Sherbrooke, jeudi 13 novembre 1997
Arts et spectacles
Paris (AP)
Que le spectacle continue! Paulette Coquatrix, veuve du fondateur du temple parisien du music-hall, se dit «enchantée et bouleversée». Dans une «Lettre d’amour à l’Olympia» publiée hier par Le Figaro, Gilbert Bécaud exprime une tendre émotion: ce soir, les célèbres néons rouges éclaireront à nouveau le Boulevard des Capucines.
Après six mois d’entracte, l’Olympia, reconstruit à l’identique presque au même endroit, rouvre ses portes avec une série exceptionnelle de concerts de «Monsieur 100 000 volts», parrain officiel du lieu pour y avoir débuté sa carrière et essuyé les plâtres de la première salle en 1954, en première partie des vedettes de l’époque, Aimé Borelli et Lucienne Delyle.
L’année suivante, en tête d’affiche, Gilbert Bécaud déclencha l’hystérie du public. La foule, en délire, cassa pour la première fois quelques rangées de fauteuils.
«Je ne pouvais imaginer que la reconstruction de la salle soit à ce point là identique. À la fois, c’est exactement pareil et merveilleusement mieux, sans que rien de l’âme de la salle ne soit touché», a expliqué Paulette Coquatrix dans un entretien à l’Associated Press. «L’esprit du lieu est intact. Il commence même à y avoir les mêmes odeurs. Chaque soir, je parle à mon mari défunt. Je peux vous assurer que Bruno serait très heureux de cette renaissance».
Supervisés par l’architecte Anthony Béchu, les travaux de restauration de l’Olympia ont été réalisés dans un délai record.
En juin dernier, le rideau rouge tombait une dernière fois après une soirée hommage à laquelle ont participé de nombreux artistes. La nuit même, les bulldozers entraient en action dans le cadre d’un vaste projet de sauvegarde et de mise en valeur du quartier Edouard-VII, décidé par la Société Générale, propriétaire des murs.
Un clonage architectural
Six mois plus tard, presque jour pour jour, la nouvelle salle connaîtra avec Gilbert Bécaud ses premiers applaudissements et rappels. Avec un évident souci de vérité dont se félicite Paulette Coquatrix, la reconstruction ressemble presque à un clonage architecturale. Le plafond bleu nuit, les fauteuils rouges, les murs noirs: tout a été reconstitué dans la lettre et dans l’esprit. Selon Anthony Béchu, «assurer la renaissance de l’Olympia passait par beaucoup d’humilité et de respect. Il fallait bien sûr mettre à son service les techniques et les connaissances d’aujourd’hui, mais sans le défigurer».
«Nous avons travaillé main dans la main avec l’architecte. Le résultat est exceptionnel. Mis à part l’agrandissement de la scène et un hall plus spacieux, la nouvelle salle de l’Olympia est l’exacte réplique de l’ancienne. Le chanteur Renaud à même pleuré d’émotion quand, avec d’autres amis artistes, il l’a découverte». ajoute Jean-Michel Boris, neveu de Bruno Coquatrix et directeur artistique de l’Olympia. «Le talent, c’est de savoir évoluer en restant soi-même. Avec l’Olympia nouveau, s’ouvre le règne du tout est permis. Le plateau de scène agrandi pourra s’adapter à tous les cas de figure. du one man show le plus intimiste à l’orchestre symphonique qu’un artiste aura envie de s’offrir».
L’acoustique exceptionnelle de la salle a été elle aussi incroyablement reconstituée. Les meilleurs spécialistes du monde ont été mobilisés pour garantir à la nouvelle salle les caractéristiques qui faisaient la personnalité de l’ancienne. «La salle a été étalonnée sur des voix a capella qui est le test le plus rigoureux», précise Paulette Coquatrix qui a tenu elle-même à vérifier rang après rang le travail des acousticiens.
Point de rencontre légendaire des artistes, le «bar de Marylin», du nom de sa responsable qui est décédée avant la fin des travaux, a été démonté et reconstruit pièce par pièce à quelques mètres seulement de son emplacement initial. Classée monument historique, la salle de billard, avec ses magnifiques boiseries sculptées et ses céramiques de Sarreguemines de 1895, a elle aussi été déplacée. Le public pourra enfin la découvrir.
Récompensé en 1996 par une «Victoire de la Musique» au titre de producteur de l’année, l’Olympia continue, selon Jean-Michel Boris, à plaider pour le spectacle, «de Bécaud à Oasis, de Sinatra aux Rolling Stones».
Source : La Tribune