
Publié le
Le Maine Libre | Nicolas Fernand

Le Fléchois Gilles Lecouty, alias Gilou, 83 ans, vient de publier son autobiographie. L’accordéoniste y raconte ses rencontres avec Pierre Perret, les Verts, Patrick Sébastien ou Renaud. Sans oublier son tube avec Licence IV : « Viens boire un p’tit coup à la maison. »

Le Maine Libre : Vous avez décidé de prendre la plume, et d’écrire votre autobiographie. Qu’est-ce que vous y a incité ?
Gilou : « Il y a plus de soixante ans que mon accordéon parle, chante et pleure pour moi. Alors, à mon âge, j’ai estimé que le temps était venu de raconter ma vie, et de me mettre à nu. Cette idée me trottait dans la tête depuis longtemps, et puis, pendant le Covid, comme beaucoup, je me suis senti perdu. Il n’y avait plus aucune voiture sur la place de la Libération, à La Flèche. Alors, j’écrivais chaque jour un peu, en repensant aux jours heureux, et à la chance que j’ai eue de vivre dans de belles choses. »
Tout est parti de votre rencontre avec Pierre Perret, qui a d’ailleurs préfacé ce livre.
« En effet. Pierre cherchait un jeune accordéoniste pour l’accompagner. À Paris, mon professeur de musique, Étienne Lorin, m’a conseillé d’aller tenter ma chance. Je suis arrivé chez Pierre. J’ai joué un extrait du « Retour des hirondelles. » Il m’a dit qu’il m’engageait pour la musique, mais qu’il me mettait à l’essai pour le caractère. Ce jour-là, j’avais été très impressionné. À l’époque, j’étais très timide. Aujourd’hui, ça fait soixante-deux ans que je suis à ses côtés, et ce jour-là a été le tournant de ma vie. »
Quelle aurait été votre vie sans Pierre Perret ?
« Comme je ne pensais pas devenir musicien (j’ai travaillé dans une banque quelques années), je me serais peut-être emmerdé. Là au contraire, j’ai adoré ma vie. »
D’où ce titre : « elle est pas belle ma vie ? »
« Oui ! À l’origine, je pensais au titre « elle est pas belle la vie ? », une expression que j’utilise souvent. Mais un jour, un gars m’a dit : « la vie est peut-être belle pour toi, mais pas pour moi. » Alors, j’ai apporté cette modification. Après, je pense qu’on a la vie qu’on se forge. Et sans gros pépin, sans gros malheur, j’estime la vie doit être belle. Pour ma part, j’ai connu, comme tout le monde, quelques ennuis. J’ai divorcé trois fois, mais j’ai toujours pris les choses avec humour. »
Revenons à Pierre Perret, dont vous parlez beaucoup dans votre livre. Quel homme est-il ?
« Pierre, c’est la vie de famille, l’amour, la complicité, mais aussi le travail. Il est exigeant, mais il n’a jamais besoin de hausser le ton pour se faire entendre. C’est aussi un érudit, un philosophe, et un visionnaire, qui a abordé il y a bien longtemps des sujets aujourd’hui d’actualité. Depuis le décès de sa femme Rebecca en début d’année, il se noie dans le travail. Avec Pierre, on se voit tous les mois, on s’appelle tous les quinze jours. Il m’a fait découvrir le bon vin, les bonnes tables. Je me souviens de ces parties de tennis chez lui. J’adore le tennis. Je n’étais pas doué, mais je faisais marrer tout le monde. »
Dans « Elle est pas belle ma vie », il est évidemment question de Patrick Sébastien, de Licence IV, de Renaud.
« Quand Patrick est arrivé à Paris, il n’avait qu’un numéro de téléphone : le mien. Je l’avais laissé à sa mère lors d’une tournée à Brive-la-Gaillarde. Elle m’avait dit que son fils rêvait de venir tenter sa chance à Paris, pour devenir artiste. Un jour, Patrick m’a donc appelé. On a répété ensemble, on a travaillé, et moi, j’ai tout de suite su qu’il connaîtrait un succès fou. On s’est marré, et ça a duré. Nous sommes toujours très amis. Renaud, je l’ai connu chez ses parents, dans un immeuble en brique rouge. On a répété là aussi, et ça a accroché tout de suite. C’était à ses débuts, avec l’album « Amoureux de Paname. » Renaud m’a fait découvrir le foot, et le Parc des Princes, à une époque où t’allais boire un coup avec Safet Susic ou Joël Bats. Licence IV et « Viens boire un p’tit coup à la maison », ça a été un carton incroyable, en partie grâce à Patrick Sébastien. Premiers au Top 50, dingue non ? »
Revenons au foot. Vous êtes très proche des Verts de 1976.
