Qui était Olivier Séchan, le père de Renaud, qui n’a jamais accepté le succès de son fils ?

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Par Lucille Souron, Journaliste

Publié le Mis à jour le 

Écrivain ambitieux, père froid et jaloux : Olivier Séchan a profondément marqué la vie et l’œuvre de Renaud. Retour sur une relation complexe faite d’admiration, de crainte et de rancœur.

Vidéo Voici – VOICI : Renaud : Lolita Séchan s’adresse à ceux qui critiquent le mariage de son père

Renaud, c’est le rebelle aux chansons anarchistes mais aussi l’homme qui fut hanté par l’alcoolismeDerrière cette figure tourmentée se trouve un homme forgé par une relation compliquée avec son père, dont la propre histoire permet d’éclairer celle de son fils. Il faut savoir qu’avant d’être le parent d’un des hommes les plus connus de la chanson française, Olivier Séchan est lui-même une sorte de star, dans le monde des lettres. Né le 14 janvier 1911 à Montpellier, issu d’une famille protestante cultivée (son propre père Louis Séchan était helléniste réputé et professeur à la Sorbonne), il devient professeur d’allemand et de néerlandais avant de se lancer dans la littérature. Il publie plusieurs romans policiers, dont Les Corps ont soif, qui lui vaut le prix des Deux Magots en 1942. Il devient ensuite directeur de collection chez Hachette Jeunesse, où il invente des héros récurrents pour les Bibliothèque Rose et Verte, avec des tirages allant jusqu’à 145 000 exemplaires. Un homme de lettres accompli, en apparence. Mais un père distant, froid, enfermé dans ses ambitions inassouvies, et qui ne supportera jamais que son fils le dépasse.

Renaud contre Olivier Séchan, acte 1 : mai 68

Dans la maison familiale, Olivier Séchan s’enferme dans son bureau pour écrire, laissant à son épouse Solange toute la chaleur du foyer. D’après le documentaire Renaud, à cœur perdu, dont la RTBF publie un résumé détaillé, le jeune Renaud cultivait une admiration mêlée de crainte à son égard, incapable de s’adresser à lui librement. Lorsque son père s’absentait, il se glissait dans ce bureau interdit pour s’installer à la machine à écrire et imaginer des histoires. C’est là, dans cet espace à la fois effrayant et inspirant, que naît son goût pour l’écriture. Mai 68 sera le déclencheur. Renaud, adolescent, vit trois semaines dans la Sorbonne occupée et y compose sa première chanson, Crève salopeun texte dirigé contre toute forme d’autorité, parentale en premier lieu« Mon père me dit : Bonsoir fiston comment qu’ça va ? J’lui réponds : Ta gueule sale con, ça t’regarde pas ! » Une première insurrection dédiée à son père, qui restera chagriné longtemps par ce titre irrévérencieux.

« Le succès de mon fils me tue » : Olivier Séchan, éternel jaloux de son fils Renaud

Quand le succès arrive avec Laisse béton en 1978, les amis du cercle intellectuel d’Olivier Séchan lui parlent de Renaud, et il est extrêmement gêné, témoigne David, le frère du chanteur, dans ce même documentaire. Puis vient le coup de massue. Tombant par hasard sur le journal intime de son pèrel’ami de Jean-Paul Rouve y découvre une phrase qui le hantera : « Le succès de mon fils me tue. » Une rancœur qui serait directement liée aux ambitions littéraires déçues d’Olivier Séchan. Cette découverte a suscité chez Renaud une grande culpabilité qu’il évoque dans son autobiographie Comme un enfant perdu, publiée en 2016, comme nous vous le rapportions en 2023. Mais si sa relation avec son père n’était pas très joyeuse, le chanteur de Mistral gagnant n’a pas pour autant laissé tomber l’idée d’avoir une famille soudée. C’est avec sa fille Lolita que Renaud prendra sa revanche sur ce père froid en faisant exactement l’inverse de ce qu’il lui a fait subir. Il dédie 24 chansons à sa fille chérie au fil de sa carrière, dont la célèbre Morgane de toi. « Lolita, ça a été le rayon de soleil de sa vie », résume son frère David. Comme quoi, les fils brisés font parfois de bon pères.

Lucille Souron
Journaliste

A l’époque où Koh-Lanta passait le vendredi soir et alors qu’Ayem était enchantée de rencontrer les habitants de la maison des secrets, j’étais ado et complètement passionnée par ces émissions. Avec le temps, j’ai compris que la culture pop était en train de se construire là, sur mon écran de télévision. C’est pour pouvoir documenter ce monde magique où les icônes naissent aussi vite qu’elles déclinent que je suis devenue journaliste. C’est exactement ce pourquoi je travaille pour Voici : vous raconter comment la culture se fabrique, émission après émission.

 

Source : Voici