« Je vais à la Fête de l’Huma aussi pour faire chier la droite » : en 1984, Renaud « de gauche » et « pas déçu » sur la grande scène

l’Humanité

Série d’été

Cet article fait partie de la série

Les concerts mythiques de la fête de l’Humanité (26 épisodes)

Publié le 4 septembre 2025

Clément Garcia

Figure musicale de la gauche, Renaud est présent pour la première fois à la Fête de l’Humanité, en pleine vague anticommuniste. Avec son nouvel album Morgane de toi dans ses bagages, il donne à son concert une dimension politique en assumant « faire partie du camp du changement ».

Le chanteur Renaud, lors de son concert sur la Grande scène de la Fête de l’Humanité, à la Courneuve, en septembre 1984.
Le 8 septembre 1984, l’artiste réserve au public un concert d’une énergie redoutable.
© Mémoires d’Humanité / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis

« Combien étaient-ils, 100 000, 150 000 ? » interroge l’Humanité après le concert mémorable qu’a donné Renaud à La Courneuve ce samedi 8 septembre 1984. Quoi qu’il en soit, une foule immense s’est massée pour voir et entendre le chanteur à son acmé et pour sa première apparition à la Fête de l’Humanité.

Avec son foulard rouge d’Apache, sa veste en cuir et ses cheveux mi-long, Renaud, qui vient d’engager un virage artistique avec l’album Morgane de toi, succès colossal enregistré aux États-Unis, plus produit et plus intime, n’a pas encore tout à fait quitté le look « loubard » de sa première période. Il est alors l’un des plus fidèles et populaires soutiens de la gauche, victorieuse en mai 1981.

Dur d’endosser ce rôle quand s’engage le tournant de la rigueur et que les ministres communistes viennent de quitter le gouvernement. Mais Renaud, bien que fâché avec la direction du PCF, tente de tenir le cap, alors qu’artistes et intellectuels sont sommés de suivre l’exemple d’Yves Montand et de rentrer dans le rang libéral en reniant leur sympathie pour le courant communiste.

« POUR AUSSI FAIRE CHIER LA DROITE »

« C’est vraiment une fête comme les autres, l’Humanité ? » lui demande-t-on sur TF1 la veille du concert. « Non, pas vraiment. Je te vois venir », rétorque le chanteur. Et le journaliste d’insister sur sa présence à un événement organisé par le Parti communiste. « Il y a plusieurs raisons qui m’ont fait accepter, explique Renaud. La première, c’est qu’ils me l’ont demandé gentiment. La seconde, c’est qu’au niveau professionnel, c’est vraiment important pour moi, au niveau humain même, de chanter devant un tel public. La troisième, c’est que le PC, avec qui on a eu effectivement des échanges de propos pas toujours des plus joyeux, c’est quand même un courant de pensée dont j’ai l’impression de faire un peu partie. Une famille qui a fait la fête un certain 10 mai au soir, il y a trois ans. La dernière raison, c’est que j’avais envie de la faire et que je fais ce que je veux », conclut-il comme on ferme le ban.

Quelques jours plus tôt dans l’Humanité, il confirme les pressions dont il a fait l’objet : « Ça n’arrête pas… Il y a des  gens qui pensent que le fait de chanter à la Fête de l’Huma, c’est un peu devenir communiste. Je crois que ça dérange effectivement beaucoup de monde. Alors soyons clairs, chanter à la Fête de l’Huma, c’est faire partie du camp du changement. Je suis de gauche et je ne suis pas un déçu. Je vais à la Fête de l’Huma pour aussi faire chier la droite. Moi, je n’ai pas oublié ce qu’ils ont fait avant. »

Au public, il réservera un concert d’une énergie redoutable, un mélange de sa période « loubard » (Manu, Banlieue Rouge, Mon HLM) et de son dernier disque, entamé pied au plancher avec Dès que le vent soufflera. « Ma parole, vous connaissez toutes les chansons par cœur ? » lance-t-il au public. Quelques mois plus tard, il honorera l’invitation de la Jeunesse communiste en donnant un concert à Moscou, qu’il interrompra furibard après qu’une partie du public a ostensiblement quitté la salle lors de sa chanson le Déserteur. Ce qui ne l’empêchera pas de venir chanter en 1990, à Bercy, pour les 70 ans du PCF et de revenir à trois reprises à la Fête de l’Humanité, dont la dernière en 2017, devant un public qui avait à nouveau chaque couplet au bout des lèvres. 

CLÉMENT GARCIA

   

Source : l’Humanité (ici et ici)