
Par Thomas Laborde
Journaliste Culture/Loisirs
Publié le à 22:30, modifié le à 14:23

Le chanteur a marqué les époques d’une chanson phare à l’autre, de mots saisissants en paroles gouailleuses. Parmi celles-ci, celles de la chanson P’tite conne, destinées à une célèbre actrice décédée, comme le relate la biographie Renaud, une vie en chansons, publiée le 5 mars 2025 et que Télé-Loisirs a pu lire.
Il a beau avoir déserté la scène malgré quelques tentatives malheureuses, Renaud et son univers restent ancrés dans l’imaginaire collectif et continuent d’émouvoir le public. L’artiste a su d’un morceau à l’autre se forger une solide aura de paroliers hors pair, fort d’une verve singulière, d’une plume aiguisée et gouailleuse reconnaissable entre mille. Une biographie écrite par Thomas Chaline et préfacée par Gauvain Sers rend hommage à la carrière de l’homme au bandana rouge. Sortie le 5 mars 2025, Renaud, une vie en chanson décrypte les paroles d’une quarantaine de titres emblématiques du chanteur parmi lesquels Hexagone, Laisse béton, Ma gonzesse, Marche à l’ombre, Mon beauf’, Manu, Morgane de toi, À la belle de Mai, Miss Maggie, Mistral gagnant, Putain de camion, Manhattan-Kaboul… Des textes portés au micro dans lesquels Renaud a toujours affirmé un engagement fort en faveur d’une société plus équitable, moins libérale, de politiques plus sociales, moins autoritaires, d’un monde dans lequel il est précieux de continuer de prendre soin des unes des autres… Non sans dénoncer, évidemment, certains comportements. À l’image de P’tite conne dédiée à une jeune femme dont les funérailles se tiennent au Père-Lachaise, à Paris.
Que raconte la chanson P’tite conne ?
Difficile de paraphraser Renaud tant son écriture, déjà, sait tout dire. Dans le texte de P’tite conne, l’auteur s’adresse à une jeune femme décédée, aux derniers jours sordides. Une foule interlope se presse à ses funérailles au Père-Lachaise. Elle y sera enterrée pas loin de Jim Morrison, iconique leader des Doors. Rien d’anodin dans cette évocation de la rockstar, morte de ses excès de drogues. La femme dont est honorée, ici, la mémoire, semble avoir été victime d’une overdose. Le narrateur assume ne pas la connaître : « On se connaissait pas aussi tu me pardonnes, j’ai pas chialé quand t’as cassé ta pipe d’opium », écrit Renaud. Des vers sans détour dans lesquels il critique l’hypocrisie de son entourage : « Tu m’excuseras mignonne d’avoir pas pu marcher derrière les couronnes de tes amis branchés / Parce que ton dealer était peut-être là, parmi ces gens en pleurs qui parlaient que de toi / En regardant leur montre, en se plaignant du froid, en assumant la honte de t’avoir poussée là […] /Tu fréquentais un monde, d’imbéciles mondains où cette poudre immonde se consomme au matin / Où le fric autorise à se croire à l’abri et de la cour d’assises et de notre mépris. » Renaud, sans concession, s’insurge contre l’usage de drogues dures et contre le sort réservé à sa P’tite conne, qualificatif, ici, bercé de tendresse.
Qui est la jeune femme morte de la chanson P’tit conne ?
Thomas Chaline, l’auteur de Renaud, une vie en chansons, y révèle que P’tite conne est inspirée de la vie l’actrice Pascale Ogier, étoile montante du cinéma français d’alors, morte la veille de son 26e anniversaire en octobre 1984. Née à Paris en 1958, la comédienne commence sa carrière tôt avec une apparition, certes non-créditée, dans Paulina s’en va d’André Téchiné. C’est en 1978 qu’elle collabore pour la première fois, dans Perceval le Gallois, avec Éric Rohmer. Il fera d’elle une célébrité grâce au film Les Nuits de la pleine lune en 1984, année de son décès. Le soir de sa mort avait lieu l’avant-première de son ultime film, Ave Maria de Jacques Richard, production au destin scandaleux, à l’affiche interdite par la justice après plainte d’associations catholiques. À l’instar de Romy Schneider, ce sont les deux seules actrices de l’histoire à qui tel hommage fut réservé, Pascale Ogier a été nommée pour le César de la meilleure actrice à titre posthume, attribué en fin de compte à Sabine Azéma. Renaud, qui, lui, lutte depuis des décennies contre l’alcoolisme, ne connaissait pas Pascale Ogier, mais a su en faire l’héraldesse de la lutte contre la drogue.