
Le 22 octobre 2025 à 14h55
Sa fille célèbre les 50 ans de carrière du chanteur « énervant » avec un beau livre coécrit avec un journaliste.

Lolita Séchan a été le sujet de nombreuses chansons de son père, de Morgane de toi à Elle a vu le loup, en passant par Mistral gagnant ou C’est quand qu’on va où. À 45 ans, l’auteur de BD travaille depuis deux ans près de son père comme « manager » du « chanteur énervant », 73 ans et un succès jamais démenti. Avant la sortie d’un album live inédit enregistré en 2000, le 5 décembre prochain, Lolita Séchan a coordonné un projet qui lui tenait à cœur : un beau livre célébrant les 50 ans de carrière de son père. C’est en effet en 1975, avec un album sans nom mais avec quelques titres explosifs (Hexagone, Société tu m’auras pas, Camarade bourgeois), que Renaud a fait son incursion fracassante dans la chanson française.
Renaud, le livre, cosigné par le journaliste Erwan L’Éléouet, est exhaustif, précis, et tranche par son honnêteté. Loin d’être une hagiographie dont regorgent les librairies, il évoque sans complaisance les zones d’ombre de l’artiste. Un homme qui n’a jamais fait mystère de ses paradoxes ni de ses crises existentielles, qui sont recontextualisés avec exigence. Les auteurs ont pu puiser dans un fonds documentaire étourdissant : 3 000 documents. Ce qui permet de lire des témoignages inédits, des correspondances privées. Très intime, le livre échappe pourtant à l’impudeur. Le récit de sa sœur Christine, celui de sa première épouse, Dominique, et ceux de collaborateurs et amis glanés lors de son parcours vertigineux sont bouleversants.
La politique jamais absente
La première bombe est la révélation du passé collaborationniste du grand-père maternel du chanteur, ancien communiste passé à l’extrême droite. Et aussi celui d’Olivier Séchan, père de Renaud, auteur frustré à qui le succès de son fils a fait de l’ombre. La politique n’est jamais absente. Engagé à gauche, le chanteur fait partie des déçus de l’accession de celle-ci au pouvoir, malgré l’affection qu’il a pu porter à « tonton » Mitterrand, premier président socialiste de la Ve République, et leur proximité à une époque.
Mais le gros sujet, c’est la maladie dont souffre le chanteur depuis le milieu des années 1980 : une sévère dépression, dont les symptômes les plus frappants sont apparus après un séjour dans l’Union soviétique de Gorbatchev. Elle a poussé Renaud dans une spirale d’autodestruction dont il sort à peine.
Mais sa consommation délirante d’alcool a laissé des traces dans sa voix et son écriture. L’ouvrage aborde cette problématique sans complaisance ni voyeurisme, mais avec la tendresse que lui vouent les deux auteurs de ce livre par ailleurs très richement illustré, qui rend hommage au parcours extraordinaire d’un homme qui demeure un phare pour plusieurs générations de public et de disciples.
« Renaud. Le livre », d’Erwan L’Éléouet et Lolita Séchan, Éditions de La Martinière, 336 p., 44,90 €.
Source : Le Figaro