Gotainer et Renaud chez nos voisins du Québec

Salut !

N° 232, du 15 au 28 août 1984

Rencontre inattendue à quelques milliers de kilomètres de Paris de deux chanteurs qui défendent un style bien différent. Gotainer et Renaud se sont bien éclatés chez les cousins québécois, et depuis, leurs disques font un véritable carton. Rencontre bien arrosée puisque la pluie était de la fête mais Renaud et Gotainer gardèrent leur bonne humeur bien française. Alain Gardinier nous raconte leur virée.

Les Canadiens francophones parlent-ils vraiment le même langage que nous ? Richard Gotaimer n’en est pas vraiment convaincu. Durant les dix jours qu’il vient de passer entre Québec et Montréal, notre zazou national s’est transformé en distingué linguiste ès argot à l’usage de nos cousins américains. D’ailleurs, pour un Québécois, qu’est-ce qu’un zazou? Et un béquillard des bois ? Un polochon quand on ne connaît que le traversin ? Une quéquette et la série de jurons que scande le mage dans la chanson « Halleluya » dans un pays où les seuls gros mots admis sont « rostie, calice, ciboire et tabernacle » ?

Sérieux l’ami Gotainer, enfin le temps de cette photo.

Renaud connaît bien le problème : « Morgane de toi » est son premier disque distribué au Canada, les précédents ayant été refusés pour cause d’incompréhension ! Encore a-t-il été confié à un « traducteur » qui, dans la sous-pochette, a sous-titré c’est le pied par c’est le boutte, en cloque par en balloune, baratiner par chanter la pomme et le fameux keffieh par coiffure au chapeau d’Arafat !

Renaud semble, lui, un peu fatigué, il est vrai que le voyage est long.

C’est au même Renaud, trempé jusqu’aux santiags que Gotainer a rendu visite sur la scène du Festival d’été de Québec. Un jour « sans » pour les deux Français qui, pour leur première visite respective au Québec, ont vu leur show annulé pour cause de pluie. Renaud, frustré, se rattrapa en faisant le bœuf devant 200 personnes au bar de son hôtel et en pensant aux huit autres concerts programmés durant ce mois de juillet canadien. Gotainer dut se contenter du spectacle triomphal qu’il proposa la veille sur la scène flottante du bassin Louise et de celui qu’il donna le 14 juillet à minuit au théâtre Saint-Denis de Montréal en tant qu’invité spécial du Festival « Juste pour rire ». Précédé par le « Mambo du Décalco » qui fut la chanson numéro un de l’année passée et qui sert toujours d’indicatif à une émission radio très écoutée, Richard le conquérant a mis le Québec entier dans la poche de sa célèbre veste rose. Pas un animateur de radio, de télévision ou un journaliste qui ne se soit laissé piéger par ce jongleur des mots et des expressions, surtout lorsqu’il bénéficiait du concours de son alter-ego compositeur de toutes ses musiques, le guitariste Claude Engel.

« Les murs nous parlent, d’accord alors j’écoute », une réaction tout à fait normale pour l’interprète de « Youki ».

« C’est l’Amérique en version française ! » : bluffé par la taille et le confort des Américaines, Gotainer a bien failli ramener dans ses bagages cinq Cadillac, trois Mercury, deux autobus Voyageur et la superbe dépanneuse rouge qui le subjugua lorsqu’il arrêta sa Pontiac dans une station-service du centre. Tant qu’il y était, il aurait bien rajouté à l’envoi la voiture de police qu’il confisqua à deux cops en vadrouille. Par la même occasion, quelques murs peints de Montréal aurarient été du meilleur effet dans son jardin de Neuilly. Heureusement la fortune qu’il engloutit dans des mocassins indiens et dans les cheese-cakes du restaurant Ben’s l’empêcha de commettre l’irréparable de de cause une avalanche d’infarctus chez les contractuelles parisiennes. Renaud, plus sage, se contenta de s’envoler pour Toronto afin d’assister à un concert de son idole Bruce Springsteen qu’il manqua la veille à Montréal… et pour cause : à cinq cent mètres du Spectrum qu’il bonda, Springsteen électrisait au même instant le Forum !

Non, Gotainer n’a pas fait d’infraction. Ils ont simplement de l’humour, les flics québécois. Gotainer aussi. Renaud semble regarder la scène avec désinvolture.

En contemplant Montréal de la terrasse de l’hôtel, Gotainer se jurait de revenir bientôt, après avoir quelque peu modifié le vocabulaire de ses chansons. « Un pays où une voiture s’appelle un char, un coffre un valise, les santiags des boulets, les dollars des piastres, un petit ami un chum, un citron vert un limette, un hot-dog un roteux et où « tout va bien » se dit « diguidou » ne peut qu’être fait pour moi ! »

Pour l’anniversaire du guitariste Claude Engel qui faisait partie de la tournée, Gotainer lui a offert un ballon bien canadien.

  

Source : Salut !