
Rêver d’un Renaud séchant ses mots de chansons dans un livre : il s’en passe et s’en transmet, des choses, au pays des songes.

Les derniers soubresauts de mon rêve du jour m’ont emmené vers le chanteur Renaud avec qui j’ai pu échanger de l’amabilité pendant quelques instants.
Je n’avais pas devant moi le Renaud clochardisant, affaibli, un brin bouffi, dont ma mémoire récente avait conservé gravés les microsillons. Non. C’était plutôt, sans que j’en fusse autrement surpris, un Renaud certes mûr mais d’aspect quasi-jeune. Mais surtout un Renaud sage, très sage, philosophique et rassurant, comme s’il avait carrément retourné son blouson de cuir des années 1970 et 1980 et qu’il m’en eût dévoilé l’intérieur tendre, la douce doublure, celle qui transperçait déjà son armure à l’époque.
Offrande d’un livre-paysage
Dans mon rêve, entre deux autres missions, j’assurais, comme chroniqueur d’un journalisme marathonien absurde, la couverture de la promotion de son dernier opus. Sans être étonné non plus, je vivais ce moment d’un Renaud non plus chanteur mais écrivain, venu présenter un petit livre plein de sources et ressources poétiques, au format paysage. Ce livre, dans le rêve, je l’avais d’abord découvert en format PDF sur mon ordinateur et en avais digéré l’essentiel. Maintenant, après quelques mots de bonne critique de ma part, Renaud m’offrait un exemplaire de l’ouvrage, toujours avec cette sérénité enveloppante, dans un geste presque d’amitié, derrière lequel je sentais aussi un filigrane de « condescendance bienveillante » envers mon métier qu’il jugeait peut-être un peu trop trépidant, voire ingrat.

Et me voilà quittant le lieu de la promo, riche de ce volume ne pesant pourtant pas lourd physiquement. Un peu plus tard je m’aperçois, en m’auto-flagellant, que j’ai oublié de faire poser Renaud pour quelques clichés de circonstance. Dans la vie éveillée, j’y aurais pensé. Puisque j’évoque la vie éveillée, précisons deux choses autour de mon « songe d’une parenthèse de Renaud » :
1. Dernièrement j’ai parlé plusieurs fois de Renaud avec une connaissance de bistrot, plus précisément un bistrot où les clients jouent au juke-box du 21e siècle avec smartphone comme pilote relié aux enceintes d’un appareil du lieu. Nous nous projetions notamment dans l’après-Renaud, essayant de soupeser, ou de supposer, le vide qu’il créerait…
2. Dans l’âge tendre de mon métier de journaliste secrétaire de rédaction, qui s’offrait rarissimement une sortie pour un éclat d’écriture, je rencontrai un jour, accompagnant un collègue et ami féru de chanson française, un Renaud encore vif, en plein succès, auquel s’assimile un peu celui de mon rêve. C’était le temps du jeune papa de Lolita qui venait de sortir, entre autres titres, Morgane de toi, une chanson subtile, toute pleine des quelques kilos de sa progéniture qui vivait sa petite enfance.
Et dire que j’en suis presque à apprêter sa nécrologie comme si je me vaccinais contre sa future disparition, histoire de l’adoucir, de retrouver un Renaud incroyablement doux et superbe tel celui de mon rêve…
J’aimerais retomber sur le court texte que m’avait inspiré cette rencontre datant de plus de quarante ans dans un lieu du Nord dont le nom et la localisation ne me reviennent pas, du moins pour le moment.
Texte ©Albert Lammertyn
Image générée par l’intelligence artificielle
Source : Blog d’Albert Lammertyn