
N° 3126, du 8 au 14 janvier 1982
ACTUALITÉS
A L’AFFICHE

Il arrive tout droit de sa banlieue avec sa bande de loups. Il vient de s’installer à l’Olympia pour y chanter ses nouveaux succès. Renaud arrive ! Renaud est là ! Préparons nos lexiques et nos dictionnaires ! Et si vous ne comprenez pas toutes les paroles, laissez-vous au moins mener par la musique. Donc Renaud. « Soleil Immonde », « Mon Beauf », « Banlieue Rouge » fait déjà un malheur.
Il vient tout droit de la rue, des barricades et des cours d’immeubles où il chantait il n’y a pas si longtemps avec son ami l’accordéoniste. Il gagnait bien sa vie (jusqu’à 50.000 balles en une heure). Il séduisait même les gens d’un certain âge qui regardaient, émus, ce petit jeune aux cheveux longs chanter des airs de leur jeunesse.
Maintenant Renaud est une vedette, une immense vedette. Bien sûr, il faut attendre les douces soirées d’été pour pouvoir apprécier les tatouages de ses bras. Mais, en ce moment, blouson de cuir noir, foulard rouge autour du cou, il nous montre tout de même de quel bois il se chauffe.
Il faut croire que le chanson française avait besoin d’un petit gars qui raconte la vie des banlieues et comment l’on s’aime au bord des périphériques. Il faut croire que nous avions tous besoin qu’un chanteur s’exprime en argot, on ne peut pas expliquer le succès de Renaud autrement. Bien sûr il ne plaît pas à tout le monde. Heureusement ! Il ne manquerait plus que ça !
Tout est venu avec le succès de « Laisse Béton ». Dès lors l’œil vif de Renaud s est encore fait plus rigolard. II a pris la tête du peloton et il ne la lâche plus. Avec son ami Coluche ils doivent en dire de belles sur le goût de leurs compatriotes qu’ils roulent un peu dans la boue mais qui en redemandent.
Le quotidien, les faits divers, voilà pour le répertoire. Tout cela ressemble à de petits reportages chantés. Renaud est donc une sorte de chroniqueur de l’ordinaire qui ne laisse pas de côté ce que les journaux taisent. Il met la « zone » en chansons. Il s’identifie au « loubard ». Mais ce qui sauve tout, c’est que sous la violence apparente et la colère souvent bien réelle perce une infinie tendresse.
« Le retour de Gérard Lambert » qu‘il chante en dix chansons fera certainement un malheur. D’ores et déjà c’est un marxiste tendance Pif le chien qui s’est installé dans le plus grand music-hall parisien et qui remue les foules. (Ph. I). ∎
Source : Bonne Soirée
