Musique : Renaud, premier retour de l’abysse

Sud Ouest

Par Yannick Delneste

Avril 2003, à la patinoire Mériadeck, à Bordeaux, lors de la tournée «Boucan d’enfer». © Crédit photo : archives Stéphane Lartigue

UNE OEUVRE, UNE HISTOIRE Avec « Boucan d’enfer », en 2002, le chanteur Renaud revient une première fois de dépression alcoolique

Plus de sept ans d’absence, déjà. En 1995, Renaud a sorti « A la belle de mai », sans doute son plus beau disque, entre « Le Sirop d’la rue », « Son bleu » ou « La Médaille ». Avant de plonger dans sa première dépression alcoolique qui lui vaut le départ de « sa » Dominique après vingt-cinq ans d’union.

Ses potes musiciens Jean-Pierre Buccolo et Alain Lanty l’extirpent en 1999 du marasme anisé pour une tournée « Une guitare, un piano et Renaud ». Un an et demi de concerts où la voix bousillée du poulbot cabossé croise l’affection du public, toujours là. Trois chansons inédites se glissent dans le récital : « Boucan d’enfer » sur sa rupture, « Elle a vu le loup » et « Baltique » sur le chien de Mitterrand.

Un ami homosexuel lui réclame une énième fois un texte sur la condition de « Petit pédé » ordinaire. Renaud enchaîne : « Docteur Renaud, Mister Renard » et une dizaine d’autres. Lanty et Buccolo mettent en musique, le mythique studio ICP de Bruxelles accueille l’enregistrement, celui d’Abbey road à Londres pour le mastering, mai 2002 pour la sortie. Titouan Lamazou l’illustre avec une belle rugosité.

2 millions d’exemplaires vendus

Hanté par la mélancolie des amours enfouies et des amis disparus (« Mon bistrot préféré »), l’album est plébiscité avec plus de 2 millions d’exemplaires vendus, battant « Morgane de toi » et « Mistral gagnant », les sommets des années 1980. « Manhattan-Kaboul », duo avec Axelle Red, est le single qui cartonne. Si le plaisir de retrouver l’artiste en forme réchauffe, la voix dégradée et la faiblesse de l’écriture au regard des fulgurances passées désemparent. Sentiments mêlés qu’on retrouvera quinze ans plus tard pour des retrouvailles identiques, post-dépression, avec l’album du « Phénix ».

 

Source : Sud Ouest (ici et ici)