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Par Mathilde Aubry
Journaliste
Journaliste culture, loisirs, féminin. Très enthousiaste quand il est question d’Alain Souchon, d’Aya Nakamura ou d’œufs mayo.
Dans le documentaire Renaud intime, diffusé ce mardi 12 mai 2026 à 21h10 sur France 2, les personnes qui connaissent le mieux le chanteur français témoignent et reviennent sur ses terribles épisodes de paranoïa. Des séquences émouvantes à redécouvrir.

Mistral gagnant, Manhattan-Kaboul, Morgane de toi... Voilà déjà cinquante ans que la poésie populaire et engagée de Renaud nous berce. À la veille de sa série de concerts-anniversaire, à partir du 14 mai 2026, qui réunit une foule d’artistes (de Jean-Louis Aubert à Francis Cabrel, en passant par Axelle Red et Alain Souchon…) au Zénith de Paris, le chanteur est mis à l’honneur par France 2 dans Renaud intime, diffusé ce mardi 12 mai 2026 à 21h10.
Un long documentaire de plus de deux heures qui réussit non seulement à ne pas nous ennuyer un seul instant, mais aussi à nous en apprendre encore sur ce grand nom de la chanson française grâce aux témoignages de ceux qui l’aiment. En plus du récit bien connu de l’ascension vers le succès et des années noires, Renaud se révèle comme jamais auparavant.
Renaud, à coeur perdu : sa fille Lolita a participé à l’écriture du documentaire
Le parti pris est donc celui d’un portrait tendre du Renaud méconnu, sans en faire un projet de réhabilitation. On prend plaisir à plonger dans les photos de famille, les vidéos tournées par l’artiste lui-même et ses carnets de poète, même si l’on apprécie moins les tentatives d’analyses psychologiques qu’en tire la voix off, qui guide le récit avec un ton étonnement grave.
Peut-être est-ce la tentative de sa fille, Lolita Séchan, qui participe à l’écriture du documentaire, de comprendre le père ? Car même pour ses proches, le personnage semble avoir été une énigme aux nombreuses failles, notamment quand il s’agit de sa santé mentale — que le succès a fragilisé.
De quelle maladie mentale souffre le chanteur ?
Pour la première fois, un programme consacré à l’artiste à l’éternel bandana rouge aborde précisément le trouble qui le touche : le délire paranoïaque, dit en secteur. La première crise a lieu lors d’un concert à Moscou, qu’une partie de l’assemblée quitte avant la fin.
Les autorités expliqueront que le public devait être ramené en bus en centre-ville. Mais c’est incompréhensible pour Renaud, persuadé d’avoir fait un bide et d’être pris « pour un con ».
« Derrière ça, est arrivée la première crise de parano que j’aie vue de ma vie », se souvient son ami de toujours, le musicien Mourad Malki, qui s’entend dire : « Baisse-toi, il y a un half-track qui passe et il va nous mitrailler » par un Renaud incohérent. S’il y a effectivement un engin militaire près de leur tour bus, pas la moindre attaque n’a lieu.
Nouveau voyage, nouvelles obsessions. Quelques années plus tard et à des milliers de kilomètres, c’est à Cuba que Renaud se rend, sur les traces de Che Guevara qu’il admire. Après une semaine idyllique, le chanteur se met en tête que les services secrets du pays cherchent à l’assassiner et sombre dans « une crise de parano terrible », selon son guitariste : « Il a complètement disjoncté ».
Renaud : ce voyage à Cuba qui a provoqué « une crise de parano terrible »
Son ex-femme et mère de sa fille, Dominique Quilichini, revient sur ce séjour tourmenté : barricadé dans sa chambre d’hôtel, Renaud « demandait à ce pauvre Mourad d’aller acheter un sandwich. Il le coupait en deux. Mourad en mangeait une moitié et si le sandwich n’avait pas tué Mourad, il pouvait manger son demi-sandwich ».
Désemparée, son épouse de l’époque organise son rapatriement à Paris. Mais même rentré chez lui, l’état de l’artiste empire : « Il a commencé à suspecter qu’on allait certainement organiser un attentat contre lui. Je n’avais plus le droit de sortir faire les courses, parce qu’il pensait que j’allais être tuée en cours de route ou kidnappée. »
« Il ne dormait plus, il se sentait menacé en permanence », se souvient son frère jumeau, David. Quand enfin un diagnostic est posé, Renaud refuse les prises en charge et trouve du réconfort dans l’alcool. Une addiction qui détruit sa santé, mais aussi son couple et sa vie de famille. « Je l’avais quitté parce que je ne pouvais plus vivre cette folie », admet Dominique Quilichini.