
News publiée Le Vendredi 27 Février 2009 à 17:27
Tant qu’à ne pas avoir beaucoup d’amis, Thierry Séchan et Arnaud Le Guern en remettent une couche et dézinguent sans vergogne l’ensemble de la chanson française – ou presque. Après trois tomes de fiel dans les nineties, le duo tire une Dernière salve de Nos amis les chanteurs. Un titre de collection ironique, évidemment. Mesquin, même. Le quatrième tome est disponible depuis le 19 février, ainsi qu’une… intégrale, pour tous ceux qui se délectent de la méchanceté pure et simple, souhaiteraient cesser d’être « open-minded » et devenir aigris, ou sont tout simplement accros à l’Orangina rouge.
Au programme, un nouvel état des lieux de la chanson française : « une grande cour d’école avec ses premiers de la classe, ses jolies filles, ses fayots, ses cancres, une grosse poignée d’attardés mentaux, quelques dilettantes géniaux, des multiredoublants et un amas de moyens-en-tout, cadors de préaux aux lointaines promesses. » Bref, tout le monde, même les pas trop mauvais, tout le monde a une tare. On vous met en garde : l’infantilisation dont (ab)usent les auteurs, elle… les gagne eux aussi, trop prompts à inventer des insultes de cour de récré.
Aux yeux du frère de Renaud, dont les prises de position ont souvent été sujettes à débat, pas grand-monde pour trouver grâce. Avoir la dent dure contre la jeune génération, contemporaine de la nouvelle-star-académisation accélérée de la musique, c’est devenu presque un topo : allons-y, arrosons copieusement d’acide chlorhydrique les Christophe Maé (nous-mêmes, nous l’allumons un petit peu, toutes proportions gardées), consorts et successeurs, soit. Chez Purepeople non plus, on n’est pas fans de tout le monde. C’est dans la logique des choses : dans le all man’s land compris entre subjectivité de tout auditeur, et qualité musicale intrinsèque de toute création, chacun voit midi à sa porte. Le tandem de snipers est supposé maltraiter « avec style et humour les rejetons-benêts » omniprésents, à « une époque où Diam’s s’improvise philosophe et où (…) les Bruel, Pagny and Co paraîtraient presque talentueux… ». Pourtant, on nous assure que ce pamphlet contre une médiocrité qui semble intégrale si on suit le regard des auteurs, « avec un peu de tristesse toutefois devant le désolant spectacle » (tempère la quatrième de couverture… juste après s’être gargarisé de ce qu’ils s’en donnent « à cœur joie » !), est « un moindre mal tant la bêtise à l’œuvre est grande ». C’est tellement amusant de tirer sur l’ambulance quand on n’a rien d’autre à proposer, comme cure, que d’achever la bête.

Allons, tout n’est pas à jeter, certains en réchappent miraculeusement. L’esthète inspiré Alain Bashung, en passe de recevoir une formidable consécration aux Victoires de la musique alors que ses problèmes de santé l’accablent à nouveau, accroche ainsi le 20/20 du carnet de notes présenté par Nos amis les chanteurs 4, dernière salve. Le commentaire qui accompagne la note ne saurait être plus insipide – un vague billet d’idolâtre. Autre dandy de la chanson française, Christophe suit avec un 19/20, Catherine Ringer complète le trio de tête avec 18. Daniel Darc, Hubert-Félix Thiéfaine et Miossec, aussi brillants soient-ils, se voient très arbitrairement gratifiés des trois notes suivantes et d’éloges copieux. Ensuite, si les Cali et les Bénabar, chanteurs populaires-populeux-populistes (et qui ont le mérite d’assumer ce registre vivace), en prennent plein la gueule – le second, « petit corps bien portant des tristes temps où nous vivons » (paf, deux flingués pour le prix d’un), se paye un 3/20 -, d’autres ont plus de chance. La génération des nouvelles chanteuses à textes, notamment. Vous savez, ces jeunes demoiselles fraîches comme l’eau du ruisseau, qui n’ont de noms que leurs prénoms et s’abreuvent toutes à la même source. Non pas qu’on apprécie pas à leur juste valeur les talents de Berry (12), Rose (10) et Camille (9), mais là, trois d’un coup couvertes de lauriers, c’est assez étonnant… On passera sur la présence intercalée de Raphaël (11), qui plaît aux « jeunes filles en fleurs » et à Gérard Manset. Et ça, on a compris : quand ça plaît à Gérard Manset (un admirable artisan de la chanson française, au demeurant), ça plaît aussi aux auteurs et, partant, ça doit plaire à tout le monde…
De la même façon que certaines des amitiés nourries par les auteurs nous semblent plutôt inexplicables, leurs inimitiés mesquines atteignent des sommets : Manu Chao ne vaut plus un clou depuis qu’il est en solo, Christophe Maé, « tête à claque qui chante comme un cochon qu’on égorge (nous demandons aux cochons de bien vouloir accepter nos excuses pour cette infamante comparaison) des âneries pour gamines attardées mentales », est « une incitation à rétablir les châtiments corporels », et l’excellent Matthieu Chedid, « fils du très pénible Louis Chedid » (à part ça, pas d’a priori bête et méchant), a créé « un personnage sans aucun intérêt : M. Comme mauvais merdique, moche ou manche (à balai). » Très spirituel…
Ah, tiens, on a failli oublier : Renan Luce, le potentiel gendre du frère de Thierry, Renaud, glane un 14/20, encore mieux que la souche Alain Souchon (13/20). Une note qu’on estime sincèrement méritée, mais, au regard du reste du palmarès et du flinguage tous azimuts, cette faveur exceptionnelle (il est le premier de la jeune génération dans le carnet de notes) nous laisse perplexes… Thierry n’oserait sans doute pas vexer sa nièce Lolita Séchan.
Allez, pour la forme et un minimum d’impartialité, on vous donne les infos : Nos amis les chanteurs 4, Dernière salve, 200 pages, c’est aux éditions Alphée au prix de 18,90 euros. C’est imprimé gros, grand interlignage, et de nombreuses citations de chansons. Reste ensuite la matière sèche, très sèche, des deux « amis » auteurs-canardeurs. Mieux vaut pour eux qu’ils ne s’essayent jamais à la chanson française, on risquerait de trouver ça nul…
G.J.
Source : Purepeople
