La «der» de Renaud : du pipeau ?

L’Avenir

Oui, « Les bobos » ? Mais Renaud, c’est surtout trente ans de regards attendris ou acides sur le monde. Deux soirs à Forest National, deux autres à Lille.

Un medley « banlieue », seul à la guitare. Avec les titres qui l’ont posé en observateur des p’tits loubards, pochtrons, braqueurs et paumés
Photo Tony Franck

FINI le perfecto en cuir noir, le bandana au cou. Renaud porte désormais cravate rouge et veste noire sur chemise blanche. À l’image de son renouveau. Ni récupéré, ni fatigué pour autant. Même s’il répète que sa tournée est la dernière. Provoc pour énerver ? Info réelle ? Imprévisible, il dit vouloir privilégier, à l’avenir, des concerts guitare-voix ?

Aujourd’hui, l’artiste a retrouvé l’amour, ses rimes et son flingue. Ça se voit, s’entend et se dit depuis le 23 février, quand il a entamé à Caen une tournée de plus de 60 dates. Une tournée qui a fait halte à Paris-Bercy en mars et le fera bientôt chez nous (*).

« Vous me voyez comme Polnareff, à 62 balais, boudiné dans un cuir noir ridicule ? Il aurait dû arriver sur scène en smoking blanc ! », jette-t-il. Fier de son look un rien bobo, il ajoute avec ironie que « le retour de la cravate », c’est peut-être grâce à lui !

Renaud, que ses fans appellent familièrement le frangin, n’est plus le gavroche. Ni le loubard qui s’exprime d’abord en verlan. Ni même le Renard de la déprime. À bientôt 55 ans, il a trouvé l’équilibre entre coups de gueule, engagements politiques (il soutenait Voynet, des Verts, au premier tour), vie familiale, amitiés solides avec des potes de tous horizons, et allers-retours entre Londres, la Drôme provençale et son 14e arrondissement.

Ceux qui l’ont vu lors de sa tournée « Boucan d’enfer » en 2003 sont hallucinés. Renaud n’est plus ce chanteur au visage bouffi. À la voix rauque qui n’atteignait plus les notes. Et dont les mains tremblotaient en permanence. Adieu l’alcool ! Au revoir, les clopes ! (Pas tout à fait pour les cibiches ? Ah bon ?)

Urbain jusqu’au fond des yeux, il a choisi des toits de Paris comme décor. Superbe ! Il a retenu Paris-Bercy pour enregistrer un DVD en mars. Audacieux ! Sortie à l’automne ?

Renaud a changé mais aime toujours les mots. Les bons, surtout. Les incisifs aussi. Il en joue, l’œil malicieux, guettant l’effet produit. Anagrammes et contrepèteries, il adore ça !

Il commente, se raconte. Un vrai bonheur, ces allusions destinées à ses « zami-mours », ses potes « cuculs-bisounours » ou ses vieux fans teigneux ou rebelles. Critique en tout temps, il excelle aussi dans l’autodérision.

Cette tournée, il la place aussi sous le signe d’une colombe de paix à libérer. Du combat pour la libération de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt. Dans cinq villes – dont Bruxelles le 3 mai -, il invite sur scène la famille de l’ex-candidate aux présidentielles, séquestrée depuis cinq ans.

Fidèle à cette cause, il propose aux comités Betancourt de tenir un stand chaque soir dans le hall. « Si je ne devais retenir qu’une seule chanson de mes 55 années, ce serait celle-là », dit-il en entonnant Dans la jungle. Et si le public ne chante pas, si les médias parisiens font l’impasse, il ronchonne sur les blogs et forums de fans où il passe « 29 heures sur 24 » !

Outre Manhattan-Kaboul, apprêtez-vous à chanter avec lui aussi Leonard Song, l’hommage à Leonard Peltier, le plus vieux prisonnier du monde. Ce Sioux clame son innocence dans une affaire trouble de meurtre de deux agents du FBI. « L’innocent qu’on enchaîne sera toujours mon frère ! »

À la guitare et à l’accordéon

Trois heures non-stop, environ quarante (!) anciens et nouveaux titres (ceux du récent CD Rouge Sang, triple disque de platine, plus de 700 000 exemplaires). Une set-list composée avec soin. Parfois la voix est portée par le piano. Les sept musiciens « assurent grave ». Jamais Renaud n’oublie d’indiquer celui qui a mis ses mots en musique. Respect ! Lui-même est à la guitare. Puis s’empare d’un piano à bretelles pour La balade nord-irlandaise, écrite à une époque où on n’imaginait pas que cathos et protestants iraient dans un même gouvernement. Il a aussi le porteharmonica au cou. Parce que Dylan, Donovan, Hugues Aufray et Antoine ? Fil conducteur : sa vie, sa famille, le temps qui fuit. Des accents irlandais de Malone (prénom de son républicain de fils né le 14 juillet (!) aux chansons que sa fille Lolita lui a inspirées ?

Thierry COUVREUR

(*) À Forest, les 2 et 3 mai. Il reste des places pour le 2. Prix unique : 38 ¤. www.sherpa.be Aussi, les 4 et 5 mai à Lille, le 7 mai à Dudelange (Luxembourg), et le 21 juillet aux Francofolies de Spa.

  

Source : Le HLM des Fans de Renaud