N° 31255, Jeudi 15 novembre 1979
Vu et entendu
Jetons un dernier coup d’oeil sur le Festival folk, jazz et chansons qui se déroulait durant trois jours au Pavillon des sports, le week-end dernier, sous l’égide du Centre de rencontre. La formule fut intéressante, bien que certains détails seraient à améliorer à l’avenir, et a permis de passer d’intéressants moments dans une ambiance très détendue, avec un public qui, toutefois, aurait pu être plus nombreux en regard de l’effort fait par les organisateurs pour donner un faste tout particulier à leur manifestation. Voici, résumées, quelques observations relevées lors de ce 5e Festival.
Deroll Adams: Ce fut la déception de ce festival. On attendait avec impatience ce bonhomme longiligne et son banjo. Tout au long de sa production, très rares furent toutefois les moments où il parvint à capter l’attention du public pourtant bien disposé à son égard. Ce fut une sorte de long monologue entrecoupé de quelques chansons-mélopées, folklore des hommes du chemin de fer du 19e siècle ou des contrebandiers de whisky dans les montagnes. Nous ne chercherons pas à connaître les raisons de cette bien faible prestation, mais nous nous bornerons à la constater.

THE BOYS OF THE LOUGH
Venus du Royaume-Uni, ces quatre garçons présentent une musique très harmonieuse et pleine de mouvement. Les arrangements d’airs traditionnels qu’ils interprètent avec talent sont le reflet d’un folklore vivant représentatif de l’Ecosse, de l’Irlande ou du Pays de Galles. Les sonorités des instruments tels que bandonéon, flûte traversière ou petites flûtes, guitare et une sorte de mandoline mettent en valeur la richesse d’une musique et de rythmes qui incitèrent nombre de spectateurs à danser. Ce fut un joyeux moment passé en compagnie d’un groupe dynamique mais dont le récital aurait gagné encore à être élagué de quelques longueurs. Les « musicaux » étaient davantage prisés que les chants sans accompagnement, peu intéressants si l’on ne possède pas de solides connaissances de la langue anglaise, même s’ils sont « expliqués » avec beaucoup de… pittoresque !
LA CHIFFONIE
Il est un peu dommage que cet excellent groupe français ait été privé d’une partie de son auditoire en raison de l’heure fort tardive de son passage. Ces cinq musiciens-chanteurs font revivre le vieux folklore des provinces françaises en conservant le caractère originel des mélodies qu’ils interprètent. Ce souci d’authenticité ne les empêche pas de créer des arrangements fort agréables, particulièrement dans les « vocaux » et en utilisant une instrumentation parfois surprenante pour ce genre de démarche, tel l’accordéon par exemple. Un concert de très bonne qualité pour La Chiffonie mais qui requiert une attention que l’on n’avait peut-être plus aux petites heures du matin.
RENAUD
Le spectacle de Renaud, en conclusion de ces journées, fut sans doute la révélation de ce festival. S’il est vrai que dans la nomenclature des genres qui y furent présentés on avait indiqué « chansons », les compositions de Renaud pourraient tout aussi bien être qualifiées de folklore. Un folklore d’aujourd’hui, qui chanterait les préoccupations des jeunes habitant dans les grandes banlieues.
Désabusé mais considérant à sa manière les grands problèmes actuels, casseur mais dissimulant une grande tendresse. Renaud traduit les préoccupations d’une génération désorientée, en utilisant le langage de la jeunesse actuelle. Et c’est « Le loubard », « La tire à Dédé », le délicieux « Pierrot », l’entraînant « Germaine », l’amusant « Une jeune fille simple et bonne », la parodie acide de Michel Sardou et ses « Ricains », bref, un tour de chant varié, présenté avec beaucoup d’esprit. Renaud est un personnage en lequel le public de dimanche soir se reconnaissait, ce qui créa immédiatement un grand courant de sympathie entre le parterre et la scène.
Beaucoup de talent et de métier chez cet artiste et une personnalité attachante. Un excellent accompagnement musical aussi et une sonorisation de qualité contribuèrent à l’immense succès d’un garçon qui a entre autres qualités celle de savoir exprimer des sentiments très simples avec beaucoup de poésie, d’esprit et de chaleur humaine. (dn)
Source : L’Impartial