Jacques Duchateau
Journaliste reporter d’images
Publié le 23-07-2026 à 07h41 | Mis à jour le 23-07-2026 à 09h35
Il est devenu fan de ses textes, de sa poésie, de sa personnalité aussi. Olivier, de la région hutoise, collectionne Renaud chez lui, dans son musée personnel.

Collectionneur, il l’est. De cartes de téléphone, à ses tout débuts déjà. Mais depuis 40 ans, c’est Renaud qu’Olivier collectionne. Tout ce qui touche au chanteur, à son univers, à sa personnalité. Dans sa maison de la région hutoise, une pièce qu’il ferme à clé est dédiée au chanteur français. Un véritable musée qui ferait le bonheur des fans de Renaud… mais qu’Olivier ne dévoile qu’à celui qui aura montré patte blanche. Rencontre.
Comment avez-vous découvert Renaud ?
Je l’ai découvert alors que j’avais 14 ans. J’ai entendu quelques 45 tours et j’ai voulu me pencher sur le sujet. Le Discobus venait à Andenne, j’avais la possibilité d’écouter des albums de Renaud chaque semaine, de les découvrir.
Quelle est la première chanson de Renaud qui vous a vraiment parlé ?
Un peu comme tout le monde, « Morgane de toi ». J’ai d’abord découvert cet album-là. Puis « Deuxième génération » et d’autres titres de l’album qui m’ont bien plu. C’était le début de sa carrière.
Qu’est-ce qui vous a alors touché le plus ? Les textes ? Sa personnalité ?
Comme pour tous les jeunes, à cette époque-là. La personnalité du gaillard était quand même un peu décalée par rapport à l’époque. Un précurseur du verlan, sa façon de se fringuer. Et puis, il y a aussi ses textes, très riches. Renaud est un grand poète, même si à 14 ans on ne comprend pas tout. Il faut avoir plus de maturité pour en capter toutes les finesses.
La première fois que vous l’avez rencontré, vous vous en souvenez ?
Vu en concert, c’était au Forum de Liège. Je ne sais plus si c’était en 1991 ou 1992. J’avais chopé une petite place, j’étais au dernier balcon. Tout au-dessus, tout au fond. Lorsque je suis arrivé, il y avait un éclairage sur mon siège. J’ai passé tout le concert sur les escaliers. Mais je m’en foutais, j’étais content, je le voyais. C’était la première fois.
Depuis, il y a eu combien de concerts ?
Ouf…, je ne saurais pas le dire. Énormément. La dernière tournée, je crois que j’en ai fait 18.
Pourquoi le suivre autant en concert ? Vous connaissez tout de lui, non ?
Oui, mais non. On sait quand on va voir Renaud qu’on ne va pas voir Céline Dion au niveau vocal. Mais ce gars-là, il est unique. À chaque fois que Renaud monte sur scène, c’est une standing ovation. Et quand il quitte la scène, c’est à nouveau une standing ovation même si on a chanté la moitié ou les trois-quarts du concert avec lui. Un concert de Renaud, c’est toute une journée. On part en voiture tous ensemble et on rencontre des gars qu’on connaît depuis 30 ans, qu’on ne voit qu’à ces occasions-là. Renaud, c’est quelqu’un qui réunit. J’étais il y a quelques jours à Paris avec lui et je le lui ai dit. Il ne se rend pas compte qu’il réunit autant de gens…
Et la première rencontre, c’était comment ?
C’était en octobre 2005. Ça, j’en suis sûr car ça ne s’oublie pas.
Lors d’un concert ?
Non, ici, chez moi. J’avais une petite discussion avec lui sur internet. À cette époque-là, il était beaucoup sur les forums. On n’était pas d’accord sur quelque chose et il m’a proposé de le rencontrer à Ath où celle qui est devenue son ex-femme, Romane, chantait. Il m’a reçu dans sa loge. Trois semaines plus tard, elle venait chanter au centre culturel de Seraing. Il m’a demandé de passer le prendre pour venir ici, à la maison. Et c’est là que tout a commencé.
Et il a été étonné par votre collection ?
Oui, il aimait bien. Il a pris le temps de tout regarder à son aise, de faire le tour, de poser des questions. Puis il m’a dit : « je revenira » (rires).
