Le plaisir d’écouter Renaud

France Inter

Vendredi 16 janvier 2026

Renaud ©AFP – Jacques Loew / Photo12

Provenant du podcast
Grand bien vous fasse !

  

  

Le chanteur Renaud, qui a si bien raconté nos vies, avait un leitmotiv : son enfance, celle qui ne l’a jamais quitté, qui le construira et qui conditionnera ses combats et sa sensibilité… Pourquoi ses chansons nous touchent-elles autant ? Pourquoi ont-elles si bien raconté nos existences ?

Avec

    • Didier Varrod, directeur musical des antennes de Radio France
    • Erwan L’Eléouet, journaliste

Didier Varrod et Erwan L’Eléouet décryptent ce qui fait la singularité d’un artiste capable de mêler révolte et tendresse, engagement politique et émotion intime, et dont les chansons se transmettent de génération en génération.

Un artiste qui raconte « toute la palette des sentiments humains »

Pour Erwan L’Eléouet, le secret de Renaud tient à sa capacité à embrasser l’ensemble des émotions humaines : « Il raconte toute la palette des sentiments humains. Il y a la colère, il y a l’engagement, il y a aussi l’amour qui est raconté vraiment sous toutes les coutures. L’amitié aussi, bien sûr, les copains. » Le journaliste insiste particulièrement sur l’amour paternel, omniprésent dans l’œuvre : « Il y a à peu près 20 chansons dans lesquelles il raconte Lolita. Ça dit bien l’importance de ce paradis perdu de l’enfance et de la transmission d’un père à sa fille. »

Didier Varrod, qui a découvert Renaud en 1975 chez un disquaire, évoque quant à lui un sentiment de fraternité : « Dès lors qu’il est apparu, j’ai eu l’impression d’avoir un grand frère, un tuteur, quelqu’un qui éclairait le monde, quelqu’un qui me faisait participer à sa vie quotidienne, qui me rendait plus intelligent. » Pour le directeur musical, c’est cette capacité à mêler le rire et les larmes qui définit l’artiste : « C’est la vie dans toute son entièreté, dans toute sa complexité, parfois, dans toute sa tragédie aussi. »

Une langue réinventée, entre gouaille populaire et poésie

Les deux invités s’accordent sur le génie linguistique de Renaud. Didier Varrod souligne l’invention d’un véritable idiome : « Il y a la langue de Renaud, il y a la langue française, il y a la langue académique et puis il y a la langue de Renaud qui est devenue presque une langue académique aujourd’hui. » Il se souvient : « Dans les premières années de son itinéraire artistique, on apprenait le Renaud comme d’autres apprennent le verlan. »

Pour les deux invités, chaque chanson fonctionne comme un petit scénario de cinéma, avec des personnages, un décor et toujours une chute humoristique qui vient bousculer l’ensemble.

Des chansons politiques qui traversent les époques

Les invités insistent sur la dimension politique de l’œuvre, forgée dès Mai 68, quand Renaud, âgé de seize ans, était sur les barricades. Didier Varrod confie : « Mes cours d’instruction civique, c’était les chansons de Renaud, c’était mon petit bréviaire politique. » Pour lui, des chansons comme « Son bleu », qui raconte le licenciement d’un ouvrier, représentent « la plus grande chanson engagée » : « C’est le réel engagement. C’est quand tout d’un coup, on a un regard émotionnel sur une situation. »

Erwan L’Eléouet note également que Renaud a su accompagner les évolutions de la société française. Et de rappeler que des rappeurs contemporains se sont emparés de chansons comme « Hexagone » : « Ça, c’est à croire que 50 ans après, une chanson dit encore quelque chose à une nouvelle génération. »

La question de la transmission reste ouverte. Comme le résume Didier Varrod : « Renaud, ça se passe dans le biberon et ça se chante dans la voiture, en collectif. C’est un des rares artistes générationnels qui réunit les parents et les enfants. »

Bibliographie

  

Source : France Inter