
Par Morgane Pérez
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Écouter Renaud c’est apprendre à connaître son histoire. L’auteur de « Mistral gagnant » sait se livrer dans sa musique : enfance, révolte sociale, amour et addiction. Derrière le rebelle aux chansons anarchistes, se trouve un homme hanté par un père froid et jaloux. Sa relation avec son père a forgé sa révolte, son œuvre et sa façon d’être parent à son tour. Dans « Renaud, à cœur perdu », des proches de l’artiste nous livrent un récit intimiste et inédit. Un documentaire de Tancrède Ramonet à voir ce mercredi 6 mai sur RTBF La Une.
Mais dans ces souvenirs tendres, un personnage demeure dans l’ombre, celui Olivier Séchan, le père de Renaud. Auteur de profession, il avait l’habitude de s’enfermer dans son bureau pour écrire. Il était beaucoup plus froid et strict que Solange. Le jeune Renaud cultivait une admiration mêlée de crainte à son égard, il était incapable de s’adresser à lui librement.
Lorsqu’il s’absentait de la maison, Renaud en profitait pour se faufiler dans son bureau et s’installer à sa machine à écrire pour y imaginer des contes extraordinaires. C’est dans cette pièce tout aussi effrayante qu’inspirante que son imagination débordante se met à fleurir.

Mai 68 : quand la révolution s’invite à la maison
En mai 1968, Renaud est en pleine adolescence. En France, il règne un air de révolte qui ne manque pas de le contaminer. Les barricades encerclent les universités, les étudiants prennent d’assaut la Sorbonne et s’y réfugient pour militer pour leurs droits. Pour Renaud, c’est une réelle renaissance.
Il naît, moi je dirais. Il sort de sa coquille. Il a quitté son habit de petit garçon chétif et malingre, sa maman, et il s’est autonomisé. – David Séchan, frère de Renaud.
Il est radicalement changé. C’est le début d’une longue carrière musicale marquée par un immense soutien aux différents mouvements politico-sociaux. Mais sa première insurrection, il la dédie à son père.
Dans l’euphorie du printemps 68, il gratte son premier morceau dans un bloc-notes. Lors d’une soirée de famille, il l’interprète devant des amis de ses parents : « Mon père me dit : Bonsoir fiston comment qu’ça va ? J’lui réponds : Ta gueule sale con, ça t’regarde pas ! » C’est le manifeste de Renaud : contre toute forme d’autorité, qu’elle soit parentale, scolaire, judiciaire ou politique. Il baptise ce texte « Crève salope ».

« Le succès de mon fils me tue »
Après son premier album, Paname, Renaud est invité sur l’émission Midi Première, en 1975. Il offre une prestation de son titre « Camarade bourgeois », une insulte à tous les « fils à papa » de la haute. Le public est loin d’être convaincu et parmi les déçus, on retrouve son père.
Les amis du cercle intellectuel de mon père lui parlaient de Renaud et il était extrêmement gêné. – David Séchan, frère de Renaud.
Mais après le succès de « Laisse béton », le profil révolutionnaire et alternatif de Renaud monte en puissance. Le morceau le propulse en tournée et les salles se remplissent de ville en ville. Son bonheur est de courte durée. Il tombe par hasard sur le journal de son père dans lequel il lit une phrase qui le bouleverse : « Le succès de mon fils me tue. »
Olivier Séchan ne supportait pas d’être dans l’ombre de Renaud. Lui qui rêvait d’être un auteur célèbre, mais qui avait tout laissé tomber pour se consacrer à sa famille. Cette trouvaille plonge Renaud dans une grande tristesse qu’il confesse dans « Marche à l’ombre ».

L’ombre d’un père
L’impact d’Olivier Séchan se retrouve partout dans l’œuvre et la vie de Renaud. Dans « Son bleu », il se livre sur cette relation troublée entre un père et son fils qui n’arrivent pas à se comprendre : « Merde aux hommes et merde à Dieu, il dit en raccrochant son bleu. Mon enfant a compris mieux que moi le bonheur de faire péter tout ça. »
Pourtant, selon ses proches, Renaud est bien le fils de son père. Lorsqu’il est anxieux ou mal dans sa peau, il a lui aussi cette tendance à s’enfermer dans son bureau pour travailler et se torturer l’esprit. Atteint de paranoïa, il s’y confine durant ses moments de crise. Il utilise cette pièce symbolique de son enfance comme forteresse contre ses propres démons.
C’est avec sa fille, Lolita que Renaud prend réellement sa revanche sur son père. En faisant tout l’inverse de lui. Il apporte à sa fille tout l’amour et la tendresse qu’il n’a lui-même jamais reçu. La paternité transforme Renaud. Lolita arrive à le sortir du trou dans lequel il a tendance à s’enfoncer. Au cours de sa carrière, il lui dédie 24 chansons en tout, dont la plus célèbre, « Morgane de toi ».
Lolita ça a été le rayon de soleil de sa vie. – David Séchan, frère de Renaud.

Source : RTBF Actus