SONO

N° 28, juin 1980
RENAUD A BOBINO

Bobino pendant un mois à l’heure des loubards, on n’avait jamais vu ça. Revêtu pour la circonstance d’un blouson de cuir, votre reporter et serviteur (ayant providentiellement égaré depuis une semaine son rasoir électrique) a réussi à s’introduire durant le spectacle par l’entrée de service. Pas très discret tout ça, les canettes de bière avec les lentilles photos ça rappelle bigrement le sac de la ménagère allant récupérer la consigne.
C’est qu’avec Renaud, impossible d’être sérieux. La violence, l’ennui et l’injustice de la société c’est pas précisément très rigolo et en plus c’est vieux comme le monde ; le mien pas le vôtre ? Mais quand ces ingrédients au goût de bile rencontrent un mélange de sensibilité et d’humour qu’on appelle le talent, le message passe noyé dans le rêve. A la sortie, le rêve se dissipe, perdu dans la nuit glacée mais l’essentiel subsiste. Car du talent, ce soir-là, Renaud en avait et ses musiciens avec lui. A la batterie Amaury Blanchard. à la basse Gérard Prévost, à la guitare Noël Séchan et Patrice Meyer aux claviers et accordéon Jean-Louis Roques pour finir avec le super virtuose Laurent Gérôme Raspoutine à la pédale Steel.
Le public ne s’y est pas trompé. Bobino affichait complet et aura battu le rappel. Et les horaires syndicaux alors… ! En tout cas bravo Renaud et merci pour l’ambiance de tes chansons et de la salle, merci pour ta poésie, merci aussi pour ton humour. Adieu la teigne, adieu Mimi l’ennui, à la prochaine fois et si tu me rencontre dans la rue sors pas ton flingue j’te paie le demi.

La sono
Nous avons interrogé Mourad Malki de la société Potar Hurlant, installatrice du matériel son utilisé par Renaud ainsi que M. Poncet, créateur de la société Freevox. Précisons dès à présent la qualité, présence et pêche du son dans la salle. Seul problème, quelques petits Larsen dans les retours, vite corrigés.
Sono : Quand et comment a été créée la société Potar Hurlant ?
M. Malki : Notre société est récente puisqu’elle ne date que d’un an et demi, et a été fondée par un camarade musicien et gestionnaire ainsi que par moi-même. Puis mon frère acousticien et un preneur de sons nous ont rejoints.
Hormis Renaud que nous accompagnons toujours en tournée, nous avons également travaillé avec des gens comme Odeurs, Joan Pau, Verdier, Malicorne et Maxime Leforestier.
Notre but n’est pas de constituer une société géante uniquement préoccupée de louer du matériel et des sonorisateurs tous azimuts. En fait, à mon sens, le métier de sonorisateur exige une certaine intelligence et complicité avec l’ensemble des artistes. Un tel impératif nous impose, vu notre effectif réduit, de nous limiter afin de nouer des contacts très étroits avec les quelques artistes dont nous nous occupons.
Sono : Pourquoi avoir choisi le matériel Freevox ?
M. Malki ; Pour deux raisons essentielles. D’abord en raison du son très « sharp » (comme disent les Anglais) des consoles Freevox. Certaines marques, je ne citerai pas de noms, offrent sur le marché des consoles dont le son est relativement mou et sourd. La clarté et la définition du son Freevox nous ont séduits. D’ailleurs à ce propos nous pensons un peu suivre la mode puisque le New Wave a remplacé la grosse caisse du disco par la caisse claire. La seconde raison réside dans la possibilité pour nous, sonorisateurs, de pouvoir discuter avec le constructeur Freevox puisqu’il est Français et que le matériel est construit à Paris.

