
Chef adjoint du pôle Culture
Par Daniel Couvreur
Publié le 31/07/2026 à 15:56
Renaud a dézingué sa violence sociale dans « Miss Maggie ». Jean-Yves Le Naour et Emilio Van Der Zuiden déboulonnent la statue néolibérale de Margaret Thatcher dans un album punk. Lisez le premier chapitre.
Thatcher, la sorcière qui a changé le monde, Jean-Yves Le Naour et Emilio Van Der Zuiden, Grand Angle, 72 p., 16,90 €
Rien ne destinait la fille de l’épicier du village de Grantham à occuper le 10 Downing Street, la résidence des premiers ministres britanniques. En 1974, la militante du parti conservateur était en mal de foi et d’ordre. Elle ambitionne de prendre la tête de son parti pour contrecarrer la menace que les pauvres font peser sur la richesse nationale en raison de leur natalité trop élevée. A ses yeux, l’Etat-providence est une insulte à la liberté individuelle. Les aides à l’emploi creusent inutilement le déficit budgétaire, alors elle propose de couper dans tout…
Margaret Thatcher promet de récompenser le travail, de défendre la propriété, de libérer les entreprises, de déréguler les marchés. Son programme ? Mettre fin à la rage taxatoire et à la toute-puissance des syndicats. La presse l’affuble du surnom de « Dame de fer ». Elle répond aux journalistes qu’en politique, si on veut des discours, on s’adresse aux hommes, et si on veut des actes, on demande à une femme. Et les hommes politiques, elle se jure de les faire marcher au pas.
Au mois de mai 1979, elle devient Première ministre et le restera dix ans. Elle réduit de près de 30 % les impôts sur les entreprises et diminue la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu de près de 40 %. Pour compenser le manque à gagner pour les caisses de l’Etat, elle fait passer le taux de TVA de 8 à 15 %. Mais le plus spectaculaire est à venir. Margaret Thatcher s’attaque aux entreprises publiques en supprimant 50.000 emplois chez British Steel et 150.000 dans l’industrie automobile. Il appartient désormais aux chômeurs de s’adapter en se formant à de nouveaux métiers. Et pour rééquilibrer les finances publiques, elle s’en va frapper du poing à la table des dirigeants européens pour leur demander de lui rendre son argent. Elle obtiendra une réduction de 66 % de la contribution britannique au budget de l’Union européenne…
De l’anarchie à la démission
Les Sex Pistols hurlent Anarchy in the UK. Morrissey chante Margaret on the guillotine. Hefner écrit son épitaphe : The day Thatcher dies. Sa popularité s’effondre à 18 % mais la Dame de fer refuse toute concession malgré une grève générale. Elle va jusqu’à user de fonds secrets pour remplacer les ouvriers grévistes. L’invasion des îles Malouines par l’Argentine va la sauver de la chute. Le 14 juin 1982, l’armée britannique défait les militaires argentins et Maggie entame une lune de miel avec le nouveau président américain, Ronald Regan. Adepte de sa révolution conservatrice, le cow-boy de la Maison-Blanche proclame partout qu’elle est « le meilleur homme en Europe ». Plus rien ne semblait pouvoir entamer sa popularité jusqu’à la gaffe de la « poll tax », un impôt inique fixé par tête d’habitant indépendamment des revenus. Des millions de Britanniques vont descendre dans la rue et refuser de le payer, poussant Margaret Thatcher à la démission.
Dans leur album Thatcher, la sorcière qui a changé le monde, Jean-Yves Le Naour et Emilio Van Der Zuiden racontent cette histoire avec les mots de Maggie. A travers son profond mépris des classes populaires, sa foi aveugle dans la financiarisation de l’économie, son cynisme politique, son sens calculé de la mise en scène médiatique… les auteurs dessinent comment Margaret Thatcher a initié en Europe un modèle de société où le marché déciderait désormais de ce qui est bon pour les citoyens. Elle est morte en 2013 mais ses idées sont plus vivantes que jamais.
Source : Le Soir