Le contact avec lui était comme vous l’espériez ?
Ça, c’est délicat… Dans l’intimité, déjà, on l’appelle Grincheux et il le sait. Ce n’est pas un scoop. Je ne regrette pas de le connaître, je ne regrette pas de savoir tout ce que je sais et tout ce que j’ai fait avec lui. Et ce que je ferai encore, j’espère. Mais quelque part, garder le mythe, ça aurait été sympa.
Le rencontrer a cassé l’image que vous aviez ?
On n’est pas les mêmes, on n’est pas pareil au boulot et dans la vie. C’est pour tout le monde. C’est délicat comme question… Il a sa vie privée, il garde son jardin secret malgré tout.
Et vous l’avez rencontré à plusieurs occasions ?
Des dizaines de fois. À une époque, il me téléphonait beaucoup.
Est-ce qu’au fil de ces rencontres, Renaud et vous êtes devenus amis ?
Je n’aime pas utiliser le terme « ami » car des amis, on n’en a pas beaucoup dans une vie. Je dirais plutôt que je suis un privilégié. Je ne suis plus un inconnu, je suis un privilégié et il m’aime bien et moi, je l’aime bien aussi. C’est lui qui est fan de moi, pas moi qui suis fan de lui. Mais voilà, on s’entend très bien.
Il est venu chez vous, mais êtes-vous déjà allé chez lui ?
Oui, de nombreuses fois. Mais davantage du temps de son ex-femme, Romane. À Paris, à l’Isle-sur-la-Sorgue où il a une maison de famille. À Nantes aussi où il a acheté une maison avec sa nouvelle compagne.
Vous avez des contacts réguliers ?
Il y a une époque où c’était beaucoup plus que maintenant. Je le vois en dehors des concerts, ça peut être deux à trois fois l’année. Mais je peux aussi rester parfois six mois sans le voir. Il ne cherche pas à me voir non plus, c’est moi qui m’organise. Il est sur Paris et donc j’y vais pour manger un bout avec lui.
Comment avez-vous commencé la collection Renaud ?
J’ai toujours été collectionneur. J’avais trois 45 tours de Renaud, j’ai décidé de me lancer. Maintenant, la collection a dépassé largement le cadre du personnage.
Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que ce sont deux choses différentes. La collection, c’est la collection. Renaud, c’est Renaud. Et comme je le dis toujours, je n’ai pas du Renaud partout chez moi. Je ne vis pas que pour Renaud.

De ses trois argus au blouson de cuir de « Toujours debout »
S’il collectionne de tout, Olivier aime aussi raconter les souvenirs qui se rapportent à chaque pièce.
« Quand Renaud est entré chez moi la première fois, il m’a dit : « Je suis où ? ». Je lui ai répondu : « Tu es dans une pièce à l’étage car tu n’es pas le centre de ma vie ». » Le décor était planté. Olivier est fan de Renaud mais c’est surtout la collection qui le fait vibrer avant tout, plus que le chanteur. Il a ainsi aménagé deux pièces, à l’étage de sa maison, rien que pour l’artiste français. Il y collectionne tout ce qu’il déniche lors des rencontres et autres foires aux disques, lors des contacts qu’il a avec des collectionneurs ou des maisons de disques.
Au fil du temps et des rencontres, les deux hommes ont lié des liens d’amitié. Et il y a deux ou trois ans, Renaud est revenu voir la collection d’Olivier. « Ça lui tenait à cœur de revenir. Ce qu’il a aussi apprécié, c’est tout le travail que j’ai fait autour de lui avec la sortie des argus. » Le collectionneur en a sorti trois : le premier en 2007, le deuxième il y a huit ou neuf ans, et le dernier – qui fait 450 pages – il y a deux ou trois ans. Un argus, c’est quoi ? C’est un catalogue qui reprend tout ce qui se collectionne sur Renaud, avec références et cotations faites par des fans. « Je m’entoure toujours de fans pour faire cela pour que ce ne soit pas purement personnel », avoue Olivier qui a aussi sorti un site internet complet sur Renaud et tout ce qui touche au chanteur (www.renaudsechan.be).
