Quand le titi se prend pour le papy

Le Devoir

Les samedi 27 et dimanche 28 juillet 1996

LES ARTS

LA VITRINE DU DISQUE

SYLVAIN CORMIER

RENAUD CHANTE BRASSENS
Renaud
Virgin (EMI)

C’était bien la peine. Renaud faisant du Brassens à la Brassens, on aurait vécu sans. D’autant que c’est la même chose, mais alors là exactement le même phrasé, la même guitare sourde qui fait po-pom po-pom. Tout pareil, en moins juteux, vu que c’est la deuxième fois. Là où le ton de l’oncle Georges était quelque peu monocorde, celui du gavroche Séchan est carrément monotone. On comprend l’admiration sans bornes du titi pour le papy, mais qui dit respect ne dit pas mimétisme. Le seul avantage de ce disque se mesure au nombre des fans de Renaud qui découvriront ainsi vingt-trois titres du génial répertoire de Brassens, bien qu’il soit douteux que l’on aime le gamin au foulard sans avoir un jour tâté de La Mauvaise Herbe, de La Femme d’Hector ou du Mauvais Sujet repenti.

S’il ne vous faut pas tout Renaud et que, d’aventure, le corpus de Georges Brassens ne vous est pas déjà familier, rendez-vous service, empruntez un raccourci et procurez-vous directement une compilation, voire l’intégrale de l’original. Et pour avoir une bien meilleure idée de ce que peuvent devenir les chansons de l’homme de Sète lorsqu’on les interprète avec intelligence et sensibilité, écoutez Georges Brassens, j’ai rendez-vous avec vous, l’hommage de Renée Claude paru en 1993 chez Interdise: tout le potentiel mélodique des airs du Félix des Français est révélé. C’est infiniment plus intéressant qu’un Renaud penaud.

  

Source : Le Devoir