Paris : menacé d’expulsion, le théâtre des Blancs-Manteaux lance un appel aux dons

Le Parisien

Créé en 1972, le mythique café-théâtre où Renaud, Higelin, Lavilliers… ont débuté, est aujourd’hui menacé d’expulsion. Frédéric Cagnache, le directeur, en appelle au soutien et à la générosité du public et des mécènes.

Paris (IVe). Directeur des Blancs-Manteaux, Frédéric Cagnache ne peut plus payer ses loyers. « Juridiquement, le théâtre est désormais occupant sans droit ni titre », déclare l’avocat du propriétaire avec lequel il est en conflit. LPPhilippe Baverel

Le 23 décembre 2020 à 12h42

C’est un appel au secours que lance Frédéric Cagnache, directeur du théâtre des Blancs-Manteaux (IVe). « J’en appelle au public qui nous a toujours soutenus, aux mécènes, aux sponsors. Chacun peut faire un don sur notre site blancsmanteaux.fr », annonce cet ancien producteur de spectacles, unique actionnaire de ce lieu mythique depuis que sa société Alceste production l’a racheté en 2008.

Plus que jamais en péril

Si le tribunal de commerce, le 17 décembre, a mis en délibéré à la mi-janvier sa décision quant à un nouveau placement en redressement judiciaire de l’établissement (après un précédent redressement prononcé en 2016 ), le patron des Blancs-Manteaux sait que la bataille qui l’oppose au propriétaire des murs, est loin d’être gagnée. Et que son théâtre est plus que jamais en péril…

Grand comme un mouchoir de poche, ce café-théâtre où Renaud, Jacques Higelin, Bernard Lavilliers, Anne Roumanoff, Michèle Laroque… ont débuté, est aujourd’hui menacé d’expulsion. « Juridiquement, le théâtre est désormais occupant sans droit ni titre du 15, rue des Blancs-Manteaux », déclare Frédéric Zeitoun, avocat du propriétaire des murs, René Liotaud qui a racheté en 1970 cet immeuble du Marais où il a d’abord ouvert une pizzeria et une boîte de nuit…

Fermé depuis le 30 octobre comme toutes les salles de spectacle à cause de l’épidémie de coronavirus, l’un des plus anciens cafés-théâtres encore en activité à Paris, qui avait déjà dû baisser le rideau quatre mois et demi au printemps 2020 pour la même raison, ne paye plus son loyer depuis l’automne 2019.

Attentats du Bataclan en novembre 2015, manifestations des Gilets jaunes à l’automne 2018, grèves contre la réforme des retraites à l’hiver 2019… « Tous ces événements ont provoqué une baisse de fréquentation de 30 à 50 %. Et le coronavirus a été le coup de grâce », affirme Franck Cagnache qui fait état d’une chute du chiffre d’affaires de « 70 % » sur l’exercice juillet 2019-juin 2020.

« Les dettes de loyer depuis 2012 s’élèvent à 347 000 € » selon l’avocat du propriétaire

« Dire que c’est le Covid qui coule ce théâtre, dont les loyers ne sont pas payés depuis de nombreuses années, est une contre-vérité. Au total, les dettes de loyer depuis 2012 s’élèvent à 347 000 € », assène Frédéric Zeitoun. Dans son ordonnance du 2 novembre 2020, le juge des référés a décidé un étalement sur deux ans du remboursement dû au titre des impayés de loyer des trois dernières années, qui s’élèvent à 137 000 €. « Nous avons fait cadeau de l’échéance d’avril 2020 », précise maître Zeitoun. Chaque mois, le café-théâtre est donc tenu de régler, outre le loyer de 9 000 €, 5 710 € de remboursement. Une gageure en pleine crise sanitaire !

« Comment voulez-vous que je paye alors que le théâtre est fermé ? » s’écrie Frédéric Cagnache qui, dans l’incapacité d’honorer les échéances de novembre et décembre, a fait appel de cette décision. Le directeur du théâtre, dont les 4 salariés sont en chômage partiel, a bien obtenu une subvention du fonds de solidarité de 29 000 € pour le dernier trimestre 2020 mais il ne l’a toujours pas perçue. Quant au fonds d’urgence pour le spectacle vivant censé régler les charges fixes (loyer…), « il n’est toujours pas ouvert », déplore-t-il.

Un loyer «deux fois trop élevé »

Surtout, Frédéric Cagnache, qui ne se rémunère plus, a engagé en janvier 2018 une action en révision du loyer trop élevé selon lui, « passé de 69 000 € en 2009 à 108 000 € aujourd’hui », rappelle-t-il. Si la justice n’a pas encore statué, le rapport de l’expert nommé par le tribunal judiciaire conclut, selon le directeur des Blancs-Manteaux, que « le loyer est deux fois trop élevé pour un local monovalent (NDLR : où aucune autre activité ne pourrait être exercée) de 100 m2 répartis entre rez-de-chaussée et sous-sol ».

Passionné de spectacles, Frédéric Cagnache qui fut, dans une vie antérieure, ingénieur dans l’aéronautique, conclut sur une note de légèreté : « Je suis amoureux du théâtre des Blancs-Manteaux. Et c’est une maîtresse exclusive et jalouse ! ».

  

Source : Le Parisien