Publié 03/01/2009 00:00 | Mise à jour 03/01/2009
« Ça y est, c’est le grand jour ! » s’exclame l’artiste Paul Beaudoin. Emu et excité, il regarde l’œuvre monumentale qu’il vient de terminer, débarquée, couchée sur un camion, dans un lotissement du Bois-de-Bléville. Haut de 4 mètres, ce totem coloré flanqué d’un manomètre géant tournant à la moindre brise, d’une horloge d’usine et d’une girouette sur laquelle on peut lire « c’est par ici » ou « c’est par-là », se dressera dans quelques minutes au beau milieu des derniers logements en date construits par l’Office Public de l’Habitat de la Ville du Havre (ex-OPHLM). La résidence « Perds pas le Nord ».
Après Hanin, Jeff, O. D’hont et bientôt Xénakis, Troquet ou encore Lartisien, Paul Beaudoin fait partie de ces artistes ayant adhéré à la démarche singulière du bailleur Alcéane qui a fait sienne une devise : « l’art ne s’arrête pas aux portes du logement social ».
« Je travaille beaucoup dans la rue. Je fabrique des mécanismes que je présente sur l’espace public, mais c’est la première fois que j’expose mon travail dans des logements, raconte Paul Beaudoin. Le concept d’Alcéane de faire entrer des œuvres dans des logements sociaux me plaît beaucoup. L’art n’est pas forcément fait pour être enfermé et tout le monde ne fait pas la démarche d’aller dans des galeries ou des musées. C’est bien de démocratiser les choses. Sans prétention, en ces temps un peu durs pour tout le monde, rien de tel qu’un objet un peu rigolo qui vient s’implanter au milieu de la vie de gens, en espérant que cela leur plaise ! »
Pas si blême mon HLM
Depuis des années maintenant, et pour chacun de ses programmes immobiliers, Alcéane prévoit dans son budget la commande auprès d’un peintre, d’un sculpteur ou d’un plasticien, d’une œuvre se mariant avec le projet architectural. A la tête d’Alcéane depuis bientôt quatre ans, Jean-Pierre Niot est à l’origine de cette union aujourd’hui systématique de l’art contemporain et du logement social.
« L’intégration d’une touche artistique dans nos programmes de construction vise, de manière modeste, à améliorer l’image du logement social et à rejeter dans la durée l’expression du chanteur Renaud que j’ai encore en tête « il est blême mon HLM », explique Jean-Pierre Niot. « Cette trace artistique, on peut dire qu’elle participe au mieux vivre ensemble. Naturellement, poursuit le directeur général d’Alcéane, je ne perds pas de vue que notre métier c’est d’abord de loger. Que ce qui prime avant tout, c’est la qualité architecturale et la qualité du logement lui-même. L’important, c’est de bien se sentir là où on vit et cette composante artistique peut y contribuer ».
Du quartier de la gare à celui d’Aplemont, en passant par le quartier Saint-Nicolas, dans tous les ensembles concernés les locataires apprécient la mise en place de ces œuvres. « Ils ont la sensation qu’on leur porte de la considération, souligne Jean-Pierre Niot, qu’ils habitent, grâce à cet apport artistique, dans un logement qui n’est plus marqué HLM. C’est un plus dans ce sens-là. »
Un plus qui a un coût mais que l’OPH de la Ville du Havre s’avoue prêt à payer : « Toute l’intendance, autrement dit l’installation des œuvres, est portée par nos salariés, nos outils, nos camions en interne. Le coût de cette intervention, c’est la rétribution de l’artiste. Ce sont quelques milliers d’euros, mais cela me semble tout à fait légitime, poursuit Jean-Pierre Niot. Dans le coût global d’un programme de logement, le pourcentage demeure minime. »
Laure Ferrari
Source : Paris Normandie