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Jean-Jacques Lecocq | Journaliste cinéma et culture
Ce nouveau portrait du chanteur offre un regard un peu différent sur sa vie.

Avec l’aide de Lolita Séchan, la propre fille du chanteur énervant, qui a participé à l’écriture du documentaire et apporté des documents personnels, sans pour autant apparaître à l’écran, Tancrède Ramonet signe un portrait « intime » de Renaud, sans vraiment apporter de révélations surprenantes… Pour les fans déjà abreuvés de nombre de documentaires sur sa carrière et sa vie, on est en terrain connu.
En réalité, l’intérêt principal de ce film est de changer un peu de point de vue. On part directement des traumatismes de Renaud, et pas de son enfance. Les premières images le montrent sur scène, quand il présente pour la première fois au public une chanson qu’il vient à peine d’achever, qu’il ne connaît pas encore par cœur, « Putain de camion », dédiée à son ami Coluche, mort le 19 juin 1986 à moto. Un des moments où la machine se brise… Est évoquée aussi sa désillusion politique la plus cruelle, quand il part en tournée en URSS en 1984, persuadé d’aller à la rencontre de camarades prêts comme lui à croquer le bourgeois, et qu’il voit l’assistance quitter la salle alors qu’il chante « Déserteur ».
Ramonet retrace ensuite la vie de l’artiste depuis l’enfance paisible dans le XIVe arrondissement, auprès d’une mère qui élève six marmots et d’un père qui écrit pour la Bibliothèque Verte et la Bibliothèque Rose – des livres jeunesse. On apprend aussi que ses parents assistèrent le 8 février 1962 au « massacre de Charonne », quand des participants à une manifestation contre la guerre d’Algérie, coincés dans le métro Charonne, sont attaqués par les forces de l’ordre. Bilan : neuf morts. C’est peut-être bien en voyant ses parents pleurer ce jour-là que l’engagement de Renaud est né.
On suit ensuite son apprentissage d’auteur et de révolté durant Mai 68, ses débuts au Café de la Gare et la rencontre avec Coluche. Et surtout la rencontre avec Dominique, alors épouse de Gérard Lanvin. Le rôle de muse et de premier soutien de Dominique avait rarement été aussi souligné. Renaud aurait-il trouvé l’inspiration pour parfaire son look, le courage pour se lancer sérieusement dans la chanson, s’il n’avait été épaulé par Dominique ? Lolita, elle, sait l’importance de sa présence.
Les différents témoignages n’apportent pas grand-chose – surtout ceux des confrères artistes. Mais c’est toujours intéressant d’écouter les musiciens qui accompagnent Renaud depuis des années, comme Jean-Pierre « Titi » Bucolo, son guitariste, derrière la musique de nombre de ses plus grands succès. Ils lui ont sauvé la vie quand ils l’ont convaincu de partir en tournée en 1999, alors qu’il était au fond du trou, se noyant dans le pastis et la dépression. Cette tournée, « Une guitare, un piano et Renaud », va le remettre en selle pour quelques années, entraînant notamment la création de l’album « Boucan d’enfer », en 2002. L’un des albums de ses multiples résurrections.
Ne pas tomber
Il est douloureux de regarder les différentes prestations de Renaud sur scène au fil des années, sa voix « de misère » qui se barre, son œil qui s’éteint, sa fragilité qui remplace son agilité, mais c’est ça Renaud. Et c’est ce qui souvent pousse son public à le soutenir en masse, pour littéralement l’empêcher de tomber.
« Renaud, À cœur perdu », mercredi 6 mai à 20h15 sur la Une.
Source : Ciné-Télé-Revue