
Jeudi soir, le « chanteur énervant » était sur scène à Paris-La Villette, aux côtés d’Olivia Ruiz, de Francis Cabrel, d’Alain Souchon, de Pascal Obispo ou d’Emily Loizeau pour le premier d’une série de trois concerts.
Publié le 15 mai 2026 à 05h45, modifié le 15 mai 2026 à 10h38

La bonne nouvelle de la soirée ne tarde pas : les jambes du « chanteur énervant » sont toujours arquées et toujours debout. Pour fêter ses 50 ans de carrière et ses 74 ans, Renaud avait transformé la scène du Zénith Paris-La Villette (19e arrondissement) en un petit coin de Paname, dont il est amoureux depuis son premier album, en 1975. Bistro bien achalandé et cabine téléphonique comprise.
Le doute était puissant quant à la capacité de Renaud, affaibli par l’alcoolisme et la maladie depuis de nombreuses années, à tenir la scène du Zénith deux heures durant. Une morbide attraction de fête foraine ayant largement dépassé la date de péremption vocale ? Il prévient plutôt d’emblée : « Ce ne sera pas un concert de moi à proprement parler, mais je chanterai quelques chansons quand même. » Et ses mots, même chantés par d’autres, furent plus lourds que les cœurs brisés.
Ce jeudi 14 mai, Renaud et ses invités donnaient le premier de trois concerts, jusqu’au 16 mai, qui ne sont pas un ersatz de tournée Stars 80 d’artistes à un seul tube. Là, le long shoot de nostalgie, le best of de Renaud est sacrément épais, et inoculé par un pan du gratin de la chanson française. Francis Cabrel, Alain Souchon, Pascal Obispo, Jean-Louis Aubert, Elodie Frégé, en attendant Julien Clerc, Nicola Sirkis ou Bénabar… Et des représentants de la jeune garde, comme le rappeur Youssef Swatt’s ou Anne Sila. Au total, 28 artistes pour un hommage majuscule sur trois jours.
Un rappel pas prévu du tout
De sérieux problèmes techniques inauguraux ne gâchent pas l’excellente tenue de l’orchestre. Alors oui, les yeux de Renaud peuvent avoir l’air vide comme le fond des nuits, il semble souvent flotter plus loin que le bout du monde, mais au diable le bulletin médical. Renaud a de l’humour, il a la pêche… « Il va bien ! », constate Frank Margerin, auteur de BD – la bande à Lucien –, même âge que Renaud. Sous-entendu : il va mieux ! Le chanteur interprète Manhattan-Kaboul, avec Axelle Red, En cloque, La ballade irlandaise… Il s’autorise même un rappel pas prévu du tout. Après le concert, sa fille, Lolita Séchan, devenue sa manageuse, confie que son père « est très heureux. Il vient de me dire que c’est un des meilleurs concerts de sa vie ».
Parmi les guests, mention spéciale à Emily Loizeau (Morts les enfants, Hexagone, It Is Not Because You Are), à Alain Souchon et ses fils (Ma gonzesse) ou encore Benoît Dorémus (Marche à l’ombre). Deux heures avant la premier titre de la soirée, Ou c’est qu’j’ai mis mon flingue, chanson anar pur jus de 1980, interprétée par Olivia Ruiz, il y avait quatre cents mètres de queue devant le Zénith. Des flopées de bandanas rouges, des crânes dégarnis, des clones du chanteur époque Mistral gagnant (1985), des lolitas et des pierrots intergénérationnels. « J’écoutais Renaud sur mon walkman et j’ai compris tellement de choses, commente Emily Loizeau, 51 ans. Ses paroles sont encore tellement d’actualité. Des mots tellement justes. Comme Bob Dylan, il a cette capacité à voir le monde. »
En intro, furent projetés sur grand écran des extraits du documentaire Renaud à cœur perdu, diffusé sur France Télévisions, spectaculaire à bien des égards, avec les révélations de sa paranoïa et d’une légende noire familiale.
En 1984, Renaud avait inauguré le Zénith en présence du président de la République de l’époque, François Mitterrand. Renaud était maigre comme un clou de son perfecto. Rose Léandri, sa tourneuse pendant près de quarante ans, se souvient : « Je l’avais poussé à accepter d’inaugurer le Zénith. J’étais persuadée que ça allait faire un tabac. Avant, on avait visité le chantier à la Villette sur les anciens abattoirs. Un no man’s land… Des herbes partout. Il n’y avait même pas de nom à la salle. On avait fait plusieurs dates. 7 400 personnes tous les soirs. Bourré. »
Renaud avait 32 ans, ce n’était pas beaucoup, mais il était déjà entré au patrimoine de la chanson française. Aujourd’hui, il a trois albums en préparation. Un album de chansons originales, un deuxième volet de Renaud chante Brassens et un dernier dédié à Charles Trenet. Une troisième jeunesse, peut-être, histoire de remplumer, encore une fois, l’éternel phénix.
Source : Le Monde