Tout ce qui est collectionnable
Et que trouve-t-on dans sa collection ? De tout, en fait. Des t-shirts des pins, des badges, des figurines, des cassettes, des vinyles, des CD, des posters, des briquets, des cartes postales, des tot bags, des magazines, des tickets de concert, des gobelets de festival, des bandanas, des jeux de carte, 30 disques d’or… Tout ce qui est collectionnable sur un chanteur. Autant ce qui est officiel, vendu par le merchandising de Renaud, que ce qui est artisanal, même si Olivier privilégie l’officiel. « Quand j’achète autre chose, c’est par coup de cœur mais cela a moins de valeur à mes yeux. »
Pour dénicher tout cela, le collectionneur sillonne les bourses d’échange. « À une époque, j’allais même à Paris ou encore près de Lille. J’ai fait des kilomètres. Quelques fois, je reviens bredouille. Car je cherche des références. Comme des différences d’impression de pochette. »
Olivier a ainsi plusieurs fois le même album. Mais à y regarder de plus près, on voit quelques minimes détails différents entre chacun. Et c’est cela qu’il recherche, mais « il faut tomber dessus ».
La presse originale d’un disque, les empreintes de son fils nouveau-né… Olivier passe d’étagère en étagère et raconte des détails sur chaque objet. Ce dont il est fier ? Un livre écrit sur Renaud. L’auteur, Alain Wodrascka, l’avait alors contacté, Olivier l’a rancardé et il est repris dans les remerciements. « C’est sympa. »
Il y a aussi ce disque spécialement pressé à la demande du collectionneur. La maison de disques l’avait contacté, ce disque reprend des chansons inédites dont il avait fait le listing. « C’était au départ juste un CD dans l’intégrale. Mais je leur ai demandé un vinyle et ils en ont pressé un. » Ce poster, signé par tous les musiciens d’un concert, lui tient aussi à cœur. Tout comme ces t-shirts portés par le chanteur français tout au long de ses tournées. « J’ai celui de la tournée ’86 ou encore celui qu’il portait lors de SOS Éthiopie.»
Et puis, il y a le blouson de cuir. Ou plutôt… il y avait. « Son frère m’avait donné ce blouson. Je l’ai rendu à Renaud après des années, après qu’il me l’ait demandé à plusieurs reprises. J’ai un magazine où on le voit le porter. Une fois que je le lui ai rendu, il l’a mis dans le clip « Toujours debout ». Je venais de le lui rendre. Il est d’ailleurs tout étriqué dedans. »
Chaque élément de la collection d’Olivier a une histoire, son moment. « C’est une pièce remplie d’histoires », reconnaît le collectionneur. Autant de moments dont il aime se souvenir.

Un tracteur sur ebay
Olivier a appris à Renaud à utiliser eBay, cette plateforme de vente sur internet. « Un jour, on est resté 45 minutes au téléphone parce qu’il voulait acheter un tracteur, un véritable tracteur bleu, sur eBay. Il ne savait pas comment faire pour l’avoir. On a parlé de tout et de rien jusqu’au moment où je lui ai dit quand « cliquer » pour l’acheter. Et il était vraiment tout content. Je ne le voyais pas bien sur un tracteur mais je suppose que c’était pour la déco. »
Montrer patte blanche
Le collectionneur n’ouvre pas sa maison à qui le souhaite. Ce n’est pas un musée accessible aux visiteurs. « Il faut que je connaisse les gens. Et si je ne les connais pas, il faut qu’ils fassent leurs preuves, que je les voie quelques fois. Je ne l’ouvre pas à n’importe qui, sinon ce serait tous les jours… »
De Walthéry à Renaud
Parmi les nombreux objets de la collection, il y a cette planche que Renaud a dessinée pour les 20 ans de Natacha, l’héroïne de BD de François Walthéry. « Walthéry me l’a signée. Il a dit « merci à Renaud d’avoir tenté la BD ». C’était en 2003. Et Renaud a dit : « je n’ai pas tenté la BD, mais j’ai réussi ». »
Un certificat trésor
Il y a aussi ce certificat officiel d’admission de Renaud à la Sacem, la société des auteurs, compositeurs et éditeurs.
Olivier, de la région hutoise, collectionne tout sur Renaud


