Renaud : À la fois rigolo, tendrement triste et un peu morose…

La Presse

MONTRÉAL, SAMEDI 2 JUILLET 1988

DISQUES

Il y a les disques que l’on apprécie, ceux qu’on déteste, et il y a surtout les disques qu’on aime. Parmi ceux qui m’ont ainsi séduit, que j’ai eu plaisir à écouter, il y a Charlélie Couture , un créateur unique en son genre, et… Renaud!

Fin conteur, un peu frondeur, tendre, sensible, vrai. Homme vertueux que ce Renaud? Non, comme il l’avoue à sa femme dans une chanson. Fragile? Oui. Il dénonce, ne cherche pas à séduire. Que dire de plus sinon que de conseiller de l’écouter.

Révolté, gavroche. Don Quichotte rebelle, Renaud Séchan défenseur des opprimés chante d’abord contre l’apartheid, humblement, rendant hommage à Johnny Clegg.

Humaniste au grand coeur, homme simple, grand enfant, ses chansons sont parfois des caresses, comme Il pleut, ballade sur fond de guitare acoustique et d’accordéon, mélopée à l’adresse du tout petit, ton moraliste du « bon père de famille ».

Descriptif dans La mère à Titi, Renaud fait ressortir la chaleur des intérieurs ordinaires, lui qui a dénoncé dans l’album précédent la froideur des hauts lieux comme les ambassades.

C’est un peu toujours le même discours qu’il tient et qu’il reprend dans ma chanson préférée de ce microsillon Triviale poursuite. Beau rythme langoureux pour porter ce chant triste, conscientisation sur l’état du monde, de la Palestine au peuple kanak. Dénonciation des injustices, des méchants juges, de l’oppression sous forme de questions. Renaud porte à réfléchir sur un constat d’impuissance face aux malheurs du monde.

Injuste également que cette mort subite , accidentelle , de l’ami Coluche, auquel l’album est dédié, avec un bouquet de coquelicots sur fond noir et la dernière chanson Putain de camion.

De l’humour à travers tout ça, surtout avec Chanson dégueulasse; un triste aveu, excuses et demande de pardon, appel à la clémence, Me jette pas. Beaucoup de douceur dans le rythme et le ton de l’ensemble de l’album, avec la tradition française représentée par Rouge-gorge, encore un commentaire social, et Cent ans.

Ironique dans Allongés sous les vagues et Socialiste, c’est tout Renaud, un peu rigolo, mais plutôt tendrement triste, légèrement morose.

  

Source : La Presse