Chronique disque et biographie : « Boucan d’enfer » de Renaud

Discochronics

Publié le 21 janvier 2010

Renaud était attendu, c’est le moins qu’on puisse dire. « Boucan d’enfer » fut l’album de sa rédemption en 2002. Les fans attendaient depuis 7 ans quelque chose de nouveau du Poulbot à l’accent Parigot qui se remettait mal d’une séparation. Mais comme tout artiste qui se respecte, c’est dans son expérience personnelle qu’il va puiser l’essence de son nouvel opus. Et c’est un véritable résumé des sept années qui viennent de s’écouler qui se déroule sous nos yeux.

En plus de cela, le bonhomme s’offre un duo avec une chanteuse en vogue, Axelle Red, et place un single en radio pour le faire tourner en boucle. Foin de ses problèmes d’alcool, Renaud apparait maintenant sobre, toujours tremblant et timide, mais les veines exemptes de toutes substances jaunes.

Quelques chiffres donnent une idée de l’effet fracassant de ce retour: 2 millions d’albums vendus, 700 000 exemplaires de « Manhattan/Kaboul » qui s’arrachent comme des petits pains.

1) Docteur Renaud, Mister Renard (4’23)
2) Petit pédé (4’32)
3) Je vis caché (4’16)
4) Cœur perdu (4’43)
5) Manhattan-Kaboul (3’52)
6) Elle a vu le loup (3’00)
7) Tout arrêter…(3’21)
8) Baltique (2’57)
9) L’entarté (3’00)
10) Boucan d’enfer (5’00)
11) Mon nain de jardin (2’41)
12) Mal barrés (3’45)
13) Corsic’armes (3’34)
14) Mon bistrot préféré (3’43)

« Docteur Renaud, Mister Renard » démontre la dualité du bonhomme dans ce qu’elle a de plus partagée. Renard boit du jaune et Renaud boit de l’eau. Renard est anar et méprise tout, Renaud est amoureux du genre humain et des belles causes. Renard disparait et laisse la place à Renaud pour la suite, « Petit pédé » qui décrit l’univers quotidien avec des mots justes du garçon qui aime les garçons.

Renaud n’est pas comme lui, précise-t-il à la fin, mais le malheur, il connait aussi.

Le disque contient son lot de chansons tendres où Renaud opère un retour sur lui-même et raconte son errance d’amoureux devenu d’un seul coup solitaire. Il vit de loin les nouvelles élucubrations télévisuelles dans « Je vis caché », offre ce qu’il reste après sa rupture dans « Cœur perdu », stoppe d’écrire avec une seringue dans « Tout arrêter… », revient à nouveau sur sa rupture dans « Boucan d’enfer ».

Superbe duo sur « Manhattan-Kaboul » où des enfants de chaque pays s’expriment une nouvelle fois sur l’absurdité de la guerre. La jolie voix d’Axelle Red vient temporiser celle de Renaud, de plus en plus défaillante.

Des chansons futiles et légères aussi comme il sait toujours en faire, « Elle a vu le loup » que j’ai pu entendre en concert avant même qu’elle ne soit enregistrée, « Mon nain de jardin » qui raconte le vol d’un ornement de pelouse.

Et puis Renaud sort son flingue de temps en temps pour « L’entarté » qui se propose de remettre une couche de crème sur la tronche de BHL, « Corsic’armes » qui soutient les peuples insoumis. Mêlé à tout ça, il y a les inclassables, « Baltique » où la voix d’un chien s’exprime dans toute sa tendresse immodérée, « Mal barrés », où toutes les histoires d’amour sont condamnées à disparaitre et enfin « Mon bistrot préféré » où une galerie de fantômes fait son apparition sous la plume du poulbot, dans une évocation tendre et sincère de nos chers disparus.

Renaud prouve qu’il sait toujours écrire de belles histoires et trouve les mots que nous cherchons en vain depuis des lustres.

Un album très varié qui oscille entre gravité, légèreté et grâce.

Bon retour mon gars.

Assieds-toi.

Nous t’attendions.

  

Source : Discochronics