
Propos recueillis par Emmanuel Humbert
Républicain Lorrain du 25 juin 2007

Il est 18 h 40. Le ciel noircit à toute allure au-dessus du Millésium, la grande salle de concert d’Epernay (Marne). L’orage gronde quand Renaud débarque, salue chacun des techniciens, serre la pince des cuistots. Même le policier qui a ouvert la route à sa voiture dans Epernay a droit à son bonjour. « D’habitude, je suis pas trop flic… Mais lui a une bonne tête ». Rencontre.
Vous n’avez jamais autant écrit de chansons d’amour que dans votre dernier album, Rouge sang, est-ce l’effet Romane ?
« Vous trouvez ? C’est un double album de vingt-six chansons (il y en a deux en bonus) et il y en a quoi… cinq ou six qui parlent d’amour ? Je crois que je suis dans ma moyenne même si, vous avez raison, j’ai un nouvel amour que j’avais très envie de chanter, « de manière excessive voir redondante » comme me dit ma fille. Et puis j’ai eu l’expérience d’un amour que je croyais éternel… Je croyais que l’amour éternel existait… Il existe peut-être mais pas pour moi, pas pour cette histoire-là… Bref, cette fois-ci, je me suis dit qu’il fallait les faire tout de suite au cas où ! »
Vous avez trouvé le juste équilibre entre les nouvelles et les anciennes chansons, vous arrivez à contenter tous les spectateurs ?
« Ce n’est pas facile de satisfaire les amateurs de tubes, ceux qui ont envie des chansons des années quatre-vingt dix, ceux qui viennent réécouter la bande-son de leur vie – comme l’ont écrit certains de vos confrères – et moi qui ai très envie que mes dernières chansons, mes bébés, vivent sur scène. Je crois avoir trouvé le tour de chant idéal. Mais du coup, il dure plus de trois heures ».
Vous chantez Elsa, un titre particulièrement émouvant…
« J’ai beaucoup de mal à la chanter sans chialer… Si je me laissais aller, je ne pourrais pas. Elsa, je l’ai rencontré quand elle avait 8 ans. Elle était venue avec son école m’interviewer : ils m’avaient tous amené des dessins, des trucs de mômes, sympas… C’est la seule qui m’a demandé mon adresse pour m’écrire. Elle m’a envoyé de longues lettres magnifiques, sans une faute d’orthographe… Elle n’est pas fille de bourgeois, elle habite à Allamps, un village pas loin de Toul je crois. Elle a eu la chance d’avoir de bons instituteurs, de bons parents qui lui ont fait une belle éducation. Je l’ai revue deux ans plus tard sur une tournée, et sur une autre encore. On s’est régulièrement revu, écrit… A la suite d’un faits divers en banlieue parisienne – deux gamines s’étaient suicidées en sautant du haut d’une tour – j’avais commencé à écrire une chanson sur un sujet qui me bouleverse : le suicide des ados. Deux jours plus tard, j’apprends le suicide de son grand frère de 20 ans… Un petit gars doué, beau, intelligent… Forcément, ça me touche encore plus… Elsa sera là à Amnéville. Je crois qu’on est devenu un peu plus que des connaissances, j’espère qu’elle me considère comme un ami. Faudra que je me contrôle pour ne pas chialer. Faudra que je me dise qu’Elsa, c’est aussi une chanson d’amour ».
Joan Baez a récemment repris Manhattan-Kaboul…
« Elle chante aussi « Dans la jungle » pour Ingrid Betancourt. A 15 ans, j’avais son poster dans ma chambre et aujourd’hui, cette reine de la folk song, de la protest song reprend deux de mes titres. C’est clair, c’est une sorte de consécration ».
Vous avez Arrêter la clope ?
« Presque. J’essaye. En parlant de clopes, j’aime bien les petits rebelles qui trouvent « dégueulasse qu’on entrave leur liberté individuelle en les empêchant de fumer dans les lieux publics ». Vous avez déjà entendu ça, non ? J’adore quand ils balancent : « Et ma liberté merde ! » Ils revendiquent la liberté alors que la clope, c’est un esclavage ».
Propos recueillis par Emmanuel Humbert [Républicain Lorrain du 25 juin 2007]
Source : Le Républicain Lorrain