24 décembre 1994
Serge L’Heureux
Renaud a un cheveu blanc. Et il prend ça mal.
«J’ai l’impression que la mort
étale en riant
Un manteau d’hermine sur ma
pauvre tête
Ou que la faucheuse se fait les dents
Avant d’attaquer à la baïonnette»
De quoi le rapprocher davantage de l’enfance, celle de ses souvenirs, et celle de sa fille Lolita, toujours au centre de sa vie et de ses chansons dans son dernier album, «À la Belle
de Mai» (disques Virgins). Renaud poursuit ici le retour vers la chanson française traditionnelle, moins rock, et un son plus acoustique amorcé dans son album précédent, «Marchand de caillou». Laissant de plus en plus aux autres le soin de composer les musiques de ses chansons, il aborde ses thèmes traditionnels, ne ratant jamais une occasion de se moquer de ses cibles préférées: les militaires et les curés.
Mais Renaud, c’est aussi et ce sera probablement toujours, malgré les cheveux blancs, un idéaliste scandalisé par l’injustice, la corruption et l’hypocrisie. Dans «Lolito Lolita», une des trois chansons dont il a écrit les paroles et la musique, il incite sa fille, et par extension tous les jeunes, à renverser la pyramide du pouvoir…
«Où les plus nombreux n’ont pas
D’autre choix que cette vie de
Misère et d’effroi»
Ailleurs, la situation des rebelles mexicains et l’effondrement de l’URSS lui ont aussi inspiré des chansons, mais jamais de grandes considérations politiques. Renaud sent et chante la misère des hommes, la déprime du travailleur mis à la retraite forcée à 50 ans («Mon Bleu») ou la révolte des agriculteurs mexicains, recyclés dans la culture de la marijuana au profit des Américains.

Les grandes causes, Renaud connaît. Mais ça ne l’empêche pas de s’émouvoir sur la mort d’un petit chat tombé d’un toit ou d’imaginer sa rencontre avec le premier chum de sa fille… Nous sommes rendus bien loin de «En cloque» ou de «Mistral gagnant», assez loin pour découvrir, un matin de novembre, un premier «putain de cheveu blanc».
Musicalement, cet album est moins homogène que «Marchand de caillou», mais cela tient peut-être à la diversité des thèmes abordés: la ronde de nuit d’un flic («La ballade de Willy Brouillard» – «Où t’as vu que j’allais faire une chanson à la gloire d’un poulet?»), l’arrivée inopinée d’un Parisien snobinard dans un bar de Marseille («À la Belle de Mai», écrit dans un argot marseillais totalement incompréhensible) ou la séance de «pomponnage» de ces dames aux toilettes du restaurant («Devant les lavabos»). Que Renaud pour penser à ça.
Julien Clerc a signé la musique de trois chansons sur cet album, dont la très belle «C’est quand qu’on va où?», six autres musiciens s’étant partagé le reste. Renaud, lui, s’est
gardé la dernière chanson du disque, «La médaille», une charge à fond de train contre ses préférés, les militaires. Après avoir invité les chiens à pisser sur madame Thatcher, en son temps, il applaudit maintenant le geste similaire d’un enfant, qui d’autre, sur la statue du Maréchal de France.
Maréchaux assassins
Le môme mine de rien
A joliment vengé
Les enfants et les mères
Que dans vos sales guerres
Vous ave: massacrés»
Le disque est vendu dans un coffret métallique assez original… mais fort difficile à ouvrir!
Claude Barzotti
Si Renaud chante la contestation, Claude Barzotti. lui, chante l’amour. Ses plus grands succès ont été réunis dans un album double enregistré en spectacle au Théâtre Saint-Denis de Montréal (Les Disques Star) en mars dernier. En tout 22 chansons, des plus anciennes, comme «Le Rital», jusqu’aux plus récentes comme «Mais où est la musique». Une chanson originale, «Vanessa» fait partie de l’ensemble, en versions instrumentale et chantée.
Pour un disque enregistré en spectacle, la qualité de son est excellente, d’autant plus que les bruits de foule ont été relégués à l’arrière-plan. Les fans de Barzotti découvriront dans cette rétrospective de nouvelles interprétations de ses succès. •
Source : Le nouvelliste