« Piazza est mon meilleur copain. Je l’ai encore vu il y a une dizaine de jours avec Janvion, Rocheteau, Lopez, Sarramagna, Castaneda, Santini, Patrick Revelli, Merchadier, Farizon pour les 50 ans de la finale de 76. Dans les années 70, j’arrêtais ma voiture pour écouter leurs matches à la radio, et aujourd’hui, ce sont des potes. J’ai aussi été très ami avec Jojo Beretta, malheureusement emporté par la maladie de Charcot. »
Dans ce livre, il est question de tous ces gens. De la fête aussi.
« J’ai en effet beaucoup fait la fête. Mais à mes 80 balais, j’ai un peu ralenti. J’ai connu de gros fêtards. Patrick Sébastien bien sûr, mais surtout Carlos. Un phénomène. Mon premier médicament dans la vie, c’est deux bières pression. Mais là aussi, j’ai levé le pied, et puis, Franck, mon copain de divorce (il a divorcé à peu près au même moment que moi), surveille mon foie ! Et il a du travail ! Plus sérieusement, j’ai ralenti là aussi, et si je pose en photo avec une bière, c’est plus pour rigoler. À côté de cela, j’ai toujours été sérieux dans le travail, et Pierre Perret n’y est pas pour rien. Il m’a appris la rigueur. Dans ma vie, je n’ai jamais été en retard, sachant que le retard commence à partir de 15 minutes. »
Vous avez connu les grandes scènes, les people. Mais Gilou, c’est aussi la simplicité, les fêtes de villages.
« Je suis tout aussi heureux de jouer devant 30 000 personnes que devant 50. Je suis tout aussi content de parler avec un agriculteur dans un petit village qu’avec une vedette. Pour moi, il n’y a pas de différence. J’aime sillonner la France, pour les galas, les festivals. Là, je viens de faire l’Île d’Yeu, avec mon pote Totof, au clavier. J’adore ces fêtes populaires. Populaire, ce n’est pas un mot péjoratif, bien au contraire. Populaire, comme l’accordéon, ce n’est pas ringard. C’est d’ailleurs peut-être celui qui pense cela qui est le ringard. Il en faut pour tout le monde. Dans les fêtes de village, je suis toujours très bien reçu. Les jeunes connaissent Licence IV par leurs parents. Partout, je suis un copain, un tonton, Gilou quoi. Un surnom que je dois à Pierre Perret. Les gens sont gentils, et moi, j’ai toujours aimé être proche d’eux. »
Vous êtes Fléchois, après avoir été un vrai Parisien. Pourquoi cette installation dans la Sarthe ?
« Pour me rapprocher de mes enfants après mon divorce. Je suis définitivement installé à La Flèche depuis douze ans, et je m’y plais. J’y ai mes habitudes. C’est ici que je me pose entre deux sorties pour des spectacles. Quand je suis là, je vois les copains, je profite de la vie. Je viens de partir une douzaine de jours, avec ma voiture, à Castres, à Libourne, et dans le Médoc. Et me revoilà à La Flèche. »
Vous avez 83 ans. Jusqu’à quand allez-vous promener votre accordéon ?
« Tant que je pourrai, je jouerai. Tant que mes doigts bougeront. Le jour où ça s’arrêtera, je serai forcément triste, parce que le contact avec le public, j’en ai besoin. Ça a été toute ma vie. Une vie de gitan, mais une belle vie. »
« Elle est pas belle ma vie ? », aux éditions « Bière pression. » 207 pages, dont de nombreuses photos des belles rencontres et des amis de Gilou. Disponible sur Amazon. Prix : 21,90 euros.
Source : Ouest-France / Le Maine Libre