
Publié le 21 janvier 2010
Un titre en forme d’hommage à Coluche, et une pochette noire en deuil avec une sobre fleur pour tout recueillement.
« Putain de camion » sort en 1988.
Le 19 juin 1986 Coluche est percuté par un camion et toute la profession est endeuillé par la perte de cet être bouffon qui allait cruellement faire défaut.
Le parrain de Lolita, la fille de Renaud, disparaissait bêtement, en pleine force de l’âge. On peut réellement dire que Renaud en prendra un vrai coup et transcrit cela dans une mélancolie qui inondera une bonne partie de l’album.
La hargne abandonne plus ou moins le chanteur pour des textes plus sombres où la nostalgie remplace l’humour.
C’est une nouvelle ère qui s’ouvre pour lui, une époque difficile qui débute avec beaucoup de problèmes personnels à résoudre, d’autant plus que les critiques l’attendent plus ou moins au tournant après le succès retentissant de Mistral gagnant trois ans plus tôt.
Track-List:
1) Jonathan
2) Il pleut
3) La mère à Titi
4) Triviale poursuite
5) Me jette pas
6) Rouge gorge
7) Allongés sous les vagues
8) Cent ans
9) Socialiste
10) Petite
11) Chanson dégueulasse
12) Putain de camion
Intro façon Johnny Clegg puisque cette chanson lui est dédiée. « Jonathan » parle de la lutte non armée pour l’abolition de l’apartheid et des combattants par la rime de toutes sortes. Quand l’humeur se fait sombre et que le doute s’installe, « Il pleut » dans les yeux, mais la fin se révèle rassurante. Description minutieuse d’un appartement prolétaire chez « La mère à Titi » le single jeté en radio. Long titre de plus de six minutes, « Triviale poursuite » qui évoque des sujets d’actualité tragique, qui fait le tour des oppressions. Renaud n’a pas de solutions, nous non plus. A nouveau la peur de la rupture avec « Me Jette pas » où une évidence s’impose: si tu me quittes et que tu t’en vas, je pars avec toi.
Complainte à l’accordéon avec « Rouge gorge » au réalisme rétro puis « Allongés sous les vagues » qui enquille les vannes les unes derrière les autres avec un Renaud qui explique comment faire un tube sur la dernière minute.
Orgue de barbarie sur « Cent ans » et un Renaud redevenu poulbot qui décrit les avantages de la vieillesse ultime. Tour d’horizon de la morale politique sur « Socialiste», Tonton, Bedos, Lang et Charles Hernu se suivent et ne se ressemblent pas. « Petite » et un conseil aux ados, celui de vivre pleinement ce court moment de leur vie, suivi d’un moment plus léger, la rencontre entre deux victimes d’une sudation abondante, « Chanson dégueulasse». Presque une marche funèbre sur « Putain de camion », valse lente et triste.
Le parrain de Lolita est parti sur la route et n’est pas revenu.
Tranches de mort.
Putain de destin.
Renaud noie son spleen dans la musique et livre un disque sombre mais toutefois varié.
L’humour est plus ou moins là, mais on sent bien que le personnage est ailleurs.
Comme si tout ceci ne le concernait plus.
Merci quand même.
Source : Discochronics