« Renaud, à cœur perdu » sur France 2 : les secrets de l’ artiste dans ses choix poétiques comme politiques

l’Humanité

Médias

Grégory Marin
Publié le 11 mai 2026

Les Français le connaissent bien. Quoi que… Le film de Tancrède Ramonet révèle les secrets d’un artiste écorché vif, dans ses choix poétiques comme politiques.

Le grand public a l’impression de connaître Renaud. Par son apport à la culture populaire, l’artiste a marqué son temps, et le nôtre. Mais « même lui ne se connaît pas », estime le réalisateur Tancrède Ramonet, qui pour les besoins de son film a « approché l’énigme au plus près ». « Le mystère demeure, constate-t-il. Je me suis rendu compte à quel point il est multiple, par ses passions, les séquences de sa vie… »

Fan « depuis l’âge de 6 ans » du chanteur, auteur et chroniqueur, le réalisateur tenait absolument à tourner ce documentaire. Il évite pourtant l’écueil hagiographique. Avec l’aval de Renaud, de sa fille Lolita, de sa manageuse qui a eu un regard exigeant, Ramonet ne tait rien. À commencer par le passé collaborationniste d’Oscar, le grand-père adoré, et des parents, Olivier et Solange, révélé par son frère, Thierry Séchan, lors de recherches sur les racines familiales en 1985. Le premier travaillait dans les journaux de propagande du Parti populaire français de Jacques Doriot, les seconds se sont rencontrés à Radio-Paris sous occupation allemande.

Errements et cohérence

Renaud, qui «admirait son grand-père, son père, découvre qu’ils n’ont pas eu le comportement exemplaire qu’il aurait rêvé» et redoute qu’on l’apprenne. Lui, anarchiste romantique, communiste tendance Pif le chien, soutien de François Mitterrand, avait du mal à gérer ce paradoxe. D’où sa « première crise de paranoïa », en 1985, lors du Festival mondial de la jeunesse et des étudiants, à Moscou. Mourad Malki, son musicien fétiche, raconte: en plein pendant le Déserteur (« Quand les Russes, les Ricains, feront péter la planète »), la délégation soviétique s’en va, et Renaud, après le spectacle, s’emporte et s’inquiète. Jusqu’à s’accroupir dans le bus au passage d’une automitrailleuse qui pourrait lui tirer dessus…

Au fil des années, d’autres «délires paranoïaques en secteur» suivront (dont un mémorable à Cuba, qui le gardera enfermé dans une chambre d’hôtel pendant une semaine), qui lui vaudront un certain nombre de séjours en psychiatrie. Le film évoque aussi cette souffrance, enfouie sous un alcool qui a longtemps servi à détourner le problème, quitte à en provoquer un autre, pas des moindres. Avec la complicité de son ex-compagne Dominique, de son ami d’enfance Jérôme, de Mourad et de son jumeau David, « on pouvait raconter toute l’histoire », confie Tancrède Ramonet.

Le chanteur a parfois pu égarer son public, avec des polémiques, des rumeurs, des contradictions apparentes. Ramonet passe un peu vite sur certains errements tardifs, comme la chanson J’ai embrassé un flic après les attentats contre Charlie Hebdo, le ­pseudo-soutien à François Fillon, dans une interview accordée à Paris Match, où l’imbuvable Corona Song. Mais il n’occulte pas grand-chose: «J’ai eu envie de rappeler la cohérence de sa vie et de son œuvre. Impliqué dans les combats politiques, Renaud mêle la petite et la grande histoire. Il est plus grand que sa biographie.»

  

Source : l’Humanité