Dessine-moi un bateau

Chanson Magazine

N° 4, juillet-août 1983

Par Boris Santeff

Hé Renaud, dessine-moi un bateau, le mouton je l’ai déjà.

Il a eu beau prendre des coups de clé à mollette sur la tête, il vit encore, on se le fait dimanche en méchoui avec Gégé.

Ses vieux lui laissent la baraque pour le week­-end, y’aura Evelyne, tu peux venir si tu veux. Pour les Santiag, 40 sacs. Gégé y trouve que c’est encore un peu cher pour lui, il les a essayées, pis moi aussi, mais ça lui va mieux à lui qu’à moi. Avec ma gabardine, les bouts cloutés, ça fait pas bien.

On sait pas si on viendra au concert que tu donneras à Meaux, vu que le frère de Gégé a un match de boxe le soir même à Sartrouville ; comme il risque de faire moins de monde que toi, il aura besoin de nous.

Son adversaire, c’est un Algérien qu’a dit qu’il allait le tuer. Le frère de Gégé a répondu, si il fait ça il y crève les yeux.

On a vu ton frère l’autre jour au Brazza, il nous a frimé la tête pace qu’y sortait avec une gisquette d’Epinay, une blonde patinée avec des faux bas résille. On l’a charrié, t’y diras qu’on lui en veux pas.

Ma mère a pas compris pourquoi tu voulais casser la gueule au Père Noël sur ton dernier disque. On lui a esspliqué que c’était une image, et tout et tout et que comme c’était un Père Noël noir, ça pouvait pas exister. Elle a pas voulu comprendre, elle était emmerdée.

A part ça, le curé de Bezons nous prête le presbytère pour répéter. Y dit que ça emmerdera Touvard, le responsable des jeunesses communistes, tu sais un conard qui voulait draguer Evelyne : aucune chance.

Le curé il est sympa tu sais, tu devrais le connaître. Sans déconner, il t’aime bien lui. Le père de Gégé, il a dit lui, tu devrais pas parler prendre un flingue pace que c’était dangereux et que tu pourrais vraiment faire du vilain, on a voulu lui esspliquer comme pour ma mère, mais on en avait marre, ça devenait vraiment sérieux pour le coup.

Je voulais mettre on t’embrasse, mais Gégé y dit que ça fait pédé.

Salut Maurice.

P.S. : Gégé prend les Santiag à 20 000.

Boris SANTEFF

  

Source : Chanson Magazine