« Je l’engueule et il me dit : ‘Oh ça va, laisse béton’ » : l’homme qui a lancé Renaud raconte l’origine cocasse de ce tube de 1977

RTBF Actus

Chanson française

11 août 2025 à 08:51

Par Bénédicte Beauloye

C’est un homme qui a collaboré avec tous les plus grands noms de la chanson française des années 60 et 70. En trio en 1967, pour deux disques avec les sœurs Sanson, Violaine et Véronique, rencontrées sur une plage, sous le nom des Roches Martin. Quelques années plus tard, alors qu’il est en quatrième année de droit, c’est Eddie Barclay qui lui propose de devenir son assistant. Auteur, compositeur, interprète, producteur, directeur artistique, François Bernheim évoque ses souvenirs dans le livre « Eddie Barclay et moi » aux Editions Cherche Midi. Avec celui qui a lancé Renaud et Patricia Kaas, façonné le succès des Poppys, retour sur une autre époque de la chanson française. François Bernheim était l’invité des Petits papiers.

L’écurie Barclay, c’étaient les meilleurs chanteurs du moment. Brel, Aznavour, Ferrat, Ferré, Delpech, Lavilliers, Alain Bashung et tant d’autres qui ont composé la bande sonore des années 50 à 80. C’est dans cet univers que François Bernheim est convoqué pour un entretien d’embauche chez Barclay. Jusqu’à aujourd’hui, il ignore qui l’a rancardé. L’une de ses premières missions : directeur artistique et compositeur pour Brigitte Bardot.

« Elle voyait que je n’avais pas d’argent, elle m’a pris un peu sous son aile. Nous sommes devenus plus amis que dans les rapports de direction artistique à chanteurs ou chanteuses » raconte-t-il. « J’étais plutôt mal à l’aise au départ, parce qu’être directeur artistique, ça ne s’apprend pas dans les livres. Donc elle me mettait à l’aise, elle me demandait d’aller faire les courses avec elle, elle m’invitait dans sa maison de campagne, voir ses animaux, formidable. Moi, ça me détendait aussi et ça me permettait de composer et d’être à l’écoute de ce qu’elle voulait ».

Leur collaboration s’arrêtera net lorsque François Bernheim, mis sous pression par la maison de disques pour la sortie imminente d’un disque, désignera une photo plutôt qu’une autre pour une pochette sans avoir reçu la validation de la vedette.

Brigitte Bardot et Eddie Barclay en 1970 © Bertrand Laforet/Gamma-Rapho via Getty Images

Compositeur à tout plaire

Chez Eddie Barclay, François Bernheim devient l’homme à tout faire de la composition. Le musicien n’a pas oublié ses ambitions et ses rêves d’adolescent. Même pour ses interprétations, sous divers noms, il perd son âme : « C’était de la composition sur mesure, aussi dans l’interprétation je perdais mon identité. Par exemple, la musique du film Butch Cassidy et le Kid, une chanson chantée par Big Thomas à l’origine qui s’appelait Raindrops Keep Falling on My Head. Barclay m’appelle dans son bureau et me demande une cover de ça avec exactement la même orchestration, histoire d’embrouiller un peu le public. Il veut une version française, que venait d’enregistrer Sacha Distel, et la version anglaise ».

Du flair, là où les autres n’ont rien remarqué

Parallèlement, François Bernheim poursuit sa propre carrière de chanteur, publiant entre 1974 et 1985 six albums et une vingtaine de 45 tours. Après les années Barclay, en 1975, François Bernheim et la productrice Jacqueline Herrenschmidt vont repérer un petit gars qui chante en rue, à qui Coluche va proposer une première partie de son spectacle.

« Personne ne s’intéresse vraiment à lui. Coluche prend tout naturellement Renaud son ami en première partie. Là, moi je trouve ça fulgurant, mais il n’a aucun succès. Au bureau, il est arrivé avec sa guitare et son accordéoniste. Il nous a fait des titres qui sont devenus cultes : ‘Amoureux de Paname’, ‘Crève’, salope !’, ‘Société, Tu m’auras pas !’, ‘Camarade bourgeois’, enfin des trucs très révolutionnaires dans la lignée de Mai 68 » se souvient l’ancien directeur artistique et assistant d’Eddie Barclay.

François Bernheim produit les deux premiers albums de Renaud. Il capte aussi dans le langage du chanteur des expressions qui lui restent dans l’oreille, dont l’une deviendra une des chansons les plus populaires.

« Il était en retard, et il me dit une excuse totalement bidon. Je l’engueule et il me dit : ‘Oh ça va, laisse béton’. Et là, je m’arrête immédiatement sur le mot. Je lui dis ‘tu reviens demain matin et tu auras fait une chanson qui s’appelle ‘Laisse béton’, tu te démerdes’ ».

François Bernheim a compté dans l’univers de la chanson française par ses multiples compositions pour d’autres artistes, ses propres chansons et par son rôle de producteur.

► Retrouvez l’intégralité de cette interview dans le podcast des Petits papiers sur Auvio et dans le player ci-dessous. Les Petits papiers, c’est aussi tout l’été, du lundi au jeudi, de 12h à 13h sur La Première.

  

Source : RTBF Actus