Cécile Bois : « Renaud a été mon pilier, ses textes sont des petits rien qui disent presque tout »

Point de Vue

N° 4022, semaine du 17 au 23 septembre 2025

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LES ETATS D’ART DE
CÉCILE BOIS

Si le personnage d’Angélique, marquise des anges, qu’elle incarnait sur scène, lui a ouvert les portes de la notoriété, c’est avec celui de Candice Renoir*, enquêtrice aussi loufoque que redoutable, qu’elle a conquis le cœur du grand public. Et ce depuis douze ans. Un double parfait qui lui laisse aussi le champ libre pour exprimer sa créativité, pinceaux à la main.

Par Candice Dupret – 17 septembre 2025, 08h00

L’interprète de Candice Renoir a bien d’autres talents. © François Darmigny – France Télévisions

Mon personnage farfelu a des accents de ce Columbo que j’aimais tant enfant et que je devrais faire découvrir aux miens. Elle est surtout pragmatique, ce que je ne suis absolument pas ! Cependant, comme Candice, j’ai tendance à faire bande à part, à m’isoler pour réfléchir ou faire des choses seule. Nous partageons aussi la même fantaisie, la même envie de « sortir de la boîte ». La mienne s’exprime beaucoup par la couleur : je peux m’habiller sobrement en noir et porter des bottes jaune pétard. Cela passe aussi par la peinture. Une activité qui m’a longtemps nourrie, et que je reprends peu à peu.

Je peins à l’instinct, essentiellement du figuratif, et ce pendant des heures. À mon actif, une quinzaine de portraits qui me permettent de découvrir la profondeur d’âme des gens. Je ne conserve pas mes œuvres. Saul mes autoportraits ! Mon inépuisable modèle reste mon mari [le comédien Jean Pierre Michaël, ndlr]. Dans l’un des tableaux peints dans un lumineux jaune orangé, j’ai commencé à l’esquisser, puis à mettre des petits bouts de lui dans le visage, réalisant ainsi un portrait dans le portrait. Ce n’est pas mon dessin le plus réussi, mais sans doute le plus ardu techniquement.

J’ai une tendresse particulière pour Modigliani, découvert à l’adolescence. Tout simplement parce qu’il privilé­giait les portraits, les silhouettes longilignes facilement reconnaissables. Au musée Jacquemart-André, à Paris, s’est achevée cet été l’exposition sur l’Italienne Artemisia Gentileschi, considérée comme la première femme peintre de l’Histoire. Cette héroïne flamboyante de la peinture baroque du XVIIe siècle est venue à moi par hasard grâce au film Artemisia, d’Agnès Merlet.

Je viens d’un milieu certes instruit mais dans lequel on sortait peu. Pas de musées et peu de théâtres. Ma première fois, je la dois à l’une de mes tantes, qui m’avait emmenée voir Marie-Christine Barrault dans un seul-en-scène. Le silence, l’ambiance feutrée, le rouge bordeaux du rideau de scène si sensuel… tout m’a vite séduite. J’avais 12 ans, je rêvais de devenir comédienne. Mais de mon Bordeaux natal, tout cela me paraissait bien inatteignable.

Mon dernier coup de cœur théâtre est Le Voyage de Paula S., une pièce écrite et interprétée par Marc Citti, un ami de plus de vingt ans. Sa plume autobiographique est magnifique et pleine de pudeur. Je vous invite à feuilleter aussi Sergent papa, son sublime roman sur la relation père – fils.

Mon père instituteur me poussait à lire, mais il n’y avait que les poèmes de Paul Valéry qui me touchaient. Certaines de ses phrases agissent toujours sur moi comme un mantra. Aujourd’hui, je dévore les biographies. Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider a été le premier d’une longue série. Il m’a permis de mieux connaître la vie et les fêlures de cette femme. J’ai également été profondément touchée par Fort comme un hypersensible de Maurice Barthélemy et La Femme invisible de Maïtena Biraben, qui ont eu de fortes résonances en moi.

Romy Schneider m’a toujours fascinée. Je l’ai découverte dans L’important c’est d’aimer d’Andrzej Zulawski. Elle y est magistrale de beauté et de vérité. J’avais aussi été ébranlée par la folie du réalisateur, car son film ne s’oublie pas. Dans ses excès, il y a une profondeur, une humanité, une vibration qui m’ont littéralement bouleversée. Les Feux de la rampe de Chaplin est un film qui m’a questionnée, m’a fait pleurer. Comme ont pu le faire récemment Emilia Pérez de Jacques Audiard ou La Plus Précieuse des Marchandises de Michel Hazanavicius, qui m’a permis d’expliquer la question de l’Holocauste à ma fille de 13 ans.

J’avais moi aussi 13 ans quand j’ai découvert Renaud. Il a été mon pilier. Ses textes sont des petits rien qui disent presque tout. Je n’aurais jamais pu aimer un chanteur anglo-saxon comme je l’aime lui. Lorsque j’étais collégienne, j’ai assisté à l’un de ses concerts. Je voulais l’approcher, discuter avec lui, mais comment faire ? Sur un bout de papier, je griffonne : « Toi qui aimes les animaux, pourquoi portes – tu du cuir ? », en ajoutant mon téléphone dans l’espoir qu’il me réponde. Je le jette sur scène mais il ne le récupère pas. C’est fini… Le temps passe, je continue de l’écouter… et bientôt nous nous retrouvons au casting de Germinal. Hélas sans scène commune. Pourtant, un jour, on se croise sur le plateau et il m’interpelle : « Tu fais quoi ? » Je lui réponds que je vais à la cantine. « Je viens avec toi, me dit-il, laisse-moi prendre mon accordéon. » Et rien que pour moi, il a joué trois morceaux. J’avais un feu d’artifice dans ma tête et dans mon cœur.

PROPOS RECUEILLIS PAR CANDICE DUPRET


SON ACTUALITÉ

* Candice Renoir, du lundi au vendredi
à 14h 20 sur France 3. Un inédit
est attendu en fin d’année.

  

Source : Point de Vue (ici et ici)