Comment François Ruffin en est venu à écrire sur le chanteur Renaud

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Politique

Le député de la Somme révèle que le chanteur engagé à gauche a « énormément compté » dans son parcours. Il lui rend un hommage appuyé.

XOSE BOUZAS / Hans Lucas via AFP
François Ruffin à l’Assemblée le 4 décembre 2025.

C’est l’histoire d’un adolescent qui, au milieu des années 1980, écoutait Renaud en boucle. Le jeune homme a bien grandi puisqu’il est aujourd’hui député, mais sa passion pour le chanteur est intacte. François Ruffin révèle avoir été contacté par Lolita Séchan, la fille de Renaud, il y a un an pour apporter sa contribution à un livre-événement sorti en cette fin d’année aux éditions de La Martinière.

« Je suis le seul homme politique à écrire dans ce livre », dévoile avec fierté l’ancien reporter, surpris d’avoir été choisi. Dans une vidéo et une note de blog mise en ligne le 7 décembre, il s’explique longuement sur sa passion pour l’auteur-compositeur-interprète français, qui a bercé des générations entières avec ses airs engagés et populaires. « J’ai un flash-back qui me renvoie à mes années collège, explique François Ruffin. J’allais à la bibliothèque municipale d’Amiens, je devais être en sixième, et un jour j’emprunte une cassette de Renaud, que je ne connaissais pas. Je l’écoute en rentrant à la maison et je suis scotché. Un choc ».

Il écoute en boucle des chansons comme Ma Gonzesse, C’est mon dernier bal ou Chanson pour Pierrot, les apprend par cœur et se demande : « Ah bon, on peut faire ça avec la langue ? Avec la chanson ? Autant de révolte et d’humour, autant d’émotion ? » Le jeune François Ruffin, alors un peu « paumé », devient un véritable fan. Il achète des livres sur le chanteur, colle des posters dans sa chambre, copie toutes les cassettes qu’il trouve à la bibliothèque…

Aujourd’hui, il en est convaincu : « Renaud a exprimé et renforcé ma révolte ». Le jeune homme découvre que des chansons peuvent « faire rigoler, émouvoir, heurter, [donner envie de] se révolter ». Celles de Renaud, dont le cœur a toujours penché à gauche, le marquent profondément et nourrissent son engagement politique futur. « En sixième, j’étais le communiste du collège privé, le rouge, et ça n’a fait qu’empirer après, explique-t-il. Mon camarade, mon compagnon, c’était Renaud »« Avec d’autres, ajoute-t-il aussitôt. Jacques Brel, Georges Brassens, François Cavanna… J’avais ma troupe de compagnons qui vivaient dans ma tête ».

« Il a bousculé mon destin »

Un jour, l’actuel député apprend que Renaud est dans sa ville. « Dans ma famille on ne m’a jamais emmené en concert, ce n’était pas dans nos habitudes », exprime-t-il. Et puis, vu les bulletins de notes qu’il ramène à la maison, il n’ose pas demander à ses parents de lui payer une place. Alors il reste chez lui le soir du concert. « Renaud chantait à quelques mètres de là où j’habitais, et moi j’étais tout seul dans ma chambre. C’était triste ». Un soir « navrant, désespérant et morbide » dont il se souvient avec précision.

La passion pour le chanteur ne s’arrête pas là : au lycée, François Ruffin se met à écrire des poèmes inspirés de Renaud. « Pourvu qu’on ne les retrouve pas », lâche-t-il aujourd’hui. Ayant obtenu son bac, il reçoit l’intégrale des CD. Arrive Mistral gagnant, une chanson qui atteint selon lui « la perfection »« d’une telle grâce ». Puis il s’en éloigne. Restent quelques textes qu’il connaît encore par cœur et qui lui ont permis, comme « des milliers d’autres adolescents dans [s]on genre », de « trouver l’expression de sa révolte ». François Ruffin est persuadé que Renaud a « bousculé [s]on destin ». « Qu’il en soit remercié ».

  

Source : Le HuffPost