Demander des explications (les consoles sont complexes) ou certaines modifications spécifiques devient alors possible le dialogue avec Freevox étant permanent.
Enfin, et je le regrette, je constate qu’il existe encore en sono de concert un mythe anglo-saxon. En ce qui concerne l’électronique, les Français sont à mon sens capable de fabriquer des produits de très haut niveau, largement compétitifs et offrant souvent des possibilités supplémentaires en raison d’une certaine fantaisie et du goût de l’invention existant en France. Ils l’ont d’ailleurs prouvé sur le marché de la discothèque et en studio d’enregistrement avec des consoles très sophistiquées. Je ne dis pas que certaines consoles anglaises ou américaines bénéficient d’une réputation injustifiée. Nous en avons nous-même utilisé. Mais, et bien sûr à prix égal, pourquoi aller chercher ailleurs ce qu’on peut trouver en France.
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Sono : Bobino possédant sa propre sonorisation pourquoi avoir fait appel à une installation nouvelle pour Renaud ?
M. Malki : La sono de Bobino est conçue au départ pour le style de Bobino c’est-à-dire la chanson française acoustique. Cette installation était d’ailleurs suffisante pour la première partie du spectacle de Renaud très chanson existentialiste. Par contre la seconde partie nécessitant une certaine réserve de dynamique, Renaud s’est aperçu que la sono de Bobino ne suivait plus. D’où notre intervention.
Sono : Comment a été résolu le problème des retours ?
M. Malki : En fait pour des raisons financières, Renaud a gardé la console de retour de Bobino et le sonorisateur qui normalement s’occupe de la salle. Nous avons amené et installé les micros, les enceintes de retour, et l’amplification. Les enceintes de retour sont de fabrication Potar Hurlant et utilisent des composants Electrovoice. Nous avons constaté en effet avec ces H.P., un rendement de 3 dB supérieur aux systèmes que nous utilisons d’habitude et une fiabilité accrue. L’amplification utilise du matériel BGW. Quant aux sources, on trouve du Shure SM 58 et 445. de l’AKG 330, 320 et 310 nouvelle série, du D 12, et deux 451 ainsi qu’un statique Calrec et 6 boîtes de direct Freevox.

Sono : Et la sonorisation de la salle ?
M. Malki : Le matériel utilisé pour la salle a été entièrement installé par nous et exploité par Lucien Boissot technicien de Potar Hurlant.
La console est une SG Freevox de 24 voies d’entrée, 4 sous-groupe de groupes remixables dans deux groupes principaux et deux auxiliaires. La diffusion est faite en stéréo et en quadri-amplification active. Les liaisons entrées bien sûr mais aussi sorties sont de type symétriques et utilisent deux multipaires. Les amplis et filtres sont installés dans un rack Freevox per mettant le choix du nombre de voies d’amplification, l’affectation des entrées amplis, la modification immédiate des connexions inter-amplis (en cas de panne). Egalement en façade avant les sorties du filtre, et les entrées et sorties amplis sont accessibles pour raccordements extérieurs.
En insertion et en auxiliaire nous avons un paramétrique Freevox EQX 800 (2×4 fréquences) et une chambre d’écho Roland RE 201. Après avoir transité dans un filtre actif 4 voies Freevox 24dB/octave type FE 400 ST et dans le dispatching le signal attaque 4 amplis BGW.
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Le grave est reproduit (par canal) par deux expos équipées chacune d’un 30 cm ATC. Un caisson avec 3 x 30 cm ATC reproduit le bas médium. Le haut médium lui est confié à un moteur 2440 JBL chargé par un pavillon Vitavox et l’aigu a deux tweeters 2402 JBL.
Sono : Quels ont été les problèmes rencontrés lors de la mise au point ?
M. Malki : Nous avons eu beaucoup de mal avec les retours en raison de la présence d’une fréquence basse tournante due à l’architecture de la scène. D’autre part et c’est le lot de nombreux théâtres parisiens les prises électriques ne comportent pas de connexions de terre. Un jour un studio mobile est venu faire un enregistrement Live. La bande obtenue était totalement inexploitable en raison de la présence de parasites et de crachements. Un autre petit problème a été la correction des Vitavox qui, sinon, ont tendance à donner un son un peu ferraille.

