On est en 1983. Renaud vient de sortir son album Morgane de toi. Le single est un énorme succès, qui passe sur toutes les radios. Il confie à Serge Gainsbourg la réalisation de son tout premier clip vidéo. L’équipe de celui-ci se rapproche de l’école touquettoise. « L’école nous prévient qu’un clip va être tourné sur la plage avec nos enfants », se souvient Violette Lebas, mère de Céline. Les enfants ont tous 6 ou 7 ans.
Vinyle et chocolat chaud
Le 23 mai 1984, Roger Seillier emmène sa classe du côté de la corniche, entre la Base Nord et l’Aqualud. « Nous, les parents, sommes là, mais on reste sur la digue pour ne pas être dans le champ ». Les enfants vont dans les dunes avec Renaud, Gainsbourg et l’équipe. Il fait beau, mais froid. « Ils restaient avec nous, Renaud a offert à chaque famille un vinyle dédicacé, Gainsbourg nous a offert un chocolat chaud », se souvient Nicolas Lemaître. Des moments chaleureux capturés par la caméra super 8 de son père.
Ici, les témoignages divergent. « J’ai le souvenir qu’on nous avait prévenus qu’on devrait se mettre tout nus et courir sur la plage », raconte Xavier. « On était habillés, on devait se mettre en maillot de bain, et finalement, ils ont décidé qu’on devait se mettre nus, se souvient Céline Lebas. J’ai ressenti une gêne, il y avait des rires, des moqueries. Mais je me sentais obligée de le faire sinon, j’aurais été exclue. »
Un sentiment qui se comprend d’autant mieux que les parents présents ont donné leur accord. « À ce moment-là, on ne voyait pas du tout le mal, atteste Violette Lebas. Cela n’a rien à voir avec aujourd’hui. Et il n’y avait quasiment personne sur la plage. Pour nous, c’était naturel, innocent. On en garde un bon souvenir, il n’y avait rien de choquant ».
Sur le clip, on les voit donc tous courir nus sur la plage, derrière Renaud, guitare à la main. Au loin, un cheval passe avec Bambou dessus, seins nus.
Xavier et Nicolas, 47 ans aujourd’hui, n’en gardent eux aussi que des bons souvenirs, mis à part celui du sable leur fouettant les fesses sous le souffle puissant de l’hélicoptère qui véhiculait la caméra aérienne. « Dans le clip, on voit d’ailleurs que l’on s’accroupit ». Mais avoir tourné dans ce film leur procure une grande fierté : « C’est quand même une grosse référence », note Nicolas. La nudité ne leur pose toujours pas de problème : « On n’avait pas ce regard biaisé de maintenant. Il n’y avait rien de vulgaire ».
« La gêne l’emporte sur la fierté »
Pour Céline, le souvenir est plus ambivalent. « À chaque fête de famille, ma mère ressortait le vinyle dédicacé, les photos… Et régulièrement, on me charrie gentiment à cause de ce clip. Je ressens une petite fierté mais quand même, la gêne l’emporte sur la fierté. » Elle n’arrive pas à dire si cette expérience a eu des incidences sur sa vie, mais elle note qu’après ce tournage, elle n’a plus aimé se mettre en maillot de bain sur une plage. « Peut-être que c’est un hasard ». Elle se dit aussi qu’elle ne donnerait pas son accord dans un cas pareil pour ses enfants. « Je n’étais pas en âge de décider. Si c’était mon enfant, j’aurais peur que ça lui colle à la peau plus tard ». À l’heure des réseaux sociaux, c’est sûr, les parents d’aujourd’hui réfléchiraient à deux fois.