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Pour souligner les 50 ans de carrière de Renaud, des artistes québécois se réuniront cet automne à Montréal et à Québec pour un grand spectacle hommage intitulé Renaud symphonique : 50 ans de carrière !. Mara Tremblay et son fils, Édouard Tremblay-Grenier, feront partie de l’aventure, partageant la scène dans un rare moment qui célèbre à la fois l’œuvre du chanteur français et le lien singulier qui unit cette mère et son fils.
Comment est née votre participation à cet hommage à Renaud ?
Mara Tremblay : Quand on te propose de participer à un hommage à Renaud, déjà, c’est difficile de dire non. C’est un immense artiste qui a marqué mon enfance. Mais le fait qu’on me dise : « Tu vas pouvoir partager la scène avec ton fils », ça a amplifié mon envie d’y participer. Chaque occasion de faire de la musique ensemble est précieuse. On va chanter dans des lieux magnifiques, accompagnés par un orchestre exceptionnel et entourés d’artistes qu’on admire.
Édouard Tremblay-Grenier : Participer à un événement d’une telle ampleur est déjà impressionnant, mais le faire avec ma mère ajoute quelque chose de très personnel. On a déjà partagé d’autres scènes, dont la fameuse Saint-Jean sous la pluie sur les plaines d’Abraham en 2024, mais ce genre de rendez-vous reste rare. Ce sont des souvenirs qui restent gravés longtemps.
Vous retrouvez également Antoine Gratton aux arrangements musicaux. Antoine, qui est un de tes anciens amoureux, Mara…
M.T. : Oui, on se connaît vraiment très bien tous les deux. Il a fait partie de ma vie intime et a partagé des moments avec Édouard quand il était plus jeune. Le fait que ce soit lui qui soit sur le show, c’est sûr que ça nous a donné encore plus le goût de participer. La mise en scène est assurée par Yann Perreault.
Mara, quel rapport entretiens-tu avec l’œuvre de Renaud ?
M.T. : J’ai découvert Renaud vers l’âge de 10 ans. C’est le premier artiste venu d’ailleurs qui m’a fait ressentir des émotions aussi profondes. Il parlait des injustices, de l’amour, de sa fille, des blessures humaines. Il dénonçait des choses avec une sensibilité incroyable. Ce qui me touchait aussi, c’est qu’il était à la fois rebelle et tendre. C’était un mélange que je reconnaissais en moi. J’étais une enfant hypersensible qui avait appris à se protéger en ayant parfois l’air plus dure qu’elle ne l’était réellement.
Renaud a aussi parlé ouvertement de ses problèmes de santé mentale…
M.T. : Ça m’a énormément touchée. Qu’il parle de dépression, de dépendances ou de ses difficultés psychologiques, c’était courageux. Peu d’artistes de cette envergure ont accepté de se montrer aussi vulnérables. Je me reconnais là-dedans. On m’a diagnostiquée haut potentiel, autiste et bipolaire. Ça apporte son lot de défis au quotidien, mais aussi une hypersensibilité qui est devenue un outil dans mon métier. La musique a toujours été mon refuge, un peu comme Renaud. Quand je monte sur scène, tout disparaît. Je sais exactement où est ma place. Déjà, à l’âge de sept ans, je savais que la musique ferait partie de ma vie.

Édouard, ton rapport à Renaud est très différent. Comment l’as-tu découvert ?
É.T.-G. : C’est en recevant l’invitation pour cet hommage que je me suis mis à l’écouter sérieusement. J’ai découvert une écriture d’une honnêteté désarmante. Il a osé s’attaquer à des figures de pouvoir et à des sujets délicats. Même quand il dénonce, ça reste accessible et accrocheur.
Vous interpréterez Manhattan-Kaboul, que Renaud a chantée en duo avec Axelle Red. Pourquoi cette chanson ?
M.T. : Parce qu’elle parle des conséquences humaines des guerres et des décisions prises par des gens qui vivent souvent très loin des réalités qu’ils influencent. Elle donne une voix à ceux qui subissent les conflits. Elle nous rappelle que, derrière les enjeux politiques, il y a toujours des êtres humains.
De plus, Renaud sera présent lors de cet hommage…
M.T. : C’est bouleversant. Je n’ai jamais rencontré Renaud et, honnêtement, ça m’intimide un peu parce qu’il fait partie des artistes qui ont marqué ma vie. J’écoute ses chansons depuis l’enfance. Le voir assister à cet hommage donne encore plus de sens à notre participation.
Comment décririez-vous votre relation mère et fils ?
