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Dix lancements. La semaine prochaine, Jonathan Painchaud lancera son nouvel album, le bien-nommé Qu’on se lève, dans dix villes, dont neuf en deux jours. Avec prestation partout. Ce lundi, il alignera Trois-Rivières, Rimouski, Saguenay et Québec. Mardi, méchant marathon, comme quoi l’avenir est à ceux qui se lèvent tôt et se couchent tard, il se sera montré et produit dans un Mikes de Rouyn-Noranda, une Cage aux sports de Gatineau, au Vieux Clocher de Sherbrooke, au National à Montréal et dans le café Aux pas perdus des îles de la Madeleine. Vendredi, pas énervé, il fêtera dans son bled, à Drummondville.
Gros coup médiatique. Surtout, gros coup avant l’artillerie des gros canons de l’automne. Le pari: se démarquer. Devancer les tanks. Précéder l’hallali. Quitte ou.. décuple. D’autant que le dernier Painchaud, pourtant excellent, ne s’est pas exactement vendu comme des p’tits pains. Chauds. Autant être le premier à oser le calembour atroce.
Saison lourde
C’est qu’elle sera lourde, la saison des récoltes. Lourde comme dans pesamment pesante. De gros canons, mais aussi quelques boulets: débouleront les albums de Marie-Mai, de Bruno Pelletier avec son GrosZorchestre, de Sylvain Cossette en angliche dans le texte, des France D’Amour, Boom Desjardins, Éric Lapointe et autres Mélanie Renaud. Ah oui, et le volume 2 de Quand le country dit bonjour… Le mégapopulaire groupe Kaïn offrira Les saisons s’tassent, après la déferlante du précédent Nulle part ailleurs. Un deuxième Isabelle Boulay naîtra en moins d’un an, celui-là conçu pour le marché européen. Les vétérans seront présents en quantité et qualité, de Marie-Michèle Desrosiers à Laurence Jalbert et de Patrick Norman à… Gilles Valiquette! Noël sera chanté, et fort bien, par Claire Pelletier. Il faudra aussi compter sur l’album-bénéfice des 25 ans de la Maison Jean Lapointe, constellation d’étoiles. Et sur l’album de la comédie musicale Les 7. Jusqu’à Nathalie Simard qui s’y remettra (c’était couru). Éreintés? Je le suis déjà. Rien que du gratiné. Du mastoc. Du reconnaissable à cent mètres.
Mais pas tellement de fine dentelle. Sinon Pierre Lapointe et Yannick Nézet-Séguin, dont l’extraordinaire spectacle des Francos avec l’Orchestre métropolitain du Grand Montréal aboutira en CD novembre venu (pourquoi pas en CD + DVD?); sinon Diane Dufresne, dont le nouvel album attendu en octobre célébrera une autre rencontre bénie des dieux, cette fois avec le pianiste Alain Lefèvre; sinon le grandissime Vigneault qui nous gratifiera d’un autre livre-disque de contes, sans compter le disque de sa «sacrée rencontre» en spectacle avec Les Charbonniers de l’enfer. À ceux-là, on fera de la place sur les présentoirs. Bonne chance aux autres disques, des moins évidents aux invisibles, pourtant non moins intéressants: Le Facteur vent, nouveau Martin Léon, par exemple. Ou le nouveau Tomas Jensen. Ou le Sylvie Paquette réalisé par Daniel Bélanger chez Audiogram, album reporté maintes fois pour cause d’audiogramite aiguë, espéré quelque part en novembre également. Quand la poussière de la bataille de l’automne aura commencé à retomber. Stratégie inverse: sortir son disque après les autres.
C’est dire à quel point la partie sera casse-gueule pour les inconnus et relatifs inconnus de cette rentrée. Qui imposera un premier album parmi tous ces imposants? Alexandre Champigny, Dominique Bouffard, Marie-Luce Béland, Mimi Rousseau, Naïla, Jérôme Charlebois (oui, le fils de… ), Gaëlle, Misteur Valaire, Le Husky? J’en passe, because l’espace. La vie est cruelle pour ceux qui aspirent à respirer. Et sera à peine plus facile pour ceux que nous aimons pourtant, nous, critiques, à chaque nouveau disque, qu’ils en vendent des tas ou pas: on a forcément très hâte d’entendre ce que nous ont préparé Yves Desrosiers, Jérôme Minière, Yves Lambert avec son Bébert Orchestra, Geneviève et Matthieu, Kim Bingham (mais si, la dynamo de Me, Mom & Morgentaler), Navet confit… J’arrête la liste ici. Eh, c’est que la saison apportera aussi des disques d’ailleurs.
