout va mal. Il faut quand même faire gaffe. Je ne veux pas de chansons qui se complairaient dans la tristesse, j’essaie toujours de leur trouver des échappatoires.

Dans quel esprit avez-vous écrit la chanson «L’effet papillon» ?
Je reconnais qu’elle pourrait avoir un côté assez moraliste en affirmant qu’on est responsable de ce qu’on fait, même si on feint de s’en étonner – et moi le premier. Mais ce n’est pas une chanson donneuse de leçon. Au départ, j’étais limite grandiloquent en parlant de la planète et tout ça, en enfonçant des portes ouvertes qui n’apprenaient rien à personne. Et la chanson était un peu chiante. J’ai passé deux ans dessus, jusqu’à ce qu’il y ait un déclic. Je me suis dit : je vais raconter des bêtises, avec ces histoires de biafine si on prend des coups de soleil, et de partir en courant si on met une claque au videur. La chanson est devenue plus légère en me permettant de rappeler que tous nos actes ont des conséquences.

Votre chanson humoristique «À la campagne» est d’un autre registre. Y avez-vous vécu des expériences un peu difficiles ?
Grâce aux gens qui m’ont fait l’amitié d’acheter mes disques, j’ai effectivement pu acquérir une maison de campagne, et tout ce que je dis dans la chanson, c’est du vécu, je l’ai pensé au moins une fois ou deux. C’est le pur fantasme du Parisien à la campagne !

Sur votre site internet, vous êtes présenté comme un «chroniqueur de la vie comme elle vient». Est-ce ainsi que vous voyez votre métier ?
La formule n’est pas de moi et je ne saurais pas répondre sur la façon dont je vois mon métier, parce que je suis trop à l’intérieur. J’essaie de faire des chansons. Je ne me dis pas, tiens, je vais chroniquer un peu la vie. Je fais des sujets. Peut-être qu’en effet, mis bout à bout, ils prennent cette tournure, mais ça ne s’analyse qu’avec un recul que je me garde bien de prendre.

Avez-vous un poste d’observation privilégié de vos contemporains ?
Non, je ne me mets pas à la terrasse d’un café avec un bloc-notes ou de quoi enregistrer des idées qui passent. Mes chansons sont longues à venir. Souvent, le point de départ vient de personnages ou de situations qui me frappent, qui m’interpellent ou qui m’amusent. Je me dis qu’il y a un petit truc un peu décalé ou personnel à dire là-dessus. C’est nécessaire, parce que toutes les chansons ont déjà été faites, et très bien pour la plupart. Tous les thèmes ont déjà été abordés, que ce soit par Brassens, Brel, Bashung, Souchon ou Renaud. Donc il s’agit de trouver un petit angle un peu personnel. Ça traîne dans un coin de mon crâne jusqu’au jour où ça devient une chanson – ou pas d’ailleurs.

Vous faites partie de l’équipe des Enfoirés, vous soutenez publiquement Droit au Logement : êtes-vous un artiste engagé ?
Non ! Je récuse ce terme parce que pour moi, se mobiliser pour des gens qui n’ont pas de quoi se loger ou de quoi manger, ce n’est pas de l’engagement. L’engagement, ça doit comporter une part de risques. Comme celui par exemple d’un artiste chinois qui combat la classe dirigeante : il risque la taule, sa vie. Moi je risque simplement de faire chier les gens qui m’entendent au concert des Enfoirés s’ils ne m’aiment pas, il n’y a pas de grands dangers… Je ne suis pas engagé mais j’essaie d’avoir les pieds dans le monde dans lequel je vis, avec des avis sur ce qui m’entoure, sur la politique, le social. Mais en concert, je ne parle jamais de politique. Je le fais dans mes chansons, tout le monde connaît mes opinions.

Le 29 avril, on découvrira Bénabar acteur dans le film d’Éric Lavaine «Incognito». Vous aviez déjà été scénariste de séries, dont «H», et réalisateur de courts-métrages. Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer devant la caméra ?
Le cachet ! Ça a été le facteur déterminant !

Mais encore ?
J’avais envie de travailler avec Éric Lavaine, que je connaissais artistiquement depuis l’époque de «H», justement. Et puis j’ai apporté des idées au scénario, j’ai un rapport affectif avec ce film-là.

Le fait de tenir un rôle de chanteur vous a rassuré, pour une première ?
Non, pas du tout. Quand je commençais à recevoir des scénarios, j’avais crié sur tous les toits que je ne ferais pas de premier rôle, ni de personnage de chanteur. C’est pourtant le cas dans «Incognito» : voilà la preuve de ma rigueur morale !

Avez-vous composé la musique du film ?
La musique ainsi que les chansons qu’interprète le personnage. Le chanteur du film est différent de moi, ça a été vraiment du boulot mais aussi un super exercice de les écrire.

Sort-on indemne d’un tournage avec Franck Dubosc ?
On ne sort pas indemne d’un tournage, encore moins avec Franck Dubosc. Dans le film, il est vraiment hilarant. Et lui, comme tous les autres acteurs, a été particulièrement bienveillant avec le débutant que j’étais et que je suis toujours. Je lui en suis très reconnaissant.

  

Source : Le Télégramme