« Germinal » a suscité une incroyable fraternité

Le Soleil

Québec, samedi 16 octobre 1993

LES ARTS ET SPECTACLES

Le Cinéma

Berri et Renaud chez les mineurs

QUÉBEC — « Nous avons vécu ensemble une aventure humaine extraordinaire », dit Claude Berri en évoquant l’année de tournage dans le « cimetière » des charbonnages du Nord de la France. À I’endroit même où, 110 ans plus tôt. le journaliste… Émile Zola avait puisé la mine d’informations qui allaient lui servir à écrire l’un des grands romans réalistes de la littérature française, Germinal.

Maheu (Gérard Depardieu) et Étienne Lantier (Renaud), mineurs du charbon, vont conduire les travailleurs à la grève dans une atmosphère de grisaille et d’enfer.

par LÉONCE GAUDREAULT
LE SOLEIL

La préface de Jacques Duquesne, apparaissant dans les éditions récentes du roman, dit que Zola aurait pu être aujourd’hui un grand reporter de télévision, avec ses descriptions détaillées du drame qui alternent entre des visites
dans les mines et des sequences intimistes de la famille Maheu se préparant à descendre dans les galeries, ou à en revenir.

Si Zola n’a passé qu’une semaine sur place pour compléter sa recherche, Claude Berri a dû s’installer un an dans cette region du Nord-Pas-de-Calais pour reconstituer en images cet univers dantesque. Le spectateur n’aura pas plus
de difficulté que le lecteur a se retrouver dans ce scénario simple comme bonjour, qui décrit les universels affrontements entre patrons et ouvriers.

Les deux camps

Le film, on le verra, fait echo aux premiers signes de solidarité ouvrière qui se manifestèrent alors. Le tournage a donné naissance à une fraternité assez differente, étonnante même, entre les nantis de l’équipe de production et les milliers de chômeurs de la région jouant les rôles de figurants. « Il valait mieux tourner sur les lieux mêmes de l’action
qu’en… Pologne, même si cela aurait coûte moins cher. »

« Ces gens ont compris qu’ils étaient l’âme du film, explique Berri. Le héros du film, c’est le peuple. »

Aux journalistes attirés par les détails de superproduction, le cinéaste les ramène constamment au coeur même du sujet de Germinal. « Il s’agit d’un film sur la classe ouvrière. »

En entrevue, Berri et Renaud affirmeront qu’on ne doit plus avoir peur des idéaux de partage derrière le marxisme, le communisme, maintenant qu’on s’est débarrassé des sanglants dérapages à la Staline. 

« Depuis le livre prophétique de Zola, les acquis sociaux ont été majeurs pour les ouvriers. Une partie seulement de la classe ouvrière a toutefois accédé au confort. Mais il y a encore beaucoup d’exclus. C’est en cela que Germinal a une résonance aujourd’hui. »

Laissons Claude Berri à ses dénonciations des injustices. Il le fait abondamment à travers ce film. Fils d’ouvrier, son père votait communiste. On lui demande s’il prendrait sa carte du Parti communiste français. Il écarte la question pour plutôt souhaiter la création en France d’un parti d’union, « rassemblant tous les gens de bonne volonté, communistes, chrétiens… écologistes ».

Tout de suite. Renaud viendra en echo soutenir la défense des exclus : « le monde est maintenant divisé en deux camps. Ceux qui ont du travail, et les autres. »

Voilà de quoi le débat a l’air dans cette France où, pourtant, les communistes ont presque été balayés de la carte électorale. Alors, imaginons ce qui va se passer au Québec ou le seul mot fait trembler de peur. Donc, de débat il n’y aura point. Ne restera que le film et le roman.

   

Source : Le Soleil