Par cgautier
Critique télé musique
LE PLUS. Pour la sortie de son nouvel album, Renan Luce a fait dans l’originalité en donnant son numéro de portable à son public. Au bout du fil… son nouveau single, « Appelle quand tu te réveilles ». Ce troisième album arrive 4 ans et demi après « Le Clan des Miros » et plus de 7 ans après l’énorme succès critique et public qu’était « Repenti ». Verdict ? Plutôt décevant pour notre contributeur.
Édité par ylabrouxsatabin

Depuis ce lundi 7 avril, le nouvel album de Renan Luce est disponible. Il s’agit de « D’une tonne à un tout petit poids ».
Véritable espoir de la chanson française en 2006, le jeune chanteur a attendu presque 5 ans avant de sortir ce troisième album. Besoin de temps pour se renouveler, envie de se faire oublier, de profiter de sa paternité, rien à raconter, … les pistes sont nombreuses pour expliquer cette absence.
Elles le sont moins sur l’album qui n’en compte que 10, sans compter les versions acoustiques.
Clip de « Appelle quand tu te réveilles », le 1er single extrait de ce nouvel album (Universal Music France)
Alors est-ce que cette rareté est synonyme de qualité ?
« D’une tonne à un tout petit poids », un titre révélateur
Pour cette fois encore, pas du tout. Autant, le premier titre, « Voyager », est sympathique, autant le reste de l’album ne l’est pas.
« Voyager » est léger, aérien et s’écoute tranquillement, comme une histoire que l’on nous raconterait. C’est agréable et on redemanderait presque à se faire bercer par la voix de Renan Luce.
Puis, vient la deuxième chanson, « La boîte ». Et l’histoire commence à mal tourner. Une impression de naïveté commence à peser (une tonne), une impression qui ne nous quittera plus.
Et ce malaise s’intensifie plus particulièrement sur trois chansons : « Au téléphone avec maman », « Amoureux d’une flic » et « Les secrets chuchotés ».
« La boîte », autre extrait de l’album, en live session.
Ces trois chansons, que je détaillerais par la suite, sont symptomatiques des problèmes de l’album : la candeur, l’immaturité et la volonté de ne pas vouloir s’affirmer.
Comme un goût d’inachevé
La première d’entre elles, « Au téléphone avec maman », ressemble à une chanson pour enfants.
De celles que l’on fait écouter le soir à nos bambins. Le mien est ravi mais je ne suis pas sûr qu’il soit le public ciblé par Renan Luce. Cela manque de caractère. Ça se veut attendrissant mais c’est juste ridicule de naïveté. Oui les enfants et leurs parents se mentent au téléphone, ou plutôt se rassurent mutuellement.
Certes, et après ? Faire d’une conversation téléphonique le thème d’une chanson, ça peut être marrant mais encore faut-il que le texte le soit…
C’est justement le problème mis en relief dans le titre « Amoureux d’une flic ». Alors que le thème pouvait être amusant, présenter sa femme « flic » à son père ayant eu des déboires avec la police, le traitement qui en a été fait n’est pas à la hauteur. On sourit juste, et encore quand on est bon public et c’est bien tout. Le problème est que l’interprète ne va pas au bout de la blague, comme si il ne l’assumait pas vraiment.
Renan Luce ne s’affirme pas assez
C’est enfin le dernier problème rencontré dans cet album, ne pas aller au bout, ne pas s’affirmer, revendiquer même. Et c’est caractérisé par « Les secrets chuchotés ». Un titre qui aurait pu être émouvant. Mais on sent que Renan Luce ne se livre pas vraiment. Cela reste en surface. Et donc il est très difficile pour l’auditeur de rentrer dans la chanson, de se l’approprier.
Le tout est donc vraiment décevant. On se retrouve face à un album conté comme pouvait le faire avant lui Renaud, mais avec des textes d’Henri Dès. Vous comprenez donc le problème. Raconter des histoires quand on a rien à dire est aussi inutile que de crier à l’aide dans le désert. C’est pourtant ce qu’il se passe durant quasiment 40 minutes.
Et d’espoir de la chanson française, Renan Luce atteint le statut de chanteur décevant, de celui qui ne semble pas réussir à passer le cap. D’une tonne, il est devenu un tout petit poids dans la chanson française.
Renan Luce, de chanteur à textes à chanteur pour enfants.
Cela suit pourtant une suite logique, pas dans ses ventes (en déclin mais plus qu’honorables), mais dans ses compositions.
Le premier album révélait un auteur aux textes subtils, racontant un quotidien teinté d’imaginaire. Une sorte d’invitation au voyage.
Puis le deuxième album a commencé à devenir plus enfantin, notamment avec les singles « La fille de la bande » et le générique du film « Le Petit Nicolas » : « On n’est pas à une bêtise près ».
Clip de « On n’est pas à une bêtise près », générique du « Petit Nicolas » de Laurent Tirard.
Ce troisième album est dans cette continuité et l’on se retrouve « le cul coincé entre deux chaises », à se demander si c’est un album pour adultes ou pour enfants, s’il faut rire ou pleurer. Le résultat est que l’on ne fait rien de tout ça. On est victime d’un album hésitant. Victime peut-être du manque d’affirmation de son interprète qui semble replonger avec plaisir dans les joies de l’enfance.
Un album victime de l’effet paternité ?
« On a l’impression de revivre son enfance une deuxième fois, de comprendre nos parents à l’époque…[quand on devient père] C’est comme une vie en miroir, c’est à la fois déroutant et passionnant. On comprend plein de choses. Donc oui, forcément, ça transparaît par petites touches dans mes chansons » confiait-il récemment dans une interview.
Et encore une fois, Renan Luce révèle en partie la vérité, le problème. Oui c’est déroutant, ça l’est pour l’auditeur, et cela ne transparaît pas par « petites » touches, non.
Les problèmes sont donc nombreux pour cet album.
Absence d’identité, manque de conviction, déroutant et inexplicable, voilà comment pourrait être résumer « D’une tonne à un tout petit poids ».
Trop de négatif pour en sortir quelque chose de bon. Au final, on se dit que 40 minutes à écouter quelqu’un se parler à lui-même (à défaut de trouver sa cible, l’identité du public), ça peut être très long.
C’est dommage car Renan Luce était prometteur, mais là, c’est raté…
Source : L’Obs