M.T. : Elle est très fusionnelle. (rires) Ça fait longtemps qu’Édouard ne vit plus à la maison, mais on se parle constamment. Quand une journée passe sans qu’on se donne des nouvelles, je me demande ce qui se passe. On est extrêmement connectés. Cette proximité se reflète automatiquement dans notre musique.
É.T.-G. : On est effectivement très proches. J’ai quitté la maison vers 16 ans, mais ça n’a jamais créé de distance émotionnelle. Aujourd’hui, j’habite avec mon frère, Victor. On est tous les deux très près de notre mère, même si on n’habite pas avec elle. Au contraire, notre relation a continué d’évoluer. Aujourd’hui, les moments où on peut monter sur scène ensemble figurent parmi les plus précieux.
Édouard, au début de l’année, tu as sorti un premier album, qui s’intitule François Roberge. Pourquoi ce titre ?
É.T.-G. : C’est le nom d’un ami de mon père. Plus les gens me demandaient pourquoi j’avais choisi ce titre, plus je trouvais ça drôle. J’aime l’absurde et la surprise. Je voulais susciter exactement cette réaction.
Justement, ton père est Daniel Grenier, un des pionniers de l’humour absurde au Québec avec le groupe les Chick’n Swell. A-t-il influencé ton parcours ?
É.T.-G. : Énormément. Quand ton père est Daniel Grenier, tu grandis dans un univers où l’imagination n’a pas de limites. Je pense que mon goût pour l’absurde vient en partie de là. Plus je vieillis, plus je réalise aussi le parcours impressionnant qu’ont eu mes parents dans leurs domaines respectifs. Quand tu grandis là-dedans, ça te semble normal. Puis un jour, tu comprends mieux ce qu’ils ont construit et l’impact qu’ils ont eu. Honnêtement, c’est fascinant.
Tu as même essayé l’humour sur scène. Qu’en as-tu retiré ?
É.T.-G. : Je voulais comprendre ce que les humoristes appellent la « drogue du rire ». J’ai adoré l’expérience, mais j’ai découvert que ce n’était pas la même sensation que celle apportée par la musique. En musique, l’émotion est présente pendant que tu joues. En humour, le moment euphorique arrive quand le rire éclate. J’ai aimé l’expérience, mais la musique reste mon terrain naturel.
Mara, ton nouvel album sort en janvier et tu as déjà levé le voile sur un premier single, Sauvage et libre. Que représente ce titre à tes yeux ?
M.T. : Il me ressemble beaucoup. J’ai toujours eu un côté sauvage et un immense besoin de liberté. Quand j’étais plus jeune, cette liberté passait souvent par la rébellion. Aujourd’hui, elle passe davantage par l’acceptation. Depuis que j’ai déménagé à Shefford il y a sept ans, parce que mon amoureux y habitait, j’y ai trouvé mon refuge. Je vis entourée de nature, j’ai trouvé une forme de paix. À 57 ans, là-bas, je me sens probablement plus proche de moi-même que je ne l’ai jamais été.
Édouard, tu as composé trois chansons pour ce nouvel album. Comment as-tu vécu cette expérience ?
É.T.-G. : J’ai adoré ça. C’était la première fois que je composais volontairement pour quelqu’un d’autre. Je réfléchissais à sa voix, à ses émotions, à ce qu’elle pourrait porter dans une chanson. Quand elle a choisi certaines de mes compositions pour son disque, ça m’a énormément touché.
Qu’est-ce qui vous rend le plus fiers l’un de l’autre ?
M.T. : Je suis profondément fière de l’artiste qu’Édouard est devenu. Il possède sa propre voix, son propre univers et son propre regard sur le monde. J’admire sa créativité, sa sensibilité et son audace.
É.T.-G. : Je suis fier de la cohérence de ma mère. Elle est restée fidèle à elle-même pendant toute sa carrière. Plus je découvre l’histoire de la musique québécoise, plus je prends conscience de l’importance de son parcours. Et honnêtement, je trouve ça fascinant d’avoir accès à toutes ces histoires-là à la maison. C’est comme vivre avec un livre d’histoire qui se poursuit encore aujourd’hui.
Renaud symphonique : 50 ans de carrière ! Deux représentations seulement, le 9 octobre à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, à Montréal, et le 11 octobre au Grand Théâtre de Québec, avec également Marie-Jo Thério, Luc De Larochellière, Betty Bonifassi, Dan Boucher, Édith Butler, Émile Bourgault et France Castel.
Source : 7 Jours