
Par Laure Verheye
Sentimental, amical ou familial, ce lien précieux qui nous unit est au cœur de son œuvre littéraire et graphique. Autrice jeunesse et dessinatrice de bandes dessinées, Lolita Séchan a tracé sa propre route en dehors des plates-bandes de son père, le chanteur Renaud. Même s’il n’est jamais très loin. Elle était l’invitée des « Petits Papiers ».
Pas évident de se faire une place à soi, un nom à l’ombre d’un parent célèbre. Alors quand sort le verbe « grandir » dans l’éventail des mots choisis par Régine Dubois, « c’est LA grande question ! » s’exclame Lolita Séchan avant d’embrayer : « Grandir, c’est réussir à bien stabiliser ses racines et avoir des tuteurs. Des petits cailloux qui nous font avancer dans la vie avec des valeurs, des humains. Faire pousser nos petites feuilles à nous qui ne sont pas forcément les mêmes que celles de notre famille d’origine ».
Pour cette hypersensible, le chemin de l’émancipation est notamment passé par la case thérapie : « J’ai fait 27 ans d’analyse et de psychanalyse donc ce n’est pas aisé de grandir. Il y a eu beaucoup de choses à comprendre dans ma famille et pour moi » explique celle qui a pourtant eu une enfance heureuse et insouciante. Aussi, « le retour à la réalité à partir de l’adolescence a été vraiment fracassant » confie Lolita.
Cultiver son âme d’enfant : le poids de la transmission familiale de son père Renaud
De son premier conte jeune public, Les Cendres de maman (Ed. Les 400 coups – 2006) à sa BD Marshmalone (Ed. Hélium – 2010) en passant par sa série Bartok Bilboa initiée en 2018 chez Actes Sud, Lolita Séchan convoque l’enfance. Mais pas que sur le plan littéraire. Héritière d’une transmission familiale paternelle quelque peu envahissante, la collectionnite aiguë, elle compile les mangas et jouets japonais des années 80.
Lolita, 45 ans, s’est cependant affranchie du temps qui passe. À la lecture du mot « nostalgie », cette « fille de » évoque son père : « C’est quelqu’un qui a énormément changé au fil de sa vie pour X raisons. Il m’a appris à regarder le monde avec ma mère (Dominique Quilichini, ancienne comédienne dans la troupe de Coluche, ndlr.), à poser un regard empathique sur les gens. Aujourd’hui, je cherche dans le paysage culturel ou politique, chez les artistes, ce regard à la fois engagé et irrévérencieux et je ne le trouve pas. J’ai peut-être un gros problème d’Œdipe ? C’est fort possible. Mais ça, j’en suis nostalgique » confesse Lolita Séchan.
Partir pour se (re) trouver : le virus du voyage de Lolita Séchan

Le mot « loin » lui convient à la perfection. « J’ai le virus du voyage. Voyager, c’est un peu comme le dessin. C’est une espèce d’errance. J’aime être mise hors contexte familier. Cela me permet de déplacer le curseur, de voir autrement » déclare cette globe-trotteuse qui a commencé par s’envoler à Montréal au Canada où elle a fait des études littéraires parce que : « J’avais besoin de mon territoire à moi ». De retour à Paris, elle se formera au cinéma et affûtera son coup de crayon en autodidacte.
Si elle se rend régulièrement au Japon ces derniers temps, c’est le Vietnam qui a conquis son cœur ad vitam. Lolita Séchan y est retournée chaque année pendant 17 ans. La raison ? Sa rencontre émouvante et improbable avec une petite fille de dix ans sa cadette, issue de la minorité ethnique Hmong avec laquelle elle a tissé un lien indéfectible. De leur amitié est né en 2016, le roman graphique à succès, Les Brumes de Sapa (Ed. Delcourt) dont la version augmentée vient de paraître.
« On est arrivée à un stade de notre vie où on pouvait se raconter des choses de femmes adultes qui avaient traversé des couples, le fait d’avoir des enfants, de divorcer. On avait eu des vies parallèles alors que tout nous opposait à la base. Dix ans après la sortie du livre, je trouvais ça intéressant de pouvoir donner la parole à une jeune femme qui ne l’a jamais, surtout pas en édition ou dans les médias » explique Lolita dont les engagements sociaux et politiques n’ont d’égal que ceux de Renaud. Les chiens ne font pas les chats !

Exit le bruit
Un dernier mot pour la route : « misophonie ». Autrement dit, l’aversion pour certains sons. « J’ai une perception des lumières et des sons, un peu exacerbée. Je peux me recroqueviller sur moi-même en pleine rue s’il y a des camions et des sirènes. C’est d’une violence absolue » avoue l’invitée de Régine Dubois. Ouf, la musique ça va ! Elle lui manque d’ailleurs dans son travail de dessinatrice : « Quand j’écris une bande dessinée, j’imagine la bande-son, le rythme. Parfois, c’est du vent ou des mots. J’ai été vraiment marquée par les premiers Walt Disney, l’utilisation de la musique sur le dessin ».
Lolita, qui a fait ses premiers pas aux concerts de son Papou, cultivait, enfant, un fantasme scénique : « Je me souviens de m’être dit : ‘il n’y a rien de plus fort que d’être sur scène’ et en même temps ‘tu ne feras jamais ça parce que tu vas te comparer. Simplifie-toi la vie ! Ne va jamais dans ce domaine-là !’ »
Loupé ! À côté de son travail artistique, elle est devenue la manageuse de son père et supervise le livre dédié aux 50 ans de carrière du chanteur qui sortira en octobre. Fin 2025, paraîtra le documentaire coréalisé avec Tancrède Ramonet retraçant les combats et les idéaux de Mister Renaud.
► Retrouvez l’intégralité de cette interview dans le podcast des Petits papiers sur Auvio et dans le player ci-dessous. Les Petits papiers, c’est aussi tout l’été, du lundi au jeudi, de 12h à 13h sur La Première.
Source : RTBF Actus