Boucan d’enfer de Renaud

Le Soir

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Par Thierry Coljon


Publié le mercredi

Retour sur la santé préoccupante du chanteur noyant ses chagrins dans l’alcool. Ils ont fait l’actualité. Que sont-ils devenus ? Aujourd’hui, Renaud. Il se bat depuis longtemps contre son alcoolisme. Il en parlait déjà il y a dix dans l’album Boucan d’enfer. Qu’en est-il aujourd’hui ? Comment vit-il sa séparation d’avec Romane Serda ?

Pas content qu’il était, le Renaud ! Il n’a rien contre le fait de voir sa vie privée étalée, à la seule condition que ce soit lui qui le décide, dans ses textes ou en interview.

Dans ses chansons, on le suit à la trace depuis « En cloque ». On a vu grandir Lolita (« Morgane de toi »), on a vécu les angoisses du père face à l’adolescence de la petite, de ses premiers petits amis et donc chagrins d’amour. Quand elle est devenue grande, les rôles se sont inversés et le gendre de Renaud n’est autre que Renan Luce, tout fier.

Donc, qu’on dise qu’il a un problème avec l’alcool, cela ne le dérange pas. Il en a fait tout un album en 2002, intitulé Boucan d’enfer. Ce boucan qu’il y a dans sa tête quand il est déprimé. L’alcool est sa béquille quand la maman de Lolita le quitte. Le mimétisme gainsbourien avec Jane Birkin n’est pas innocent : Renaud adorait Gainsbourg.

Et puis, c’est Romane qui le quitte après lui avoir repeint la vie en rose et en bleu. Le divorce est prononcé le 23 septembre 2011. Il en était gaga quand on les croisait ensemble. Elle donnait des interviews, il était là, tapi dans l’ombre. Il enregistrait un morceau pour Ingrid Betancourt, à l’ICP de Bruxelles ? Romane était là pour les câlins.

Romane se casse ? Renaud accuse mal le coup. Il s’en retourne à sa table de la Closerie des Lilas, la brasserie où il a ses habitudes, à Montparnasse. Il est triste. Il boit.

Et puis voilà qu’un déchaînement médiatique vient éclairer – contre sa volonté – son désarroi. Renaud le prend mal. Il engueule d’abord son frère et aux journalistes qui osent l’approcher, au mépris des plus élémentaires pudeurs et discrétions, il déverse toute sa rancœur sur le frérot et n’en pense pas moins d’Hugues Aufray qui se permet aussi d’ajouter sa voix à ce chœur des inquiétudes.

L’affaire prend une telle ampleur qu’il part se réfugier dans sa maison de l’Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse. Il veut se faire oublier. Avant cela, il prend juste le temps de dire à Paris-Match que son frère et les médias ont exagéré son état. Il va bien, dit-il, juste triste comme peut l’être n’importe quel frais divorcé.

Il tient aussi à couper court aux rumeurs le disant asséché, en pleine crise d’inspiration

Renaud tient aussi à couper court aux rumeurs le disant asséché artistiquement, en pleine crise d’inspiration. Il tient à rassurer ses fans : oui, il prépare un nouvel album et compte d’ailleurs bien profiter de ces vacances prolongées sous le soleil provençal pour s’y mettre sérieusement. Son problème d’alcool ? Il le dément. C’est juste un coup de blues, ça passera.

Il n’y a pas de plus grand menteur que l’alcoolique, lui répondront certains. Difficile de dire ce qu’il en est. Il ne serait pas le premier artiste à noyer son génie dans l’alcool. Verlaine, Ava Gardner, Elizabeth Taylor, Marilyn Monroe, Kerouac, Serge Gainsbourg, Amy Winehouse, Pete Doherty… ne sont que quelques-uns de ceux qui ont lutté de nombreuses années contre cette addiction.

Cela fait plus de vingt ans que nous croisons Renaud et c’est vrai que le verre se trouvant devant lui n’était jamais rempli d’eau, ni vide d’ailleurs. Il estime simplement qu’il gère la situation. Comme tous le disent… La vérité est sans doute entre les deux : problème avec l’alcool, oui, mais inspiration asséchée, non. Écrire, il l’a fait toute sa vie et l’alcool ne l’a jamais empêché d’écrire. Tout au contraire. C’est dans le désarroi que l’artiste trouve le meilleur moteur pour l’écriture.

Peut-on s’attendre, pour les textes, à un second Boucan d’enfer ? Sans doute, tellement Renaud a ce besoin, dans ses chansons, de parler de choses réelles, vraies, vécues, sinon observées. C’est vrai que son dernier album à ce jour, Molly Malone. Ballade irlandaise, en 2009, n’était guère rassurant. Constitué uniquement de reprises celtiques, avant que Nolwenn Leroy ne cartonne avec son Bretonne, ce disque de Renaud fut un échec, tant artistique que commercial, puisqu’il ne s’en vendra « que » 200 000, son plus mauvais score personnel depuis ses débuts en 1975.

Renaud peut-il rebondir comme il l’avait fait avec Boucan d’enfer, le disque le plus vendu de sa carrière (2 200 000 exemplaires) ? Seul l’avenir le dira. On le lui souhaite en tout cas.

Il vient d’avoir 60 ans, le 11 mai. Il ne faudrait pas qu’il nous fasse le coup de son pote Jean-Jacques Goldman et ainsi disparaître (non, des chansons pour les copains et les Enfoirés, ça ne compte pas, JJG !). On ne voudrait non plus pas qu’il nous la joue Amy Winehouse. Même si on peut comprendre que Renaud en énerve certains par cette mise en scène de sa propre vie, on peut vous assurer, pour l’avoir souvent croisé, que l’homme est honnête. L’alcool n’est pas un moyen de faire parler de lui !

Flash-back

C’est en novembre dernier que la planète des fans de Renaud s’est retrouvée en ébullition. Au point de créer une page Facebook qui a vite dépassé les 13 000 abonnés. Tout cela pour apporter leur soutien à leur chanteur favori que la rumeur disait au plus mal depuis sa séparation avec son épouse Romane Serda, qui lui a donné un petit Malone.

Thierry Séchan, le grand frère de Renaud, a allumé le feu aux poudres dans la préface de la biographie réalisée par Claude Fléouter. Un texte en forme de lettre désespérée à son frère, lui demandant de se soigner, de se ressaisir, révélant que Renaud passait son temps devant son verre de Ricard à sa table de la Closerie des Lilas, à Montparnasse. Renaud a réagi !

  

Source : Le HLM des Fans de Renaud