
Visionnaire, le producteur est mort brutalement lundi 27 janvier dans l’après-midi après une carrière spectaculaire.
L’homme avait certes levé le pied, diminué par une vie brûlée par les deux bouts, comme il le reconnaissait lui-même il y a un an dans nos colonnes, à la faveur des 40 ans du Zénith de Paris. « J’ai trop travaillé et pas assez dormi » nous avait-il confiés, l’œil toujours pétillant. Daniel Colling est mort brutalement lundi 27 janvier dans l’après-midi. Il avait conservé la direction des Zénith de Paris, Nantes, et Toulouse, sur lesquels il veillait farouchement, en amoureux du spectacle. Il avait à lui seul complètement réinventé le rôle du producteur de concerts. L’écosystème actuel des musiques dites « actuelles » doit beaucoup à ses nombreuses innovations. Sa disparition coïncide avec une nouvelle époque de grands changements.
Né en 1946 en Meurthe-et-Moselle dans une famille d’Alsaciens exilés en Lorraine après la défaite de 1870, il devient un professionnel de l’organisation de concerts à son arrivée à Paris en janvier 1970 après quelques années dans l’enseignement. En 1976, il fonde l’agence Écoute s’il pleut, avec Maurice Frot (secrétaire de Léo Ferré) et quelques autres qui veillent sur les carrières de la figure tutélaire Léo Ferré et une dizaine de jeunes artistes réputés «marginaux» : Jacques Higelin, Bernard Lavilliers, Renaud, Maxime Le Forestier, Charlélie Couture.
Des chanteurs à mille lieues du showbiz et de la variété en vogue dans ces années-là, qui trouve un écho dans des shows télé comme ceux de Carpentier. Afin de prolonger son travail de quasi militant de la chanson de qualité, il fonde un festival en s’associant avec la maison de la culture de Bourges, sans aucune aide publique. La première édition du Printemps de Bourges, parrainée par Charles Trenet, est un succès. Il revend la marque en 2013 et cède sa place de directeur en 2015, après avoir veillé sur tous les aspects du métier, depuis la technique jusqu’aux fameux déjeuners du Printemps, où il avait à cœur de mélanger artistes, journalistes, élus locaux, suspendus à ses lèvres et friand de ses anecdotes. Doté d’une énergie considérable, sillonnant la France en permanence – son chauffeur était un de ses fils – il était un véritable ogre, aussi craint qu’admiré. Ses coups de gueule étaient notoires. L’homme n’était pas rancunier mais exigeant.
Fin politique
L’élection de François Mitterrand à la présidence de la république et la nomination de Jack Lang, Lorrain comme lui, au ministère de la Culture, permet au festival de se déployer. Ce dernier lui confie une mission de développement des musiques amplifiées. Daniel Colling impose l’idée d’une grande salle entièrement dédiée au rock et à la chanson. Le Zénith de Paris ouvre ses portes en janvier 1984. Après des débuts un peu lents, la salle est un succès dès l’année suivante, avec une série de concerts de Jean-Jacques Goldman, qui demeure le chanteur qui s’est produit le plus souvent dans la salle. « Ils sont tous venus » expliquait Daniel Colling hormis les Rolling Stones, qui manquaient à son tableau de chasse. Il citait le concert de Prince donné au Zénith en 1986 comme son meilleur souvenir. Sous son impulsion, le modèle du Zénith s’étendit à tout le pays. Il veillait au destin de la maison mère et à deux autres déclinaisons : celles de Nantes et de Toulouse.
En qualité de producteur et de manager, il développa la carrière de Jacques Higelin, encourageant ses enfants Arthur H et Izia, et produisit les deux plus grands humoristes des années 1980 : Guy Bedos et le génial Pierre Desproges, dont il était le plus grand admirateur. Boulimique de projets, très fin politique, il avait dirigé le Centre national de la chanson, des variétés et du jazz de 2002 à 2009, et géré le théâtre de la Gaîté Montparnasse.
Sa dernière invention avait été le « Mama », dispositif de découverte à mi-chemin entre salon professionnel et festival, qui connaît un beau succès. Ordonné chevalier de la légion d’honneur en 2004, il avait des détracteurs, qui dénonçaient un « empire Colling ». En 2024, il nous expliquait : « Ce qui m’a toujours motivé a été davantage de créer, d’inventer, de faire des choses qui m’excitent plutôt que de gagner du fric. »
Source : Le Figaro