Chez les yéyés
Vous me direz que c’est un hasard. Je vous dirai que ce sont les retombées radioactives des tournées rétro «âge tendre», qui font tabac sur tabac en France. Le yéyé, oui, le yéyé est revenu. À peine ai-je reçu un très marrant disque d’une certaine Mareva, joli lot de reprises sixties joliment intitulé Ukuyéyé, que l’on annonce du côté de Benjamin Biolay un Trash yéyé où, dit-on, des rimes vicelardes à la Gainsbourg se vautrent sur des airs à gogo. Bigre! Qui nous a débauché le Benjamin? Plus fort encore, la copine des copines, Sylvie Vartan elle-même, revisite ses voisins des années «Nouvelle Vague» et chante un plein album de refrains associés aux Richard Anthony, Françoise Hardy, Beatles et compagnie. Tendance lourde? Sachez que mon Dick Rivers à moi sera bientôt à Montréal pour la promo d’une compilation de grands succès. On n’en sort pas, on n’en sort pas. Qui veut en sortir? Pas moi.
Cela étant, la Française de France qu’on attend le plus impatiemment, c’est quand même Rose. Rose la Niçoise, Rose la belle aux rimes délicieusement tristes et aux mélodies tout aussi délicieusement folk-pop, dont l’album éponyme est là-bas en magasin et dans les cœurs depuis un an tout juste. Album qui nous parvient enfin, gracieuseté de Fusion III, qui s’occupe dorénavant des sorties locales des disques francophones de la multinationale EMI. Ce qui nous vaudra, ô félicité, des sorties presque simultanées pour le Biolay, le nouvel Étienne Daho (L’Invitation), le deuxième Romane Serda (Après la pluie, toutes chansons signées Renaud) et un disque de duos avec Aznavour. Chez Universal, il semble qu’on ne tardera pas non plus pour faire franchir la grande mare aux albums tout neufs, dont certains d’intérêt plus que certain: mentionnons un Vanessa Paradis (Divinidylle, réalisé par -M-), un Bashung, un Christophe, un Lavilliers, ainsi qu’un Katerine en spectacle (et quel spectacle!).
Comme si ce n’était pas assez, nous obtiendrons aussi un Sttellla (titre impayable: Le Plus Beau Jour de magie), et surtout, surtout, un Murat. Un Murat dont on a appris la récente complétion lors d’une conférence de presse mémorable aux Francos de Spa. Matthieu Ferré a en effet confié à Jean-Louis Murat quelque 22 musiques inédites de papa Léo, sur lesquelles des poèmes de Baudelaire furent couchés. D’autres poèmes que ceux du mythique disque Ferré chante Baudelaire. Murat en a enregistré douze. Titre: Charles et Léo. Tout est dit.
Liste d’épicerie
Tout… sauf la liste d’épicerie longue comme le bras des disques à venir des États-Unis, d’Angleterre et de partout où l’on chante en anglais d’abord. En vrac, sachez donc que les bacs de la planète pop seront réquisitionnés par les James Blunt, Kanye West, Kid Rock, Alicia Keys, Celine Dion sans accent aigu, Mariah Carey, Amy Winehouse (album non posthume, espère-t-on), Michael Jackson et les Backstreet Boys réunis, pour ne nommer que ceux-là. En grattant un peu sous la surface, on trouvera aussi de quoi bien boire et bien manger, un nouveau Joni Mitchell absolument inespéré (Shine, sur le label de Starbucks), un coffret de raretés d’Emmylou Harris, un Lyle Lovett, un Raveonettes, un Iron & Wine, un Devandra Banhart, un brûlot intitulé Songs Of Mass Destruction par Annie Lennox, un PJ Harvey (White Chalk), et même un nouveau Springsteen avec le E Street Band, que l’on dit très rock. Et un DVD des Bangles en spectacle au House of Blues, rien que pour bibi. Youpi, comme dirait le responsable de ce cahier.
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Collaborateur du Devoir
Source : Le Devoir