

EN IMAGES – Une rétrospective dédiée à un artiste vivant, c’est rarissime. Co-commissaire de l’exposition qui s’ouvra à la Philharmonie de Paris ce vendredi, le jumeau du chanteur, y a mis tout son cœur. Alors que le montage venait de s’achever, il a pris le temps de nous la faire visiter. Suivez le guide.
D’abord, il y a l’affiche de l’exposition gentiment provoc’. On se croirait dans la chanson Marche à l’ombre. Un «mecton» contemple un «p’tit Rocky bargeot» et ses amis, «le genre qui s’est gouré d’ trottoir et qu’est venu jouer les Marlon Brando…» « J ’ai repris l’idée de la bande dessinée La Bande à Renaud où je l’avais croqué de dos jambes arquées, confie le dessinateur Franck Margerin. Cette fois, Renaud contemple non plus la banlieue mais une foule de fans bandana rouge autour du cou qui se dirige vers la Philharmonie de Jean Nouvel. »

F. Margerin / Architecte pour la Philharmonie de Paris : Ateliers Jean Nouvel • Architecte pour la Cité de la musique : Christian de Portzamparc
L’affiche se veut collector, l’exposition aussi. Gérard Lo Monaco metteur en scène de Renaud qui avait installé les musiciens dans un arbre géant pour la tournée des Zéniths en 1988 et son frère David Séchan, administrateur à la Sacem et photographe (les pochettes de Morgane de toi et de Laisse béton, c’est lui), y ont mis du cœur et cela se voit.
Après un texte plein d’humour écrit spécialement pour les visiteurs par le chanteur, on découvre son enfance et ses origines à travers des films Super 8 et des photos de famille jaunies. « Je voulais montrer la dualité des Séchan entre Louis grand-père normalien à la Sorbonne et Oscar l’autre grand-père qui a travaillé treize ans au fond de la mine dans le Nord, explique le jumeau de Renaud. Cette dualité sur fond d’une lignée de pasteurs protestants des Cévennes explique en bonne partie, le capital culturel et social de mon frère. »
L’autre vedette de la famille, c’est l’oncle Edmond récompensé d’un Oscar et d’une Palme d’Or pour ses courts-métrages. « C’est lui qui a offert sa première guitare à Renaud quand il avait 14 ans », glisse David Séchan. Ce curieux mélange aboutit à Mai 68 où Renaud dessine CRS et policiers. « À l’époque, il souriait, c’est dingue. Mon frère a toujours eu un humour extraordinaire. » Des barricades à François Mitterrand jusqu’à Charlie Hebdo que Renaud a contribué à sauver de la faillite, c’est tout un pan de l’histoire contemporaine qui défile.
Au Bistrot des copains, on retrouve Boby Lapointe, Pierre Desproges, Coluche, Bruce Springsteen et Georges Brassens, la référence absolue. « À onze ans, Renaud l’a croisé dans notre ascenseur, se souvient David Séchan. Brassens allait chez Mme Dormoy, une voisine. Il a filé chercher un disque et est monté lui faire dédicacer. Quinze ans plus tard, Brassens est venu le voir à Bobino et lui a dit » si j’avais votre âge, j’écrirais comme vous » ».
Un écran incrusté dans le mur permet de voir Renaud trinquant grâce aux effets spéciaux avec Brassens justement dans son clip Je suis un voyou (1995).
Projeté sur un mur entier, le clip de Morgane de toi de Serge Gainsbourg paraît inimaginable en 2020. Gainsbourg fait brûler des dunes protégées et filme Renaud entouré d’enfants nus. Il faut s’arrêter devant les vitrines où sont exposés les manuscrits de ses chansons. L’occasion de découvrir son étonnante écriture en pattes de mouche. « C’était l’expression utilisée aussi par notre père », sourit David Séchan qui ne marche plus à l’ombre de son frangin.
Source : Le Figaro