Vingt-huit ans. Auteur-compositeur et interprète. Chante en argot, en verlan, des chansons-histoires, des chroniques de banlieue, des faits divers tragiques et dérisoires. Prépare sa rentrée en janvier prochain à l’Olympia.
LE MONDE | 02.04.1981 à 00h00 • Mis à jour le 02.04.1981 à 00h00 | R.
LE 5 décembre 1975, y’a eu un hold-up avec prise d’otages, dans une banque de l’avenue Bosquet à Paris. Les mecs se barrent vers 2 heures du mat au volant d’une super-bagnole que les bourres leur avaient prêtée, avec dedans deux otages, 500 briques et quelques flingots. À l’angle de la rue François-Ier et de la rue Pierre-Charron, ils se plantent de plein fouet dans la S.M. d’un politicard qui s’en revenait peinard du Sénat où venait de s’achever un débat sur la répression du banditisme et des prises d’otages. Les flics qui suivaient pas très loin derrière profitent de l’accident pour défourailler et canarder les deux mecs qui commencent à s’dire que ce p’tit braquage tranquille c’est mal barré…
J’sais plus d’où j’venais ni où j’allais mais j’étais pas loin. Tous ces gyrophares et ces gens qui courent, j’pense d’abord à une manif, j’y vais. C’était la première fois que je voyais un mort. Un des deux mecs. L’autre agonisait plus loin sous les crachats du bon peuple parisien et les insultes des flics. Ils avaient tous deux reçu plus de bastos qu’il n’en faut pour tuer un bœuf. Malgré cela, et bien qu’ayant perdu son sang dans le caniveau pendant plus d’une demi-heure avant l’arrivée d’une ambulance, qui se faisait bizarrement attendre, l’agonisant a survécu aux balles dum-dum de l’antigang et à la haine du badaud. Il était d’ailleurs unanime, le badaud. Unanime dans sa haine de l’Arabe, du blouson d’cuir, du voleur qui lui vole son argent dans sa banque, unanime dans son admiration pour ces braves policiers qui, décidément, font un métier bien dangereux. Tiens ? Pas loin y’a un badaud unanime, en cuir clouté, qui s’fait prendre à partie par un groupe de manteaux gris. Il dit qu’les flics ont la détente facile et que c’qu’y vient d’voir ça s’appelle une mise à mort. » Et si y z’avaient pris ta mère comme otage ! « , lance un mec. » Et si c’était ton fils le type qui crève par terre en ç’moment ! « , qu’y répond. Y’a du lynchage dans l’air, j’me barre. Va falloir que j’raconte tout ça aux potes demain.
Source : Le Monde