
LE BLOGUE D’ALAIN BRUNET

Autres coffrets de chanson francophone à offrir à Noël, les intégrales de Renaud et Rivard. Les deux R peuvent intéresser les fans, finis au point de se procurer leur intégrale studio. Côté Séchan, il y a des valeurs ajoutées (enregistrements inédits) alors que Rivard se contente de fournir tous ses albums dans un bel emballage. Question de choix…
Les rumeurs estivales ne donnaient pas cher de la peau de Renaud Séchan, très esquinté par une inquiétante rechute aux enfers éthyliques. Les rumeurs automnales ont été plus encourageantes. Les hivernales? Que dalle sauf… sous la bannière Renaud intégrale studio, ce coffret rouge sang à l’intérieur duquel on débusque 17 CD de ses 15 albums studio plus un double constitué d’enregistrements inédits.
Suggestion : faites l’exercice de l’écoute intégrale en commençant par les extrêmes. Débutez par Amoureux de Paname, lancé en 1975 alors que le jeune Séchan imposait son mélange unique de java parigote, de libre pensée chansonnière et d’attitude rock. Écoutez ensuite Molly Malone, le plus récent album de Renaud, c’est-à-dire enregistré 34 ans plus tard : musiques d’inspiration celte, adaptations françaises de chansons irlandaises (souvent traditionnelles), voix diminuée et graveleuse. Puis dirigez-vous lentement vers le milieu de la trajectoire, Putain de camion, Marchand de Cailloux…
Prédiction : vous finirez par retourner à gauche du spectre : Morgane de toi, Mistral gagnant… On a lancé naguère des intégrales Renaud, la plus récente s’annonce la plus complète. Bien qu’on y trouve pas de livre grand luxe, on y débusque une dizaine de chansons «introuvables» (Encore un rhum, Pondichéry, Fallait Pas!, etc.), sans compter des reprises de Brassens (que Renaud vénère) et autres Jean-Loup Dabadie.

« Huit albums originaux en 31 ans, ce n’est pas la fin du monde mais c’est un maudit bon début », résume Michel Rivard en guise d’introduction.
Entre les mains et les oreilles, on a ce manuel déguisé en bouquin des éditions Gallimard, à l’intérieur duquel se trouvent les huit albums qu’il a créés entre 1977 et 2006, ceci incluant l’opus enregistré de concert avec L’Orchestre symphonique de Montréal.
Vu sa petite taille et son petit marché, la société québécoise conduit ses artistes à mener plusieurs activités connexes, et cela explique fort probablement la production (post-Beau Dommage) relativement modeste de cet homme aux multiples talents – aussi acteur, metteur en scène, auteur, père de famille et plus encore. Que fera Rivard à l’avenir ? Il a encore de bonnes années devant lui, on lui souhaite les meilleures chansons du monde, on lui souhaite de rester alerte et… on se concentre d’ici là sur ses meilleurs coups, rematricés comme il se doit : De Longueuil à Berlin (1979), Sauvage (1983), Un trou dans les nuages (1987), Maudit Bonheur (1998), quatre albums quatre étoiles. Tant qu’à y être, on se penche de nouveau sur le reste, de bonne ou fort bonne facture. Le seul petit problème est le suivant : aucune valeur ajoutée, aucun texte supplémentaire, aucuns enregistrements inédits. Choix assumé à n’en point douter.
Source : La Presse

