« Renaud à cœur perdu », sur France 2 : un portrait familial au long cours

Le Monde

CULTURE A VOIR CE SOIR

Les souvenirs du jumeau du chanteur, David, de son ex-épouse Dominique, de son ami Jérôme… sont illustrés d’archives privées et policières incroyables, sous le contrôle de sa fille Lolita.

Par
Publié le 12 mai 2026 à 18h00, modifié le 14 mai 2026 à 10h38

Renaud en concert. Photo extraite du documentaire « Renaud, à cœur perdu », de Tancrède Ramonet. FRÉDÉRIC TONNOLI/TEMPS NOIR & INA 2026/FTV

Un tableau d’honneur obtenu en CM2 ; un cahier entier consacré à Hughes Aufray, rédigé par Renaud enfant ; sept ans plus tard, dans un autre cahier on peut lire la recette du cocktail Molotov, et les notes des « RG » signalant « Renaud Séchan » comme agitateur ; sur une feuille, les paroles manuscrites de Crève salope, sa première chanson écrite en 1968 – la « salope », c’est son père. Ce n’est pas une formule : l’« accès pour la première fois » à des centaines d’archives familiales, à des dossiers administratifs et judiciaires déclassifiés, constitue l’attrait du premier du long portrait familial de Renaud diffusé à l’occasion de ses 50 ans de carrière.

Le réalisateur Tancrède Ramonet a su convaincre – notamment grâce à sa filmographie engagée – la famille de Renaud et sa fille, Lolita Séchan, sa manageuse officielle depuis 2024, de lui donner accès à leurs colossales archives privées. Mieux encore, de participer. Les intervenants font ainsi partie du cercle rapproché du chanteur : son jumeau David Séchan, son ex-épouse (et mère de Lolita) Dominique Quilichini, l’ami d’enfance Jérôme Lichnerowitz, le musicien Mourad Malki.

Renaud à cœur perdu s’organise autour des « naissances successives » de l’artiste qui a vu le jour le 11 mai 1952. Pour David Séchan toutefois Renaud naît en mai 1968. A cette période, « Renaud enchaîne les gardes à vues [et] s’affirme comme meneur révolutionnaire », détaille l’actrice Marilou Aussilloux. Parallèlement, « ses bulletins alertent sur son décrochage scolaire ».

Quatrième naissance

La troisième naissance sera médiatique, sur le plateau de « Midi Première », à l’occasion de la sortie de son premier album, avec, sur la pochette, un simple Renaud, sans patronyme, et en illustration la croix huguenote, de tradition familiale. Côté look, à 23 ans, le jeune homme quitte les attributs du Poulbot pour celui du loubard, engagé dans la lutte sociale.

Une quatrième naissance, celle de sa fille Lolita en août 1980, le ramène à plus de douceur. Envoûté, il lui écrit 24 chansons, dont Morgane de toi. Pour ses musiciens, « ça devenait casse-bonbons », se souvient Mourad Malki. Pour sa « gosse et [sa] petite femme », il fait construire… un bateau. Le récit de Dominique sur cet épisode est drôle. La suite moins.

Après l’élection de François Mitterrand, le drame du Heysel, le 29 mai 1985 est un choc. En chanson, cela se traduit par Miss Maggie et Mistral gagnant. L’artiste est au sommet, le film à son apogée. Deux événements annoncent la redescente : l’échec aux Victoires de la musique – Balavoine lui est préféré – et le concert de Moscou – le public s’en va avant la fin. Renaud disjoncte. Ce sera sa première crise de paranoïa identifiée.

Progressivement, le cercle d’intimes révèle des faits pouvant expliquer « le mal qui ronge (…) cet artiste complexe et déchiré », souligne la voix off. Parmi eux, ses rapports compliqués avec son père, écrivain, traducteur, aux « principes bourgeois de la vieille école », selon les propres mots de Renaud. Enfant, une photo le montre imitant gaiement son père, installé derrière la machine à écrire. A 18 ans, on le traite de « fils de collabo ». Devenu adulte, il lit dans un carnet d’Olivier Séchan : « Le succès de mon fils me tue. »

La deuxième crise de paranoïa se produira vingt ans après la première, à Cuba, où Renaud marche sur les pas du « Che ». Pour tuer ses démons, il sombre dans l’alcool. Dominique vit une folie, son psy l’encourage à le quitter après « vingt-trois ans d’amour et trois ans d’enfer ». Si le film tient par la suite à pointer l’effet bénéfique de sa relation avec Romane Serda, huit jours après la naissance de leur fils Malone, en 2006, la mort d’Olivier Séchan marque le retour de la paranoïa et de l’alcool. Depuis, tout retour sur scène est scruté. Renaud fêtera ses 50 ans de carrière les 14, 15 et 16 mai au Zénith de Paris.

Renaud, à cœur perdu, de Tancrède Ramonet (Fr., 2026, 141 min).

 

Source : Le Monde