Renaud au Zénith de Paris : le bistrot des copains

Le Figaro

Accueil | CultureMusique

Le 15 mai 2026 à 17h47

NOUS Y ÉTIONS – Pendant trois jours, le chanteur fête les cinquante ans de son premier album entouré d’une pléiade d’artistes dans la célèbre salle parisienne. L’occasion de mesurer la richesse d’un œuvre qui traverse les générations et accompagne chaque moment de nos existences.

Cinquante ans après la sortie de son premier album, Amoureux de Paname, Renaud a retrouvé jeudi soir le Zénith, la salle qu’il a inaugurée et qui fut le décor de ses plus grands concerts. Vincent Trémolet de Villers

Une cabine téléphonique, un vieil abribus, les toits de Paris, un HLM, les notes d’un accordéon, sur la scène du Zénith, il ne manque que la mob et l’odeur du tabac. Au milieu des musiciens, une silhouette timide, tignasse blanche, blouson de cuir, dos voûté, jambes arquées, bandana rouge : Renaud. La foule déjà scande son nom. Des enfants, des boomers, des adolescents, des grands-mères, la gauche, la droite, viennent retrouver l’émotion que provoquent ses «chansonnettes» comme il les appelle.

«J’ai l’impression que c’est mon grand-père», lâche une gamine de quinze ans, seize ans, bandana rouge sur le front. «Il fallait être là», lance un jeune chef d’entreprise. Un couple plus âgé tangue déjà à la première mesure. On reconnaît dans la foule, un sorcier du conseil politique ébloui comme un enfant. Les habitués relatent leurs concerts comme on raconte ses guerres. Nostalgie des grandes heures, inquiétude sur la voix vacillante du chanteur.

Cabrel, Souchon, Aubert… Une quinzaine d’artistes sur scène

Cinquante ans après la sortie de son premier album, Amoureux de Paname, le chanteur a retrouvé jeudi soir son cher Zénith. Pour l’occasion, il a convié sur scène une vingtaine d’artistes. Ils entrent un à un, avec une grande déférence. La chaleur poétique de Francis Cabrel pour La Pêche à la ligne, la grâce fragile d’Alain Souchon pour Ma gonzesse, la rage de Noé Preszow pour Société tu m’auras pas, les pas de danses d’Emily Loizeau, I Love You Because I Do. Jean-Louis Aubert vient s’asseoir sur un banc cinq minutes avec nous, Mentissa entonne sans crainte Morgane de toi, Gauvain Sers, héritier naturel du chanteur, fait revivre ses textes avec la plus grande justesse, Renan Luce est comme chez lui.

Renaud assis dans le coin de la scène regarde le spectacle, se lève pour reprendre un refrain, répond à la foule. Et puis seul face au public chante Son bleu, d’une voix caverneuse, heurtée, un peu déglinguée par la vie. Chanson écrite pour son grand-père ouvrier. Moment poignant d’hommage du vieil homme au héros de son enfance.

Patrimoine national

L’émotion redouble quelques minutes plus tard quand Renaud entonne En cloque. Le public reprend à pleine voix. Les airs s’enchaînent –  Marche à l’ombre, Pochtron, Marchand de cailloux  -, et l’on mesure la richesse de ce patrimoine national. Des Dimanches à la con à Manhattan-Kaboul en passant par Mai 68 et les années Mitterrand, c’est une histoire de la France qui défile.

La politique est présente –  Hexagone fait trembler les murs – mais c’est le bistrot des copains qui donne le ton. Pour finir, La Ballade nord-irlandaise plante son oranger au milieu du public. Renaud remercie chaleureusement, s’en va, revient et avoue qu’il n’a pas prévu de rappel. L’accordéon reprend le refrain celtique. La soirée s’achève dans un réjouissant désordre. En arrière-plan des artistes, on distingue Lola Séchan, à qui l’on doit cette soirée. Cinquante ans ont passé et tout le monde a le sourire aux lèvres ; la jeunesse de la poésie est inaltérable : « Il faut aimer la vie et l’aimer même si… »

   

Source : Le Figaro