Sono : M. Poncet, la société Freevox existe maintenant depuis 12 ans. Quelles étapes ont suivies vos fabrications ?
M. Poncet: En 1968 nous avons débuté avec de petites consoles et des colonnes amplifiées. Nos premiers clients ont été Sylvie Vartan, Michel Fugain et quelques studios. Vers les années 70 nous avons commencé la construction de grandes consoles modulaires 8 et 16 voies d’entrée. Sur ce principe nous avons également fabriqué une 24 voies pour devinez qui ? M. Peter Dean ! Vers 72-73 nous avons sorti la série Artist 2000 dont les premiers clients furent Johnny et Gérard Lenormand. Toutefois nous avons cessé la production de consoles entièrement modulaires, la mécanique étant trop chère. L’étape suivante a été la console 2002 S avec paniers de 8 voies. Puis, l’an dernier, nous avons sorti la série S2, S4, S8 qui utilise des paniers entrée et sortie de 4 unités.
Sans entrer dans les détails mais en se plaçant d’un point de vue pratique indiquons que, grâce aux paniers enfichables, il est possible d’utiliser nos consoles pour l’enregistrement multipiste, les retours, et la sono salle en simultané si on le désire. On peut, bien sûr, également faire du mixage en studio et de la réduction stéréo ; bref, avec ce type de matériel, de quoi satisfaire tout le monde. Bien sûr les consoles Freevox exigent un certain apprentissage plus long qu’avec d’autres consoles. Cet apprentissage, mes techniciens et moi-même sommes toujours prêt à le faciliter.

Sono : Pouvez-vous pour terminer nous raconter une anecdote de votre carrière ?
M. Poncet : Je me rappelle de Gérard Lenormand qui avait fait l’acquisition d’une Artist 2000. Peu après je vois arriver le sonorisateur de Gérard complètement affolé et qui me dit : je ne peux pas utiliser ta console, il y a trop de boutons, tous les voyants de fonctions (filtres, etc.) sont allumés car je n’arrive pas à trouver le son de base. Je lui ai alors proposé le marché suivant : je t’envoie un technicien Freevox qui va t’accompagner pour la tournée de Gérard. Si tu n’es pas content, je reprends la console ; si par contre tu es satisfait tu me paies le champagne. Quelques jours plus tard le sonorisateur revient souriant avec deux caisses de champagne et me glisse : ça a été formidable, je garde la console… et ton technicien.
G. Ginter
Matériel utilisé par Renaud à Bobino :
1 microphone SM 58 Shure.
3 microphones 545 Shure.
4 microphones 330 AKG.
2 microphones 320 AKG.
2 microphones 310 AKG.
1 microphone D 12 AKG.
2 microphones C 451 AKG.
1 microphone statique Calrec.
6 boîtes de direct Freevox.
1 console Freevox type S4 : 24 voies d’entrées, 4 sous-groupes ou groupes, 2 groupes principaux, 2 auxiliaires.
1 correcteur paramétrique Freevox EQX800.
1 chambre d’écho Roland RE 201.
1 filtre actif 24 dB/octave Freevox FE 400 ST stéréo, 4 voies.
1 ensemble d’amplification monté en rack et programmable par dispatching électronique, comprenant :
— 4 amplificateurs BGW 750 C, 2 x 250 W.
— 2 amplificateurs BGW 250 D, 2 x 100 W.
2 ensembles identiques de diffusion voies, constitués chacun comme suit :
— grave : 2 enceintes à pavillon exponentiel équipées chacune d’un H.P. ATC 30 cm.
— bas médium : 1 enceinte équipée de 3 H.P. ATC 30 cm.
— médium – Haut médium : 2440 JBL chargé par un pavillon Vitanox.
— aigu : 2 tweeters 2402 JBL.
7 enceintes de retour scène fabrication « Potar Hurlant» H.P. Electrovoice.
Source : SONO



